Joignant l’acte à la parole, le cardinal Maurice Piat, évêque de Port-Louis, a manifesté sa volonté d’apporter une nouvelle pierre dans l’avancement de l’éducation nationale en présentant au gouvernement le projet de création du Lycée Professionnel Saint Gabriel, qui pourrait opérer dès 2020. La formation technique comme une alternative à la formation purement académique est évoquée avec insistance ces derniers temps. Pas plus tard que le 1er février dernier, la question avait été évoquée par le cardinal Maurice Piat lors de son introduction à l’occasion de la messe célébrée en la chapelle Le Seigneur de La Pêche Miraculeuse, à La Gaulette, dans le cadre de la commémoration de l’abolition de l’esclavage. En présence du Premier ministre et de son épouse, il avait alors souhaité que la formation technique et professionnelle des jeunes Mauriciens soit valorisée. Il avait insisté, à cette occasion, sur la nécessité que l’éducation technique soit placée sur un même pied d’égalité.

Le cardinal Piat parlait en connaissance de cause dans la mesure où le diocèse a été un pionnier également au niveau de la formation technique et professionnelle. Le collège de La Confiance, dirigé à l’époque par le frère Cox, avait ainsi réussi à associer l’éducation académique à d’autres sujets pratiques, comme l’agriculture. Mais l’école technique de Saint Gabriel, introduite à Maurice à l’initiative de Mgr Margéot, reste un symbole dans le domaine. Ceux qui ont connu cette école se souviennent encore du travail abattu par Joseph Aubret, de la congrégation des frères de Saint Gabriel, qui était la cheville ouvrière de l’établissement, qui s’était installé Route Nicolay. À ces débuts, l’école accueillait surtout les enfants en provenance de couvents, dont certains étaient des orphelins. Ils vivaient en internat à l’école et suivaient un programme d’étude bien défini, inspiré du système français, lequel comprenait en plus d’un programme technique, un programme académique très étoffé. Les enfants apprenaient donc à lire, à écrire, à travailler et, surtout, la discipline. À l’époque, l’établissement bénéficiait du soutien de l’industrie sucrière et de Forge Tardieu, et a formé des centaines de jeunes, qui sont devenus des professionnels respectés dans leurs domaines respectifs. Le collège a su s’adapter à son époque en offrant une variété de formations techniques et professionnelles. Après le départ des frères de Saint-Gabriel, le personnel a été remplacé par une équipe de professeurs mauriciens, qui ont poursuivi le travail commencé il y a plus de 40 ans.

Le projet de Lycée Professionnel Saint Gabriel permettrait de donner un nouveau statut à l’école technique et, surtout, à redonner aux métiers techniques leurs lettres de noblesse. Pour mener à bien ce projet, l’évêque compte sur l’aide du gouvernement et souhaite que le lycée soit placé sur le même pied d’égalité que le centre MITD, qui bénéficie de la gratuité. « Notre demande à l’État pour un soutien repose sur le principe d’opportunités égales et de justice pour tous les jeunes Mauriciens, indistinctement », a souligné Gilbert Chung, du Service diocésain de l’éducation catholique (SeDEC).
Et ce ne sont pas uniquement ceux qui ne sont pas reçus au PSAC ou qui n’ont pas cinq “credits” au niveau du SC qui peuvent devenir de bons techniciens. D’ailleurs, rien ne dit non plus que ceux n’ayant seulement que trois “credits” ne peuvent pas, par la suite, devenir de grands professionnels dans des domaines non techniques.

Sheila Bunwaree, dans une interview accordée au Mauricien dans l’édition d’aujourd’hui, propose ainsi que, dès le primaire, les élèves soient exposés également aux métiers techniques aussi bien qu’aux matières académiques, de sorte que, le moment venu, ils puissent choisir en toute intelligence, sans entretenir aucun préjugé pour les métiers techniques. Il faut qu’une fois pour toutes les métiers techniques ne soient plus présentés comme inférieurs aux métiers non techniques. Mais tout cela relève d’une vision globale de l’éducation.

Jean Marc Poché