Si chaque année les étudiants des beaux-arts de l’Institut Mahatma Gandhi  présentent leurs travaux au sein même de leur institution, pour la première fois, à l’initiative du groupe pARTage et du Hennessy Park Hotel, de jeunes étudiants en troisième année, montrent leurs oeuvres hors-les-murs du MGI. L’exposition collective qui regroupe quatorze oeuvres de sept étudiants réalisées selon diverses techniques prendra fin à la mi-mars.
«Ce projet est un partenariat entre le groupe pARTage et le Hennessy Park Hotel qui a démarré en 2010. On sait qu’à Maurice, les artistes disposent de peu de place pour exposer en dehors des galeries. En leur offrant pendant plusieurs semaines une visibilité auprès du public, l’exposition vise à soutenir et promouvoir les futurs artistes. Cette année, pour la première fois, nous exposons les travaux de nos élèves», nous dit Krishna Luchoomun, enseignant d’art au MGI et coordonnateur du projet.
Pendant que les visiteurs découvrent leurs travaux, les élèves en troisième année, reprennent leurs activités. C’est dans leur classe de pratique que nous rencontrons cinq d’entre eux. Tout autour de la pièce, les travaux de peinture se partagent l’espace.
Heureuse et motivée par cette nouvelle opportunité qui s’offre à elle, Darshinee Choollun, 22 ans, nous livre ses impressions: «Chaque année, le MGI organise une exposition qui se tient ici-même. Elle est visitée par les parents d’élèves ou par les élèves eux-mêmes. Cette nouvelle initiative nous permet de faire découvrir nos travaux en dehors de l’école, donc à un plus large public».
Ces élèves, au nombre de sept, évoluent dans des univers différents. Parfois, les toiles sont inspirées de leur vécu. C’est le cas de Darshinee qui dévoile ses émotions les plus enfouies dans une peinture abstraite intitulée « Suffocated », une spirale à dominante bleu. «Ce tableau est un reflet de mon état d’esprit, de mon histoire personnelle. J’ai extériorisé toutes les émotions que je refoulais ces derniers temps, d’ailleurs je dois dire que je me sens beaucoup mieux». Dans cette toile qui a agi comme une thérapie, le bleu, cette couleur froide représente pour elle la souffrance, la profondeur. «Un peu comme la mer dont on ne connaît pas la profondeur», dit-elle. Pour créer des textures qu’on ne peut créer avec la peinture, elle utilise la technique du mixed-media. Ainsi «les cordes ou filets montrent que je suis « trapped », qu’il n’y a pas d’issue». Mais puisqu’elle est aussi en quête d’une réalité meilleure la lumière au centre représentée par un miroir, remplie d’espoir. Dans un style moins abstrait, on relève une autre peinture intitulée « The message » mettant en relief l’archange Gabriel déployant ses ailes autour d’une jeune fille. Pour ce tableau, Darshinee a joué du clair-obscur et «les couleurs des grands maîtres de la Renaissance». Sortant du fond noir comme des profondeurs de la nuit, l’archange de la protection se présente sur la toile comme une apparition. «Le « message » est qu’il faut toujours avoir foi et croire dans la protection divine».
L’exposition comprend aussi des oeuvres autour des thèmes très variés, comme l’environnement. Sandeep Keenoo a, pour sa part choisi, un style semi-abstrait pour évoquer une nature polluée, une remise en cause de notre culture avec ses dangers de pollution et un appel peut-être à une nouvelle forme  d’écologie. Dans « Answer me », les couleurs froides ont une fonction symbolique. «J »utilise des couleurs « mortes » pour montrer la dégradation de notre environnement». Dans un autre tableau intitulé « Curves and needs », l’étudiant s’attache à représentation du corps féminin. Comme Darshinee, il aime utiliser non seulement la technique de clair-obscur mais aussi le mixed-media pour donner de la texture à ses tableaux. Ainsi, pour créer du relief, il introduit des matériaux tels le papier journal, le papier mâché, pour créer des jarres dont les formes arrondies rappellent les courbes de la femme.
Influencé par le cubisme, dont il s’est récemment pris de passion, Doriant Marie a choisi comme thème « Cubic faces » pour la réalisation de ses deux peintures. À travers le cubisme, il a trouvé sa voie, son propre style et son univers. « Cubic faces » est un mélange de lignes, de formes et de portraits en différents angles. Les couleurs sont réduites au marron et au blanc. Pour Doriant, pas besoin de dessins préparatoires, il a la rapidité de l’exécution. «Trouver les idées et le thème prend plus de temps que la réalisation d’un tableau», dit-il.
Quant à Sandrine Fabre,  c’est au travers de deux tableaux dont les couleurs sombres sont fortement présentes que le visiteur pourra la découvrir. « Who are you » parle de la quête d’identité, du mélange de cultures. Sa deuxième réalisation qui a pour titre « Where are you going », est une représentation de la création et de la destruction.
La mode dans toute son extravagance est également présente dans cette exposition à travers l’un des peintures de Chowfee Cheung Yan Sheng qui a pour titre « Escaping ». Des matériaux comme le tulle sont utilisés son travail. Quant à « Spin », un tableau semi-abstrait aux couleurs paisibles du mauve et du blanc, décrit le mouvement de la vie, celui où l’on est à la recherche de nouvelles choses, de la perfection, de l’évolution.
Le Hennessy Park Hotel accueille aussi les travaux de deux autres étudiants, dont Varma Rampare et Nadine Janvier.