Ce n’était pas un concert anodin. Laurent Voulzy et Alain Souchon ont gratifié leur public d’un moment de frais bonheur. Une audience acquise d’avance, à en juger par les reprises en choeur. La communion entre la foule et les deux compères valait le détour. Deux heures et trente minutes sont vite passées. Une douce rêverie s’est installée le soir du concert du 2 février. Une soirée tout en émotions et en finesse.
Une proximité avec le public est tissée. Une connivence accentuée par des plaisanteries d’Alain Souchon. La soirée débute sur les chapeaux de roues avec J’ai dix ans. Souchon le chante avec entrain malgré ses soixante-dix berges. Ce côté ingénu est loin d’être bidon, et n’empêche pas les deux artistes de vous prendre aux tripes, après avoir rigolé un bon coup. Vous hérisser les poils après s’être poilés. Prendre conscience des immigrés après avoir vu toutes les couleurs du spleen avec La fille d’avril. Les musiciens s’éclipsent. Dans le dépouillement d’une guitare acoustique, Voulzy et Souchon révèlent leur essence.
Entre les chansons emblématiques sont intercalées les nouvelles créations. Avec Bad boys, on se serait cru presque à un concert de rock. Le terme “chanteur de variétés” prend un sens noble avec le duo Voulzy-Souchon. Ne pas le reconnaître serait faire preuve de mauvaise foi ou de navrante ignorance.
Selon l’orchestration, on passe d’une atmosphère à une autre. Et l’on respire l’ambiance propre à chaque chanson. Alain Souchon entonne Allô maman bobo; la salle reprend en choeur. Impossible de ne pas s’émouvoir. Il arpège sa fragilité et dit un mal-être, somme toute universel. Les deux compères ont interprété lors d’un piano-voix Souffrir de se souvenir pour décliner la douleur exquise du temps qui glisse. Une poésie dont les échos ont ému les plus sensibles jusqu’aux larmes.
On retiendra Le rêve du pêcheur, Le soleil donne… et une belle digression samba du batteur sur la biguine Amélie Colbert (Si ou enmé mwen…) La salle cadence gentiment, puis exulte avec Foule sentimentale, Rockcollection et réclamera Belle-île-en-mer, dont la senteur sucrée des paroles s’adresse à notre insularité, à notre âme. À qui nous sommes.
La boucle est alors bouclée. Manifestement, un des plus beaux concerts du genre.