Il est venu. Il a été vu. Il a convaincu.

La visite du Pape François à Maurice et dans la région aura certainement marqué l’actualité de cette dernière semaine. Du Mozambique à Maurice, en passant par Madagascar, le Pape a serré des mains, animé de grandes messes, parlé de fraternité, d’écologie, de cohabitation interethnique, de la nécessité de lutter contre la corruption, de l’urgence de ne pas céder à l’argent roi, de l’importance d’investir dans notre jeunesse.
Il est venu. Il a parlé. Il est reparti. Now, what ?

Si les paroles du Pape vont dans le sens d’imprimer une nouvelle éthique et dynamique à nos vies publiques et privées, il est clair que nos politiciens, concernés au premier chef, ont peu l’intention de payer autre chose que du lip service aux exhortations qu’il a formulées.

L’annonce, ce vendredi 13 septembre, du « No case to answer » contre Navin Ramgoolam vient bien poser les choses : avec la décision de la justice de rayer les 11 charges retenues dans le sillage de l’accusation d’entente délictueuse formulée contre Navin Ramgoolam dans la nébuleuse affaire du campement de Roches-Noires, il est clair que la campagne électorale pour les prochaines législatives est bel et bien lancée. Désormais débarrassé de ce boulet, l’ex-Premier ministre va pouvoir se lancer pleinement dans la mise au défi de l’actuel Premier ministre. Une opération non seulement de reconquête du pouvoir mais aussi, clairement, de revanche sans merci pour les déboires que lui a fait subir le pouvoir des Jugnauth. Et tant pis pour les coffres et valises dégorgeant de dollars retrouvés à son domicile juste avant sa chute : désormais, ça va être la curée.

Autant pour l’assainissement de notre vie publique…
Il y a pourtant une étape, dans la visite du Pape, qui mérite, plus que les autres, d’être retenue.

C’est l’étape qui l’a mené, à Madagascar, à rendre visite à la petite ville d’Akamasoa. Là, le 8 septembre dernier, François a été reçu par le Père Pedro. Argentin comme le pape François, dont il a d’ailleurs été l’élève, ce religieux lazariste est un jour vivement frappé en découvrant, à Madagascar, une grande décharge à ciel ouvert où des milliers de personnes vivent une vie misérable. Peu après, il crée Akamasoa ( « la Cité de l’Amitié »), association qui va œuvrer à la création d’une véritable ville portant le même nom. Trente ans plus tard, Akamasoa, c’est 3000 maisons accueillant 23 000 familles et 8000 enfants. C’est aussi un enseignement pour 14 453 élèves de la crèche à l’école supérieure. Et des postes de travail : des carrières de granit, une menuiserie, des champs à cultiver, des dispensaires pour prodiguer des soins. Il est estimé qu’à ce jour, Akamasoa est déjà venue en aide à 500 000 Malgaches.

Le Père Pedro à Madagascar, c’est la preuve vivante d’une foi qui se transforme en actes.
C’est ce qu’a souligné le Pape dans son discours. A la base de ce « bijou de charité ».se trouve, a-t-il souligné, une foi vivante « qui a permis de voir une chance là où seule la précarité était visible, de voir l’espérance là où seule la fatalité était visible, de voir la vie là où beaucoup annonçaient la mort et la destruction ».

« La pauvreté et l’exclusion ne sont pas une fatalité. On peut lutter contre cela. Nous avons commencé sans argent. Et quand les gens voient ce que vous faites, et que ce que vous dites, vous le faites, que vous ne trompez pas les gens, alors l’aide vient », déclare le père Pedro, aujourd’hui âgé de 71 ans au micro de Réunion 1ère.
Reste que loin de toute candeur, il faut aussi prendre en compte l’aspect de l’argent du Vatican.

Car Le Vatican, c’est aussi un empire financier.
Un empire où malversations, transactions illégales, blanchiment et corruption n’ont pas été absentes. C’est d’ailleurs pour cette raison, dit-on, que lors de la présentation des vœux de Noël de la Curie Romaine en 2014, le Pape François annonçait sa décision de créer au Vatican un «  Secrétariat pour l’Économie  ». Qui a entièrement revu le fonctionnement financier du Vatican, notamment pour réguler des mouvements financiers illicites ou n’ayant rien à voir avec l’activité de l’église.

Le Vatican, rien qu’en patrimoine immobilier en Italie, c’est 115 000 immeubles, 23 000 terrains, 9 000 écoles, 4 000 hôpitaux et centres de soins. C’est un musée qui détient plus de 70 000 œuvres estimées à plus de 90 milliards d’euros et des recettes annuelles de ventes de billets de plus de 91 millions d’euros. Le Vatican, c’est aussi une banque qui détient plus de 3, 3 milliards d’euros d’obligations, 1, 2 milliard d’euros de dépôts, 194 millions d’euros de fonds d’investissement, 100 millions d’actions. Sans oublier 2 tonnes d’or. Ça pèse lourd.

Le rôle de l’argent est de servir et non de gouverner, affirme le Pape François, aussi appelé « le pape des pauvres ». A Maurice, il a eu des mots forts en invitant les décideurs à résister « à la tentation d’un modèle économique idolâtre qui ressent le besoin de sacrifier des vies humaines sur l’autel de la spéculation et de la simple rentabilité, qui ne prend en compte que l’avantage immédiat au détriment de la protection des plus pauvres, de l’environnement et de ses ressources ».

La question est : qui donc voyez-vous, chez nous, qui soit désireux et capable d’incarner cela ? Question digne de Qui veut gagner des millions ?…