Une fois n’est pas coutume, le dernier directeur général n’a pas été remercié. Il a choisi de démissionner deux ans avant la fin de son mandat. Et il est parti en laissant une lettre qui décrit son action passée. Voici des extraits choisis du bilan de Meckraj Baldowa à la tête de la MBC qui décrit l’état de la radiotélévision nationale mauricienne qu’il vient de quitter en raison d’une « rupture », sur laquelle il ne s’est pas expliqué.

« Je n’avais pas envisagé ce départ prématuré, tant la mission de redressement de la MBC est cruciale pour l’image du pays (et par conséquent pour celle du gouvernement.) Indispensable pour offrir un service digne à la population, nécessaire pour soutenir les corps de métier négligés comme ceux des artistes et des producteurs, et enfin “challenging” pour le gestionnaire que je suis. Ce départ, je ne l’avais pas envisagé de si tôt, surtout que la dynamique de changement commence à s’installer à la radiotélévision nationale.

Alors, pourquoi quitter la MBC à un tel moment ? J’ai résisté au nom de mes principes, pensant pouvoir instaurer un climat nouveau jusqu’à ce moment de basculement où nous sommes aujourd’hui. Et c’est cela, rien de plus, qui a précipité cette rupture entre la MBC et moi. Mes principes ne sont pas négociables parce qu’ils sont bâtis sur l’intégrité. J’ai fait le choix de “lead by example”, de faire ce que je dis et de dire ce que je fais. La postérité me jugera. »

« Personne ne pourrait me reprocher de démagogie, ni d’abus de mon autorité, et encore moins d’abus des conditions attachées à ma fonction. Au contraire, j’ai administré dans la rigueur et la simplicité en me contenant du minimum dans l’intérêt de la maison et pour donner le meilleur exemple. Je pensais mettre mes compétences et ma réputation, solidement acquises durant mes 24 ans dans le privé et le social, au service d’un projet pour la nation. Bien qu’il me semble que mes méthodes de bonne gouvernance et d’exemplarité aient dérangé certains, je me réjouis que cela n’a jamais pu remettre en question l’application de mes principes et mes valeurs dans ma façon d’opérer. »

« Je pense avoir pleinement honoré ma mission à ce jour. Ce passage, si bref soit-il dans ma carrière, a néanmoins permis de jeter les bases de la MBC du futur. À mon arrivée, la MBC ressemblait à une organisation du tiers-monde. Grâce à une mobilisation et l’apport de toute une équipe, nous pensons l’avoir remise sur les rails. »

« Je peux désormais mesurer pourquoi des professionnels hautement respectés s’intéressent rarement à la MBC. Je comprends, à titre d’exemple, pourquoi le poste de Director of News est resté vacant et que notre appel à candidatures n’a pas attiré les meilleurs filles et fils du sol. Vous vous rendez compte, de 2015 à ce jour, la MBC a changé sept fois de Director of News. Ce poste, tout comme celui de Director General, sont les instruments d’un système qui ne veut pas changer pour regarder, ne serait-ce qu’un instant, le monde avec d’autres yeux. J’ai cru et je continuerai à croire au dépassement de ce système. »

« Servir la MBC est une tâche colossale et ultra-complexe. Parce que cette entreprise semi-publique était devenue, à l’intérieur, un champ de mines et demeure, à l’extérieur, un objet de lapidation car elle ne pourra jamais satisfaire toutes les sollicitations et attentes auxquelles elle est soumise. Elle est sur tous les radars et dans tous les viseurs de l’opposition, des fonctionnaires, de la population, des médias, voire du gouvernement, de la majorité, des agents politiques, des socioculturels, des “roder boutte”, sans oublier les grands courtisans du pouvoir. »

« La MBC est jugée trop souvent seulement sur son journal télévisé de 19h30. Le personnel qui est appelé à assurer quotidiennement sa production a choisi, par instinct de survie, un rôle d’exécutant. Les responsables de la MBC et leurs responsables hiérarchiques peuvent et veulent mieux travailler, mais préfèrent faire profil bas. Je comprends pourquoi tant de talents sont brisés et écartés, quand ils ne choisissent pas eux-mêmes de vivre dans l’isolement professionnel pour pouvoir gagner leur vie en attendant impatiemment une opportunité ailleurs ou l’heure de la retraite. »

« Je ne me fais pas d’illusion. Mon départ réjouira les parasites, paresseux, incompétents, “triangueurs et autres magouilleurs.” Ils se reconnaîtront. »

Je pars, non pas comme certains de mes prédécesseurs notoires, en laissant la maison dans un état de “après moi le déluge”, mais après moi la préparation à la récolte. »