— Alors ma chère, comment on a célébré la Saint-Valentin ?
— Ne me dis pas que tu fais ça toi aussi !
— Ecoute, c’est mari fun. Un coup, par surprise ton mari t’offre une rose. Ça ravive la flamme, toi.
— Ayo, qu’est-ce qui t’arrive ? Tu parles comme dans les telenovelas. Tu n’as plus 20 ans, bonne femme !
– Ce que tu peux être blessante parfois ! Et laisse-moi te dire une affaire : l’amour n’a rien à faire avec l’âge.
— Qu’est-ce que l’amour a à faire avec la Saint-Valentin. Ce n’est pas la fête des amoureux, c’est la fête des commerçants !
— Oui, mais quand même la fête est sympa. Et puis l’amour c’est comment dire universel quoi !
— Mais l’amour peut rendre bête les jeunes et mari ridicule les gens plus âgés. Comme toi !
— Ce que tu peux être amère ce matin ! Tu as bu un verre de lengue en te réveillant ?
— Je ne suis absolument pas amère. Je te montre comment tu es ridicule à force de vouloir faire comme tout le monde.
— C’est pas une raison pour insulter les gens qui ne pensent pas comme toi.
— Je n’insulte personne. Je dis à quel point c’est ridicule tous ces gens qui font la queue dans les magasins pour acheter une rose.
— Ah, je sais ce qui est arrivé : ton bonhomme a oublié de te souhaiter la Saint-Valentin. Ça même tu grognes comme ça !
— Il sait que je ne suis pas pour cette affaire de Saint-Valentin-là. Il sait très bien quelle baise il va avoir avec moi s’il se ramène avec une rose à la main.
— Pourquoi tu n’aimes pas la Saint-Valentin ? Qu’est-ce qu’elle t’a fait ?
— Parce que c’est la fête de l’hypocrisie !
— Pourquoi tu dis ça ?
— Parce que la femme passe 365 jours par an à s’occuper du ménage, des enfants qu’il faut envoyer à l’école, de la bonne qui arrive en retard, de sa belle-mère qui est chiante, de ce qu’il faut cuire pour le dîner et après, seulement après avoir fait tout ça, elle va à son travail.
— Mais c’est la vie toi, qu’est ce que tu vas faire ?
— C’est pas fini. Le soir, quand elle revient, il faut veiller à ce que les enfants fassent leurs devoirs, les courses pour le lendemain, servir le dîner et faire la vaisselle. Et, en plus, c’est quand elle tombe de sommeil après sa journée et veut mettre sa crème de nuit avant d’aller dormir que son mari veut faire un gâté !
— C’est vrai ce que dis. C’est à ce moment-là même que la femme dit : ayo, chéri pas ce soir, j’ai la migraine.
— Et c’est vrai qu’elle a la migraine et ne veut qu’une chose dormir. Et en plus monsieur a le culot de ne pas être content !
— Tu as raison sur ce point. Les hommes ne voient pas tout ce qu’on fait. Mais quand même toi. Une fois par an, ton mari fait un effort et t’offre une rose pour te dire son amour.
— J’aurais préféré qu’il me montre son amour en me donnant un coup de main dans la maison !
— Mais un peu de romantisme, une fleur, rien qu’une rose, ça donne de la couleur à la vie, toi.
— Voilà que tu recommences à parler comme dans les telenovelas !
— Ayo, cesse de toujours critiquer, donc ! Non seulement mon bonhomme m’a donné une rose bien rouge, mais il m’a fait un petit cadeau.
— Qu’est-ce qu’il t’a donné comme ça pour te couillonner ?
— Il ne m’a pas couillonné, il a eu une petite attention pour moi. Il m’a offert une paire de boucles d’oreilles fantaisie, toi !
— Mon Dieu. Il a été choisir ça tout seul dans un magasin ?
— Non. Il avait vu une publicité dans le journal.
— Tu vois. Il a fait comme tout le monde : une rose et un cadeau et le tour est joué.
— C’est l’intention qui compte. Tu sais bien qu’au fond de moi je suis une grande romantique.
— Laisse-moi te dire une affaire : tu n’es pas une romantique, mais une couillonne qui se fait avoir par les commerçants.
— Pourquoi tu dis ça ?
— Parce que tu crois que ton mari aurait pensé à aller acheter une rose et des boucles d’oreilles fantaisie si les commerçants n’avaient pas fait une campagne de pub pour ça ? C’est ça même ton romantisme !
— Ayo, comme dit mon garçon qui parle comme un voyou : tu es une casseuse de nissa même toi !
— Mais non toi. Je te dis la vérité. La Saint-Valentin n’est pas la fête de l’amour, mais celle des commerçants qui vendent leurs produits en se servant des maris.
— Oui, d’accord : les commerçants font des campagnes de pub tout ça. Mais les maris sont « genuines » : ils veulent montrer à leurs femmes qu’ils les aiment en leur faisant un petit cadeau. C’est ça qu’il faut retenir.
— Moi, je dis que les maris font ça plus pour faire comme tout le monde que par amour.
— Ayo, ce que tu peux être négative. Moi, je préfère accorder le bénéfice du doute et croire que les maris offrent le cadeau de la Saint-Valentin par amour.
— Allons faire un test pour vérifier, alors.
— Quel test ?
— Dis à ton mari qu’au lieu de t’offrir une rose et des boucles d’oreilles fantaisie pour la Saint-Valentin, de te faire un vrai cadeau. Un vrai cadeau qui compte pour toi, pas un produit de la pub.
— Quel cadeau ?
— Dis-lui de te donner un coup de main pour faire la vaisselle tous les soirs, comme cadeau.