Deux mois et demi après avoir pris les fonctions de président de la République par intérim, Barlen Vyapoory a connu ces derniers jours son premier baptême du feu après la levée de boucliers des forces de l’opposition dans le sillage de la nomination de trois juges en fonction à la Commission d’enquête instituée sur celle qui l’avait précédé à la présidence, Ameenah Gurib-Fakim, et après avoir envisagé de procéder à la nomination de Sharmila Sonah-Ori au sein de l’Electoral Boundary Commission et l’Electoral Supervisory Commission.

Comme c’est le cas pour tous les vice-présidents de la République, Barlen Vyapoory a vécu, depuis sa nomination, en février 2016, à l’ombre de la forte personnalité de la présidente de la République, qui s’était imposée aussi bien a Maurice qu’à l’étranger, jusqu’à son faux pas fatal. Certes, il avait eu l’occasion de remplacer la présidente régulièrement. Mais ses responsabilités étaient alors d’une tout autre nature. Ce qui lui permettait de se livrer aux activités qu’ils affectionnaient le plus, c’est-à-dire culturelles. Ses discours, très documentés, lors des manifestations organisées par tous les centres culturels et organisations socioculturelles qui font partie de l’île Maurice arc-en-ciel étaient très appréciés. Cet homme affable, discret et humaniste portait une attention pour les plus démunis et on raconte même qu’il n’hésitait pas à utiliser son expérience d’enseignant pour aider quelques enfants pauvres qui sollicitaient son aide.

Mais depuis le 17 mars dernier, après la démission d’Ameenah Gurib-Fakim, ses activités sont passées subitement à un autre niveau. En accédant aux fonctions de président par intérim, il jouit en effet pleinement de tous les pouvoirs dont dispose un président à Maurice. Sa nomination a été bien accueillie et on a même entendu le leader du MMM, Paul Bérenger, exprimé le souhait qu’il soit maintenu à cette fonction jusqu’à la fin du mandat gouvernemental. Or, comme tout le monde le sait, le président a des pouvoirs et n’est pas un “rubber stamp”. « The president has got powers », explique avec pertinence Madan Dulloo dans une interview qui paraît dans l’édition du jour.

Le président est le chef de l’exécutif et, à ce titre, a un droit de regard total sur le fonctionnement du Conseil des ministres. Le Premier ministre a d’ailleurs le devoir « to report everything to the president ». Tous les “cabinet papers” doivent aussi lui être adressés. Il peut interpeller le Cabinet et demander de revoir certaines décisions ministérielles. Il a également le pouvoir de rejeter certaines législations et de demander au Parlement de revoir le texte de loi au moins une fois, même s’il est vrai que s’il ne donne son consentement à un texte de loi pour la deuxième fois, il doit soumettre sa démission.

Mais ce sont surtout ses pouvoirs de nominations qui ont retenu l’attention. En effet, le président peut nommer une commission d’enquête sur les conseils du Premier ministre. Il dispose des pouvoirs de nomination en tant que président et on se souvient que sir Anerood Jugnauth n’avait pas hésité à utiliser cette prérogative. L’avenir dira s’il a pris toutes les précautions nécessaires avant la nomination de trois juges de la Cour suprême et s’il a exprimé ses réserves auprès du Premier ministre. Concernant la nomination de Sharmila Sonah-Ori, il a pris la précaution de consulter non seulement le Premier ministre mais également le leader de l’opposition et d’autres chefs de partis parlementaires. On ne sait quel a été sa décision finale, d’autant que dans la soirée de mercredi, Sharmila Sonah-Ori a préféré se désister, condamnant ainsi la surpolitisation de cette affaire. La prise de position de Barlen Vyaporee ne s’est donc pas avérée nécessaire. Chat échaudé craint l’eau froide, dit le dicton. Gageons qu’il pendra les précautions nécessaires pour remplir le poste vacant au niveau de la Commission électorale. Espérons aussi qu’il prendra le temps d’écouter toutes les interventions dans le cadre de l’Human Tissue Bill 2018 avant de donner son assentiment sur la totalité de la législation et qu’il suivra de très près les mesures budgétaires qui seront présentées par le Premier ministre et ministre des Finances le 14 juin prochain.