Les autorités, en particulier le gouvernement et la municipalité de Port-Louis, maintiennent la pression pour débarrasser les rues de la capitale du fléau des marchands ambulants avec leur relogement dans des endroits spécifiques. Hier, lors de la première réunion du conseil des ministres de cette année, décision a été prise de procéder à l’installation de 963 marchands ambulants sur la Place de l’Immigration et à l’ex-Sea Training School, rue De Caen. Même s’il reste encore deux jours pour compléter l’enregistrement des colporteurs de la capitale, les autorités ont déjà élaboré un calendrier pour le relogement des marchands ambulants, soit au plus tard le 25 janvier. Passé cette date, la police et la municipalité de Port-Louis comptent sévir de manière drastique contre tout contrevenant.
Après les délibérations du conseil des ministres d’hier, le mot d’ordre, au ministère des Administrations régionales et à la municipalité, est que le plan d’action devra être suivi à la lettre et complété à la date du 25. D’abord, les autorités sont catégoriques : seuls les « Badge Holders », qui se font enregistrer, auront droit à des étals, soit sur la Place de l’Immigration, soit à l’ex-Sea Training School. « Nous avons constaté que, parmi les colporteurs qui se sont fait enregistrer à la municipalité en fin de semaine, certains ne sont pas détenteurs de “badge”. Après le 11, nous initierons un exercice de “screening” pour mettre au point la sélection de ceux qui sont éligibles pour opérer des étals, soit les “Badge Holders” », indique-t-on de sources officielles vu que hier après-midi, on dénombrait 1 218 Hawkers (602 jeudi et 616 vendredi).
La liste finale des marchands éligibles devra être constituée à l’issue d’un tirage au sort annoncé pour le 18. Cet exercice sera placé sous le contrôle d’huissiers reconnus par le judiciaire, des officiels du ministère et de la municipalité. Avec l’attribution des étals dans les deux lieux identifiés et l’acceptation des “letters of intent” par les personnes concernées, les premiers Hawkers devront s’installer à partir du 20, le 25 étant la « cutting date » pour la disparition des marchands ambulants dans la capitale. « À partir du 25, la politique de “zéro tolérance” sera appliquée dans toute sa rigueur », fait-on comprendre officiellement.
Toutefois, la grogne se fait toujours entendre dans le camp des marchands ambulants. Ainsi, la Street Vendors Association et le Front commun des marchands ambulants réclament l’arrêt immédiat de toutes les procédures enclenchées par la municipalité de Port-Louis, même si l’enregistrement est sur le point d’être complété. Mécontents, les représentants des colporteurs dénoncent la « pagaille » autour de cet exercice.
Commentant l’enregistrement, les porte-parole de la Street Vendors Association et du Front commun des marchands ambulants déclarent que « c’est avec surprise que nous avons appris dans les médias le début des procédures d’enregistrement des marchands ambulants de Port-Louis en vue d’obtenir un étal à Decaen et sur la Place de l’Immigration », comme le clame Hyder Raman. Ce dernier soutient que la municipalité de Port-Louis n’a pas informé les principales associations défendant l’intérêt des colporteurs au sujet d’un tel exercice. « Le système mis en place par les autorités présente plusieurs contraintes », ajoute-t-il. D’abord, il cite le nombre insuffisant de places sur les deux sites, soit plus d’un millier alors que le nombre de colporteurs serait supérieur à 2 000 sur le terrain. Les derniers chiffres portés au conseil des ministres sont nettement inférieurs à ceux cités par le dénommé Hyder Raman. « Il y a un problème de places qui se posera à la suite du tirage au sort, qui sera censé désigner les espaces que pourront occuper les marchands de rue aux places Decaen et de l’Immigration », soutient Hyder Raman.
Le président de la Street Vendors Association fait également état de « deux sons de cloche » de la part des parlementaires, faisant référence à une rencontre avec l’ancien ministre des TIC, Pravind Jugnauth, avant les élections municipales, et à une autre avec le ministre des Infrastructures publiques Nando Bodha au sujet du dossier de relogement des marchands de rue. « Pravind Jugnauth, dit-il, avait parlé d’infrastructures modernes pour permettre aux marchands ambulants d’opérer, de régulariser leur situation. Or, l’association est d’avis que les sites identifiés par les autorités pour le relogement temporaire ne sont pas propices. »
Hyder Raman dénonce par ailleurs « l’amateurisme » du conseil municipal de Port-Louis. « Cet exercice se fait de manière désorganisée », soutient-il.
Du coup, l’association et le Front commun des marchands ambulants réclament l’arrêt des enregistrements, qui ont lieu à la mairie de Port-Louis depuis jeudi matin. Elle demande à la place l’institution d’une table ronde réunissant les stakeholders, à savoir les associations elles-mêmes et la police, afin de revoir tous les aspects de ce dossier. « C’est une véritable pagaille. Nous ne sommes pas contre le relogement, mais nous nous opposons à la façon d’opérer », dit Hyder Raman.
Réagissant aux propos du représentant des marchands ambulants, un porte-parole du ministère des Collectivités locales maintient que le gouvernement ne compte nullement faire marche arrière. « Le gouvernement a déjà commencé un travail depuis 2015. Ce travail a été renforcé durant la période de novembre à décembre et se poursuivra. La décision est ferme. Le gouvernement ira de l’avant avec le relogement temporaire. Il n’y aura pas d’arrêt des procédures d’enregistrements. Le tirage au sort aura bel et bien lieu le 18 janvier », déclare-t-on officiellement.