ZYGOTO

On ne peut et on ne doit critiquer les carapates. Ils sont ce qu’ils sont. Ils ne prétendent pas vouloir changer le monde. Ils n’ont d’autre objectif que d’assouvir leurs ambitions. Ils sont des jouisseurs qui s’assument jouisseurs. Ils sont au service des politiques qui leur accordent des faveurs. Et à raison d’ailleurs, une telle servilité mérite d’être récompensée. Ils sont, dans un certain sens, remarquables car fidèles à ce qu’ils sont. L’authenticité, en ces temps où tout ou presque est fake, est un événement remarquable.
On ne peut pas en dire de même du révolté alias l’imposteur. Il a des rêves de noblesse. Il dit vouloir assainir la politique, faire la politique autrement, il se fait le prophète d’une société nouvelle. On a presque envie d’y croire. Est-il donc ce souffle nouveau ? Cet être qui apportera enfin le changement ? Le temps d’une autre île Maurice est-il venu ? Faut-il s’émouvoir, pleurer, pousser des hurlements de joie ? Mais cette illusion ne dure qu’un temps. Car l’imposteur révèle, au bout d’un moment, sa vraie nature. Il intègre, par exemple, un parti traditionnel qui est, comme on le sait, un repère de magouilleurs de toutes espèces. Comment est-ce donc possible, le révolté alias l’imposteur est désormais un carapate ? Est-ce bien réel ? On croit se tromper. Mais c’est vrai et bien vrai. Rien n’a jamais été plus vrai. Et le révolté alias l’imposteur a évidemment un alibi, un véritable déluge de blablabla et d’immondices, qu’on pourrait résumer ainsi : j’ai des convictions mais j’aime avant tout et surtout le pouvoir. En d’autres mots, vous pouvez aller vous faire voir, « peuple couillon ».


Comment donc expliquer ce phénomène pour le moins miraculeux ? Le révolté alias l’imposteur est l’être de la dualité. Il se dit engagé mais il est privilégié. Il veut changer le monde mais il est un bourgeois. Il dit vouloir aider les démunis mais il est intégré dans des réseaux de pouvoir. Il a le discours facile, il utilise les grands mots mais il est prisonnier de ses propres bassesses. Il lui arrive d’être visionnaire mais il est surtout lucide, il parle d’une autre politique, mais pourquoi faire puisqu’il ne sera jamais élu ? Est-ce qu’il est conscient qu’il est un schizophrène politique ? Sans doute pas. Et, au bout du chemin, l’inéluctable et prévisible dénouement : la soumission au pouvoir.
Revenons donc à mon postulat premier. Il nous faut admirer le carapate. Il est certes méprisable car c’est un être sans grande dignité mais il ne trahit pas ce qu’il est. Par contre, le révolté alias l’imposteur ne mérite que notre dédain.