Elle est revenue sur la scène mauricienne à la fin de l’année dernière, après quelques années d’absence. Il y a eu le Festival Reggae Donn Sa 100% Fam, le dernier Festival Kreol, la soirée des Cherry Models à Flic en Flac, entre autres. Certains l’ont découverte. D’autres l’ont retrouvée. Choriste de Kaya, Berger Agathe, Ras Tilang et de quelques autres références de la musique mauricienne en 2002, son album Freedom l’avait sacrée dans l’océan Indien. Haydée Savricouty a été l’une des premières Mauriciennes à avoir osé le seggae/reggae.
Chanteuse en Europe, Laydee Haydee n’a jamais abandonné son rêve d’une carrière internationale. Son premier 45 tours est sorti il y a peu, en prélude à un ambitieux album annoncé pour cette année.
Quelques jours avant son départ, Scope est allée la retrouver à Cité Malherbes pour raconter la suite d’une histoire commencée il y a plus de dix ans…
Week-End/Scope, No 714, 16-22 octobre 2002. Sur la couverture, une jeune femme souriante pose entre les deux branches d’un arbre, dans un décor d’arbustes et de feuillages. Elle arbore un collier ethnique et un pull coloré. “Certains ont cru que la photo avait été faite quelque part en Afrique du Sud”, se souvient-elle aujourd’hui, en riant. Ce jour-là, nous l’avions suivie dans un champ de thé à côté de Cité Malherbes, à Curepipe. À quelques pas de sa maison, ce cadre s’adaptait parfaitement à la musique roots de la jeune chanteuse au regard pétillant d’ambitions.
Elle pouvait se permettre de rêver grand. Partie à La Réunion quelques mois plus tôt, Haydée Savricouty y était devenue l’une des révélations de 2002. Freedom, l’album qu’elle avait enregistré à Pairs, avait été chaleureusement accueilli par le public réunionnais. La presse avait vu en elle “une nouvelle Princesse Erika” et l’avait sacrée “Princesse du reggae”. Johnny Hospital, son producteur de la boîte réunionnaise Tropical Boulevard, avait déclaré : “La voix sensuelle de Laydee est la touche féminine qui manquait au reggae de l’océan Indien.”
La Mauricienne avait été saluée dans plusieurs concerts. Elle avait fait la première partie de Nuttea, qui l’avait rappelée pour un freestyle, et avait partagé la scène avec Baster et Granmoun Lélé lors de la finale de Miss Réunion, présentée par Julien Lepers. La Réunion lui avait offert une chance inespérée.
Lady aux natties.
Là-bas, la lady était devenue Laydee. En référence à un autre reportage que WES lui avait consacré en 1998. Nous présentions alors cette chanteuse que nous avions découverte au Stade Père Laval lors du mémorable Homaz à Bob Marley, qui avait réuni les plus grands du seggae à Ste Croix. Une des rares femmes sur scène, la jeune Haydée avait assuré, avec quelques reprises de Marley, accompagnée par les Freedom Fighters de Curepipe, avec qui elle avait effectué ses débuts en 1996.
Dans le giron, elle était aussi connue pour avoir été choriste auprès de plusieurs artistes : Kaya, Ras Tilang, Berger Agathe, OSB, Monaster, et quelques autres qui cherchaient encore leurs marques. En 1998, WES l’avait présentée à ses lecteurs sous le titre : Une Lady aux natties. Le surnom est resté. Le souvenir la fait sourire : “Tu vois, c’est toi mon parrain.” Quatre ans plus tard, la couverture de WES racontait son évolution.
Time will tell.
Près de dix ans après, Cité Malherbes n’a pas vraiment changé. La personnalité de Haydée Savricouty non plus. Entre-temps, les coups durs du show-biz et de la vie l’ont poussée à prendre du recul et à grandir. Les expériences musicales vécues dans les îles, puis en Europe, ont forgé son âme et ses convictions d’artiste.
Dans quelques jours, elle rentre en France. “Là-bas, je vis à travers la musique seulement.” Pour y arriver, elle a tissé un réseau de contacts, a accepté la rigueur du métier ainsi que ses contraintes, et est retournée en classe pour tout réapprendre de la musique. Afin de mieux exploiter “ce talent que Dieu m’a offert. Avoir une voix, c’est bien. Avoir la connaissance aussi, c’est encore mieux.” Elle a fait partie des 15 candidats choisis par le Centre Georges Brassens où elle a suivi des études approfondies en musique, “pour que je sois en mesure de discuter et de parler le même langage que les autres professionnels de la musique”.
Dans le milieu du rap/reggae de Paris (où elle travaille) et de Montpellier (où se trouve sa maison de production), elle commence à se faire connaître. Elle vit à Sète, village situé non loin d’Espagne, où elle avait posé ses bagages quand elle a quitté Maurice en 2006. Elle y avait accompagné son époux, Soleil, qui y faisait une carrière. “Pendant quelque temps, je suis restée dans son ombre et je l’ai accompagnée dans ses tournées en chantant la rumba en espagnol. À cette époque, je ne me contentais que de ça. J’avais mis mes ambitions et mon personnage Laydee de côté.” Ce sera “papa Menwar”, son “mentor”, qui lui rappellera ses rêves initiaux alors qu’il était de passage en France.
