Pravina Nallatamby

Est-ce que la lecture d’un texte écrit il y a 150 ans peut déclencher un sentiment de gratitude ? Gratitude envers qui ? L’univers ? Une puissance divine ? L’homme ?

Dédicace de L. Leupol dans Spécimen des Purânas

Gratitude envers nos précepteurs…

Est-ce qu’on a déjà exprimé notre gratitude de vive voix au moins une fois dans notre vie à un de nos éducateurs, à quelqu’un qui a éclairé notre chemin ? Une fois adultes, diplômés et/ou pris dans l’engrenage infernal de la vie active, notre identité d’ « élève-étudiant-apprenti » disparaît. Nous oublions que nous sommes des éternels apprentis en formation permanente. On peut rencontrer un « précepteur » déguisé à chaque carrefour de notre vie. Depuis quelques années, il semble que les cercles vertueux de reconnaissance seraient très favorables au bien-être général de l’homme. Alors, pourquoi nous priver ? Échangeons avec joie dans ce halo de gratitude !

Pourquoi ne pas nous inspirer d’une tradition de l’Inde ancienne ? Les Purânas sont un ensemble de textes religieux et traditionnels écrits en sanscrit traitant de sujets très variés et très riches en enseignement. Purâna veut dire « ancien ». La dédicace que je lis et relis est extraite de l’ouvrage intitulé Spécimen des Purânas, texte, transcription, traduction et commentaire des principaux passages du Brahmâvaevarta purâna, traduit en français en octobre 1862. L’auteur, L. Leupol, membre de l’Académie de Stanislas rend hommage à son maître en essayant de mettre un poème sanscrit à la portée des francophones. Sa dédicace me fait penser au Guru shishya parampara, cette tradition indienne qui relie de façon très intime le disciple à son Maître spirituel en Inde. Dans les institutions spirituelles, le respect et la reconnaissance sont de mise. La transmission du savoir est humaine, personnalisée et profonde. Dans la culture indienne, le précepteur joue un rôle très important. Les élèves lui rendent un hommage lors du « guru purnima », jour de la pleine lune au mois de juillet. Dans l’absolu, trois types de maîtres font l’éducation des enfants : d’abord, les parents et les aînés, puis les enseignants et les formateurs et enfin, le Maître spirituel. Ils contribuent tous à éclairer la vie des élèves en chassant les ténèbres de l’ignorance.

À la lecture de cette dédicace, je voudrais en reprendre chaque mot pour exprimer ma profonde reconnaissance à tous les précepteurs qui m’ont légué le précieux héritage du savoir. Qui sommes-nous, piètres mortels pour nous vanter d’un savoir qui ne nous appartient guère ? Le savoir se transmet de génération en génération et demeure éternel alors que nous finissons par disparaître un jour. Alors, pourquoi tarder à exprimer notre gratitude, à retourner à nos sources de vie ? Appelons nos donateurs, nos formateurs et nos « aînés en savoir » (car on apprend aussi des plus jeunes que soi), ouvrons-leur notre cœur et rendons-leur l’hommage qu’ils méritent !