Confinés à leur domicile, le cycliste Gregory Lagane, le boxeur Richarno Colin, le badiste Julien Paul et la leveuse de fonte Roilya Ranaivosoa-Coret se préparaient depuis plusieurs mois pour de grands rendez-vous internationaux ; les Championnats d’Afrique pour certains ou une qualification pour les Jeux olympiques de Tokyo pour d’autres. Le coronavirus devait, cependant, tout chambouler. De chez eux, ils nous racontent leur quotidien et comment ils ont adapté leurs entraînements.

Les règles de confinement imposées par le gouvernement pour endiguer la pandémie de coronavirus obligent les sportifs à réadapter leur préparation, notamment en vue des Championnats d’Afrique et des Jeux olympiques. “Penser que, pendant le confinement, on va se la jouer relax devant la télé toute la journée, ce n’est absolument pas envisageable. Quand on est sportif de haut niveau, on ne peut pas complètement s’arrêter”. Déjà deux semaines depuis que la leveuse Roilya Ranaivosoa-Coret, le cycliste Grégory Lagane, le boxeur Richarno Colin et le badiste Julien Paul expérimentent une situation inédite et particulièrement complexe en temps de confi nement : se maintenir en forme tout en restant à leur domicile.

En parallèle, plusieurs incertitudes subsistent concernant le calendrier des compétitions locales, aussi bien que les grands rendez-vous internationaux qui faisaient partie de leurs objectifs 2020. Tout est à l’arrêt. Enfin presque. Car pour ces athlètes, “pas question de baisser la garde”, lancent-ils unanimement. “Il faut se focaliser sur ses objectifs car on travaille dessus depuis plusieurs mois. Nous sommes tous dans la même situation. Le plus important pour l’heure, c’est de respecter les consignes, se protéger et protéger notre famille. Sans pour autant proscrire à l’entrainement”.

Un impact sur la condition physique

A distance, les entraîneurs leur ont déjà fait parvenir des fiches de préparation, mais “les entraînements à la maison ne sont pas idéals pour moi”, confie Richarno Colin. Le boxeur a “très peu d’espace” chez lui, sans compter qu’il a besoin de coéquipiers pour pratiquer sa technique. Richarno Colin se prépare pour sa troisième participation aux Jeux olympiques. Premier mauricien à avoir décroché sa qualification aux grands rendez-vous de Tokyo, il s’inquiète de l’impact qu’aura le confinement sur sa condition physique. “Je suis habitué à un rythme d’entraînement intensif”, indique-t-il. Idem pour le cycliste Grégory Lagane. “Le fait de ne pas être en mesure de sortir et de rouler remet en question plusieurs choses. J’ai des équipements à la maison, mais un vélo d’appartement ce n’est pas la même expérience qu’une course classique sur route. C’est juste une alternative pour un moment. Je ne peux que faire de la musculation, de la préparation physique générale, des étirements et d’autres petits exercices. Difficile de se motiver sans savoir où on va. Tous ces mois de sacrifi ce et de préparation pour rien… ça m’a mis un grand coup au moral mais après quelques jours j’ai repris le dessus”.

Leve, manze, antrene, repoze

Julien Paul, champion d’Afrique de badminton, devait venir à bout de deux tournois pour valider sa qualification aux J.O. Grâce à ses points accumulés d’avance, il nous confie “ne pas être trop stressé par rapport à la situation. De plus, j’ai la chance d’avoir une grande cour à la maison. Mais passer de plusieurs entraînements par jour dans un gymnase à quelques heures chez soi, ce n’est pas pareil. Donc, pour moi, être capable de continuer à faire du sport à l’extérieur, ça reste hyper important. J’ai besoin de bouger et de prévoir des sessions d’au moins une à deux heures”. La leveuse Roilya Ranaivosoa-Coret, médaillée d’argent aux derniers Jeux de Commonwealth, s’astreint également à des exercices physiques à domicile pour garder la forme. Son entraînement, elle le poursuit de chez elle grâce à une plate-forme et des équipements achetés il y a deux ans. “Disons que j’ai l’habitude et l’expérience des stages bloqués. Donc, j’arrive sans problème à gérer ce confinement”.

D’ailleurs, l’haltérophile considère ce confinement ainsi que le renvoi des compétitions comme une bonne occasion pour parfaire et améliorer sa préparation. “Je garde la même routine chaque jour. Leve, manze, antrene, repoze”. Alors qu’elle gère bien sa condition d’athlète, en tant que femme et épouse, elle avoue être moins sereine. “Tous les jours je vis avec une peur au ventre quand Cédric (Coret, son époux) s’en va pour le travail. Il est dans la force policière. Ena dimounn vremem pa pe konpran. Zot pe servi sa konfi nnman-la pou fer kiksoz ki pa bizin. Il ne faut oublier que les policiers sont aussi des êtres humains. Ils sont à risque face ce virus, et malgré tout, ils quittent leur famille pour assurer la sécurité des autres”.

En attendant le retour à la « normale »

Il est bien sûr trop tôt pour envisager la suite. En attendant le retour à la normale et les diff érentes décisions des fédérations mondiales concernant la reprise des compétitions, tournois et autres évènements sportifs, la priorité pour ces sportifs est de se protéger et préserver sa forme physique. Pour Grégory Lagane “ce sera aussi l’occasion d’essayer de travailler ses faiblesses et autres points faibles. Peut-être que c’est un mal pour un bien. En temps normal, on est tellement dans notre truc que l’on fait l’impasse sur beaucoup de choses. Ce virus remet un peu les pendules à l’heure et on ne pourra être mieux pour la suite”. Le boxeur Richarno Colin compte rester “focus sur les J.O. car je suis bien décidé à décrocher une médaille”. Avec sa détermination et le soutien de ses entraîneurs, il n’a aucun doute de pouvoir rattraper le retard accumulé. “Pou bizin fer enn bon planning. On recule pour mieux sauter”.

De son côté, Julien Paul apprécie ses moments en famille puisqu’il est souvent loin d’elle. Néanmoins, le Covid-19 a également chamboulé ses autres projets. “J’avais mis une pause à mes études et il était prévu que je les reprenne juste après les J.O. Je vais devoir prendre une décision si je serai en mesure de reprendre mes études cette année-ci ou si je les repousserai encore pour une troisième année”. A Roilya Ranaisovoa-Coret de conclure : “Restons positifs et solidaires en attendant des jours meilleurs, qui pourront revenir si nous nous montrons raisonnables et respectons toutes les consignes. Les compétitions et les médailles ne sont pas une fin en soi et ne doivent pas être nos seuls objectifs”.