Une poignée de main trop vigoureuse a failli le faire chuter le 31 décembre Place Saint-Pierre: la sécurité du pape François, adepte des bains de foule et du contact physique, est un casse-tête pour ses gardes du corps.

Le premier pape latino-américain de l’Histoire, bien moins réservé que son prédécesseur allemand Benoît XVI, enchaîne poignées de main et accolades, n’hésitant pas à goûter les boissons qu’on lui tend.

Dès sa messe inaugurale Place Saint-Pierre le 19 mars 2013, la spontanéité de l’ancien archevêque de Buenos Aires qui était habitué à prendre le métro seul pour visiter ses fidèles, avait sonné le début d’un cauchemar pour ses agents de sécurité.

Pas question pour François, qui prône une Eglise transformée en « hôpital de campagne », de vivre coupé des gens ordinaires derrière des cordons de sécurité.

« Vous devez respecter le style personnel de chaque pape. Les responsables de la sécurité savent qu’il ne leur appartient pas de décider », avait expliqué son porte-parole de l’époque, le père Federico Lombardi.

Après quasiment sept ans de pontificat, le pape a connu le revers de la médaille. Il a dû présenter ses excuses mercredi pour avoir « perdu patience » à l’égard d’une fidèle qui l’avait violemment attiré à elle pour le saluer sur la place Saint-Pierre qu’il était en train de parcourir à pied, séparé de la foule par de simples barrières.

Visiblement irrité, il est parvenu à s’extraire de son emprise par plusieurs petites tapes sur le bras de la femme aux traits asiatiques.

« Tant de fois nous perdons patience. Cela m’arrive à moi aussi », a avoué François le lendemain, pendant que la vidéo de la scène faisait le tour du monde.

En février 2016, lors d’une messe au Mexique dans un stade à l’ambiance survoltée, il s’était énervé contre un fidèle trop enthousiaste qui l’avait fait tomber sur un enfant en fauteuil roulant.

– Electron libre –

Place Saint-Pierre, la police italienne veille au grain, secondant la gendarmerie du Vatican et les célèbres gardes suisses, souvent en civil. Mais tous doivent se plier à la volonté du pape de rester libre de ses mouvements.

Un peu trop au goût du « commandant Alfa », nom de code du fondateur du Gis, un corps d’élite des carabiniers italien, dont la vraie identité est inconnue.

« C’est à la sécurité du pape de présenter ses excuses », a-t-il dit à l’agence italienne Agi, l’accusant de s’être relâchée « peut-être par routine » ou « manque de concentration ».

Une unité de gardes du corps de la gendarmerie vaticane suit constamment le pape, y compris à l’étranger. Ce sont eux qu’on voit courir à côté de la voiture du pape. Ultra-entraînés, ils doivent parfois s’adapter aux imprévus.

Comme en janvier 2018 quand le pape avait fait arrêter le convoi qui le transportait à travers la ville d’Iquique, au nord du Chili, pour se porter au secours d’une policière qui venait de chuter de son cheval.

Plus préoccupant, le chef de plus d’un milliard de catholiques a été la cible de vidéos de propagande d’islamistes radicaux.

« Ce n’est peut-être qu’une question de temps avant qu’un tel attentat se produise à Rome. Mais nous y sommes préparés », avait déclaré en 2017 Christoph Graf, commandant de la garde suisse.

Au-delà de leurs hallebardes folkloriques, ces militaires chargés de la protection du Vatican bénéficient désormais d’une formation accrue.

Plusieurs incidents sérieux ont déjà concerné les papes des temps modernes.

Le plus grave reste l’attentat contre Jean Paul II en 1981, quand le Turc Mehmet Ali Agca, mêlé à la foule, lui tira dessus, le blessant grièvement.

En 2007, un Allemand avait tenté de sauter sur la papamobile de Benoît XVI place Saint-Pierre, et à Noël 2009, une femme l’avait fait tomber à terre dans la Basilique.

Depuis l’attentat de 1981, la « papamobile » est blindée, et les fidèles souhaitant participer aux évènements Place Saint-Pierre ou dans la Basilique passent à travers des détecteurs de métaux.