Reconnaissance.
Des lives dans différents coins de Paris quand elle n’est pas en tournée ailleurs, des enregistrements en studio en tant que choriste pour plusieurs artistes, des projets personnels qui se construisent autour de la musique… En novembre 2011, à peine ses bagages posés, elle était sur la scène du Festival Reggae Donn Sa à Bambous pour une édition qui se voulait 100% Fam. Ensuite, le public l’a entendue juste après Magic System lors du Gran Konser du Festival Kreol. Elle a aussi été l’une des invitées de l’agence Cherry Models, qui tenait un défilé/show de bienfaisance à Flic en Flac à quelques jours de Noël.
Certains l’ont découverte, d’autres l’ont retrouvée. “Je dois reconnaître qu’à Maurice, je n’ai pas eu la même reconnaissance qu’ailleurs. Je me demande souvent pourquoi.” Elle espère remettre Freedom sur le marché mauricien. “Après m’avoir vue, des membres du public sont allés chez les disquaires pour demander mon album. Je leur proposerai celui de 2002, en attendant la sortie du nouveau.”
Kaya, Berger, Tilang.
Sorti des archives, le Scope de 2002 a été posé sur la table basse du salon familial. “Attends ! Je vais te montrer ce qu’il en est, dix ans plus tard”, lance-t-elle, avant de grimper les escaliers pour revenir avec une boîte en carton qui renferme des disques de son nouveau single enregistré sur vinyle en 45 tours : Requiem Océan Indien. Elle y rend hommage aux grands de la chanson qu’elle a accompagnés et qui sont aujourd’hui décédés : Kaya, Berger Agathe, Ras Tilang… “Comme pour demander : How long shall they kill our prophets ?”
C’est un coup du destin qui lui a permis de réaliser ce single. Elle avait accompagné quelques amis à un festival de musique dans le sud de la France. À cette époque, elle avait posé sa voix sur des riddims jamaïcains. Pour tenter sa chance, elle avait fait écouter un morceau à l’un des organisateurs du festival. “Il m’a improvisé une répétition avec un groupe et je suis passée sur scène. J’espérais chanter 2 à 3 minutes. Finalement, j’ai été rappelée sur la scène pendant les trois jours du festival.” À la fin, le pianiste du groupe est venu la trouver pour lui dire qu’elle avait un beau potentiel. C’est lui qu’il l’a aidée à relancer sa carrière.
Prélude.
Présenté dans des Sound Systems, sur des radios et en vente sur internet, ce single reggae est le prélude à son album, annoncé pour 2012. Un projet sur lequel elle travaille depuis quelques années. Dans “la jungle de Paris”, il lui a fallu trouver les bonnes personnes pour l’accompagner avant d’arriver à un travail satisfaisant qui lui permettrait de se faire connaître “à travers un reggae ouvert qui rentre dans le registre de la world music et qui a des couleurs de la Jamaïque, de l’Afrique, des Caraïbes, de Maurice”.
Pour cela, elle a compté sur l’expérience et l’ouverture d’esprit de musiciens qui ont joué avec des pointures comme Tiken Jah Fakoly, Alpha Blondy et d’autres artistes des Caraïbes ou encore de Sierra Leone. Laydee Haydee vise l’international : “Mo enn zanfan site. Pa vedir ki kan to sorti dan site, to bizin rev tipti. Mo anvi enn rev gran, mo anvi enn karyer internasional.”
Sur l’album, qui a déjà été enregistré, ses propres compositions en français, en anglais et en kreol. À l’époque, lorsqu’elle avait participé à l’émergence du slam mauricien aux côtés de Stefan Hart de Keating, elle avait réalisé qu’elle pouvait composer. “Cet album m’a été inspiré par Maurice. J’y parle de mon pays.”
Persévérance.
Parmi les titres proposés, le public retrouvera Fam Liniver, écrit pour rendre hommage à toutes les femmes. Ou encore Jessica. Cette chanson, présentée au Festival Reggea Donn Sa, elle l’avait écrite pour sa soeur afin de saluer le courage de cette dernière face à la maladie. Deux opérations délicates, une envie de vivre inébranlable… jusqu’à cette veille de Noël de 2010 où elle s’est éteinte à 23 ans. Le coeur brisé, Haydée n’avait pu revenir lui rendre hommage. “En 2011, je suis donc venue pour être avec mes parents et pour aller déposer une fleur sur la tombe de ma soeur.” Laydee Haydee compte sortir Jessica en single ou sur un maxi afin de venir en aide aux enfants souffrant de troubles cardiaques comme sa soeur.
“Pendant dix ans, j’ai persévéré. Mo inn manz ar li. Je n’ai jamais lâché prise, même lorsqu’il n’y avait personne pour m’encourager et me soutenir.” Aujourd’hui, elle est bel et bien décidée à continuer sa route, sachant qu’il lui faudra surtout compter sur elle-même pour avancer. Facebook, Youtube et les autres possibilités mises à sa disposition l’aident à se faire connaître.
En juillet, elle a organisé le Yes Woman mini-festival dans le sud de la France, et continue à tourner dans ce pays. Laydee Haydee garde la foi : “On dit que leker kas feray. Quand je chante, je chante avec mes émotions, avec mon coeur. J’y arriverai.”