Pour mieux comprendre les dessous sombres et opaques du conflit israélo-palestinien qui perdure et qui fait, chaque jour qui passe, tant de victimes innocentes, je vous invite à faire une incursion dans la vie d’un groupe de Juifs qui, comme vous et moi, sont révoltés par tant de cruautés et de spoliations de la part de leurs gouvernants et par la vile propagande de certains médias occidentaux sur le sort réservé aux civils palestiniens. Ces juifs-là, on les voudrait plus nombreux c’est clair, mais contrairement à ce qu’il m’est arrivé de penser, il y a heureusement parmi ceux-ci pas que des Shylocks, usuriers, terroristes d’État et auteurs de crimes contre l’humanité.
« L’autre Israël » est une collection de récits par des Israéliens qui ont été des témoins privilégiés des tractations diplomatiques à l’instar de l’accord avorté de Camp David, des discussions de Taba, des prises de décision au coeur même du pouvoir, ou alors d’anciens soldats qui ont vécu l’horreur dans les territoires occupés à Gaza. Ce qu’ils racontent est bouleversant, déchirant et transcende des réflexes communautaristes. Ce livre est un « must read » à plus d’un titre mais surtout parce que les faits qui y sont racontés sont des expériences vécues par des personnes bien que patriotiques et engagées, n’ont qu’un souhait, notamment celui de voir naître un état palestinien et la restitution des terres colonisées par les sionistes aux Palestiniens jusqu’aux frontières de 1967, qui est pour eux, la seule issue vers une paix durable dans la région. « Ce livre prouve qu’on peut être critique et qu’il est même nécessaire de pouvoir contester les prises de position de son gouvernement, sans pour autant en être un traître » – Daniel Barenboim (pianiste et chef d’orchestre de nationalité argentine et israélienne ; en 2002, il obtient la nationalité espagnole et, depuis janvier 2008, il est également détenteur d’un passeport palestinien). L’autre Israël fait aussi une distinction claire et nette entre ce qu’est l’humanisme juif comparativement au révisionnisme sioniste.
Jeff Halper, l’un des collaborateurs de cet ouvrage, avance que dans une situation aussi tragique que complexe où se trouvent Palestiniens et Israéliens, deux choses lui paraissent évidentes : d’abord l’émergence d’un État Palestinien viable aux côtés d’Israël, une condition sine qua non, selon lui, à une paix durable. La deuxième est qu’Israël a besoin d’un État palestinien autant que les Palestiniens eux-mêmes et il explique pourquoi. Sans un État palestinien, Israël risque deux options qui sont aussi inacceptables, l’une que l’autre : s’il annexe les territoires occupés et donne la citoyenneté aux trois millions de Palestiniens vivant dans les territoires occupés, il crée de facto un double État de cinq millions de juifs et de quatre millions de Palestiniens, sans compter les réfugiés. Pour lui donc, une telle option mettrait fin à la démarche et l’entreprise sioniste, puisque les Palestiniens seraient, en un rien de temps, plus nombreux que les Israéliens. Si par contre Israël continue son occupation, ajoute-t-il, il crée inévitablement un système d’apartheid qui sera insoutenable dans le long terme. Pour Jeff Halper, les tentatives de processus de paix ont toutes échoué jusqu’ici parce qu’Israël bute toujours sur la question de céder le contrôle complet des aquifères de la Bande de Gaza et de Jérusalem Est. A Camp David par exemple, la partie palestinienne, sentant le coup fourré d’une offre qui laisserait aux Israéliens le contrôle partiel de la Bande de Gaza et de Jérusalem Est, l’a rejetée car cela s’apparentait à de l’occupation avec consentement. C’est de cette frustration qu’est née la deuxième Intifada.
« L’autre Israël » nous explique aussi comment fonctionne la matrice de contrôle instaurée insidieusement sur leur territoire depuis 1967 par les Israéliens et dont il incombera aux Palestiniens de trouver la combinaison gagnante pour la démanteler pour pouvoir enfin aspirer à vivre en paix. Ce n’est visiblement pas une mince affaire puisque les Israéliens ont l’appareil d’État en leur faveur en plus de l’appui non-négligeable des États-Unis. Cette matrice est un système intégré conçu pour donner à Israël le contrôle complet sur tous les aspects de la vie du Palestinien vivant dans les territoires occupés. Voici comment elle fonctionne. La présence militaire par exemple, y est discrète afin de faire accroire à une bonne administration plutôt qu’à de l’occupation comme l’avancent les Palestiniens. La répression des soldats israéliens est vendue comme de l’autodéfense contre des « Palestiniens agressifs et décidés à se débarrasser d’eux ». Le Palestinien a un tout petit peu d’espace qui le laisse survivre dans des enclaves déconnectées pour ainsi soulager les Israéliens du flux dérangeant et désagréable de Palestiniens, tout en espérant qu’une telle situation à l’étroit et insoutenable obligera les Palestiniens à céder finalement à leur offre de contrôle partiel des aquifères de Gaza et Jérusalem Est. Virtuellement tous les éléments de cette matrice de contrôle des Israéliens dans les territoires occupés sont en violation de la loi internationale.
Jeff Halper conclut que si les Palestiniens doivent être tenus pour responsables des actes terroristes, alors Israël doit également répondre pour son terrorisme d’État et pour sa violence structurelle qui se traduit dans les faits par son occupation, son expropriation des terres de gens innocents, sa destruction des terres arables des Palestiniens, son monopole de la fourniture d’eau, de l’appauvrissement délibéré de la population en raison des barrages et postes de contrôles et des exactions injustifiées sur la population civile. Tous ces supplices, dit-il, sont en violation directe de la quatrième convention de Genève sur le droit de la population civile.
Si le conflit israélo-palestinien était à la base d’un conflit politique pour le contrôle de ressources par des colons sionistes, il est aujourd’hui devenu le chaudron du terrorisme d’État et d’une autre forme de crime contre l’humanité en guise de riposte. Dans les deux cas, ce sont les populations civiles qui sont en train de subir les injustices. Mais tant qu’il y aura des faucons aux commandes de la Knesset, une Amérique complaisante vis-à-vis d’Israël et indifférente au sort des Palestiniens, et un Conseil de Sécurité en dysfonctionnement, hypocrite et biaisée sur certaines causes, demain n’est pas la veille d’une sortie de crise.