Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, qui a quitté le pays vendredi dernier pour assister à la remise de diplôme universitaire à sa fille en France, sera de retour au pays lundi après quelques jours de repos en famille. Question : qu’y a de mal dans la diffusion de cette information ? Au contraire, celle-ci aurait pu être une source de fierté pour Pravind Jugnauth, qui démontre que sa fonction à la tête du gouvernement ne l’empêche pas de remplir ses responsabilités paternelles et d’être aux côtés de ses enfants dans les grands moments. Apprendre qu’il a des enfants qui ont terminé leurs études universitaires provoque également à Maurice un sentiment de respect de savoir que ses enfants ont réussi leur éducation. Aussi comprend-on mal pourquoi cette annonce avait été gardée dans un secret des plus opaques.

La veille de son départ, le Premier ministre avait effectué une visite sur le site de construction du nouveau pont de la Grande-Rivière-Nord-Ouest. Il avait répondu à toutes les questions de la presse concernant l’avancement du projet Metro Express et celles sur les affaires du pays. Rien ne l’empêchait donc d’annoncer qu’il quittait le pays le lendemain pour des raisons familiales et quelques jours de vacances.

Et si nous admettons même qu’il n’ait pas songé ce jour-là à le faire, il aurait pu mettre une note sur sa page Facebook, envoyer un Tweet à partir ou demander à la MBC de passer une annonce. Ce n’est pas la fin du monde. Il est donc dommage que cela n’ait pas été fait et qu’aucun des spécialistes de la communication qui l’entoure n’ait songé à le faire, à moins que cela leur ait été interdit, conformément au culte du secret en vigueur au niveau de la fonction publique. C’est dommage car cette démarche illustre un manque de confiance insolant envers la population. Comme le disait le leader du MMM la semaine dernière, les Mauriciens sont civilisés et auraient très bien compris la démarche du Premier ministre, même si ses détracteurs lui auraient cherché maille à partir.

Cela démontre toutefois une mentalité qui caractérise la fonction publique en général, quel que soit le gouvernement au pouvoir. On connaît en effet plus d’un attaché de presse ou conseiller de la communication, animés des meilleures intentions du monde et qui veulent sincèrement que les activités et les projets des ministères soient connus du public, ui se sont heurtés à un mur de silence car, pour beaucoup d’officiers publics, secret est synonyme de pouvoir. Ce qui fait qu’au lieu de communiquer les informations d’intérêts publics – qui, semble-t-il, sont abondantes au niveau du gouvernement –, ils se contentent d’agir comme des “spin doctor” pour promouvoir l’image du ministre auquel ils sont attachés.

Tout le monde comprend qu’il existe des secrets d’Etat qui ne peuvent être divulgués, de même que les délibérations du conseil des ministres et les prises de positions ministérielles au cabinet doivent rester secrètes, comme le veulent les serments prononcés par les ministres le jour de leur installation, mais la majorité des informations concernant l’administration publique, elles, peuvent est rendues publiques au nom de la transparence et de la bonne gouvernance. C’est ce culte du secret pratiqué au plus haut niveau qui fait que les promesses gouvernementales au sujet de l’introduction de la Freedom of information act soient jusqu’ici restées lettre morte et qui fait que, dans certains cercles, y compris dans le secteur privé, on se méfie des journalistes.

Réjouissons-nous toutefois que plusieurs problèmes, risquant de prendre des tournures dramatiques, aient été résolus avec l’aide de personnes de bonne volonté. Nous parlons notamment des grèves de la faim initiées successivement par les contractuels de la CWA et les réfugiés de Saint Malo. Nous considérons toutefois que les remarques faites par le ministre de l’Intégration sociale Alan Wong au sujet des grévistes de la faim sont une insulte à la misère et à la dignité des “ti-dimounn” de ce pays. Il est également réjouissant de savoir que le nom de Maurice ne figure pas sur la liste du Securities and Exchange Board of India (SEBI) comme pays à risque.