Photo d'illustration - Jardin de la Compagnie

Son nom renvoie parfois à des allusions péjoratives en raison de la présence régulière des travailleuses du sexe dans ses environs. Le Jardin de la Compagnie fait partie de l’histoire de Maurice, notamment de la période de l’occupation française. Il a abrité le marché, une salle de spectacle et a été le témoin de manifestations politiques. Il abrite également des statues et des bustes de grands hommes ayant marqué l’histoire du pays.

Ses banians, probablement centenaires, lui confèrent à la fois un aspect lugubre et une beauté unique. Sous ses airs de lieu négligé, en raison du manque d’entretien, le Jardin de la Compagnie est un lieu populaire de Port-Louis. Ses sièges sont constamment occupés par les passants. Les travailleuses du sexe et sans domicile fixe y trouvent un abri bienvenu.

Panthéon.

Comme le dit Yvan Martial, ex-journaliste et historien, “le Jardin de la Compagnie, avec la Place d’armes, est un peu notre panthéon à nous, avec ses statues des grands hommes qui ont façonné Port-Louis”. On y trouve la statue d’Adrien d’Epinay (érigée vers 1880), de Brown-Séquard (vers 1900), de Léoville L’homme et de Rémy Ollier (vers 1930) et de Raoul Rivet (dans les années 1950). Les environs ont eu des utilités stratégiques avec l’arrivée de Mahé de La Bourdonnais. Ce dernier reconnaît qu’il y a un promontoire qui vient finir vers l’Astrolabe et qui surplombe la rade. La Bourdonnais construit ce qu’on appelle la Loge autour de la Place d’armes, les Casernes centrales, mais en plus petit.

Le Jardin de la Compagnie a eu plusieurs vies. Bordé des deux côtés par le ruisseau du Pouce et le ruisseau de Butte à Thoniers, le lieu a été jadis utilisé pour la culture vivrière. “En période sèche, le cours d’eau devait être ce qu’il est aujourd’hui. En revanche, quand il y avait des pluies torrentielles, il devenait une rivière. Les Hollandais et les Français se sont installés là pour avoir de l’eau facilement. Au fur et à mesure, ils se sont rapprochés de la rivière”, raconte Yvan Martial. À l’époque, cette région est boisée. La chasse de cerfs se déroulait même dans les environs de l’emplacement actuel de la Cathédrale St-James.

Potagers.

Au fur et à mesure, de petits jardins et des potagers prennent forme. “À chaque fois que le niveau de la rivière baisse, ils en profitent pour planter des légumes rapides et des limons. Graduellement, ils vont s’arranger pour canaliser les eaux pour que les terres exploitées soient protégées. Finalement, on va arriver à ces deux ruisseaux qui sont empierrés. C’est pour cela que c’est resté propriété de la commune”, raconte l’historien.

En devenant un jardin d’agrément à la fin de la colonisation, le lieu a abrité la toute première salle de spectacle. Le quotidien du Jardin s’est alors articulé autour du théâtre, de la musique et de la danse. Selon ce que l’on sait, il devait se trouver là où se situe actuellement le cinéma Majestic. Mais cela fut de courte durée. “On dit qu’un cyclone a chassé la salle de spectacle de ses fondations.” D’autres sources prétendent que la salle aurait été victime des flammes du grand incendie de 1816, au cours de laquelle toute cette partie de l’île avait brûlé.

“Bazar”.

Le Jardin a également abrité le “bazar”, où étaient vendus épices, légumes, fruits et viandes, entre autres, avant que le “marché central” ne soit construit à son emplacement actuel. “Le marché central, c’est un bassin aux chaloupes. C’est pour ça que lorsque vous allez au bazar, les marchands disent parfois que la marée monte. C’est le bassin des chaloupes qui en train de se remplir. C’était un bassin approvisionné sans doute par une rivière provenant de La Citadelle. On la fermait le soir pour empêcher les esclaves de prendre une chaloupe et se rendre à Madagascar”, confie Yvan Martial. Vis-à-vis de l’ancien marché et donc du Jardin, le musée était alors un ancien hôtel, qui a brûlé lors de l’autre grand incendie, en 1896.

Plus tard, le Jardin de la Compagnie a accueilli de nombreux concerts et s’est même prêté à des rassemblements politiques. Emmanuel Anquetil et Guy Rozemont y ont organisé des meetings. En 1979, le lieu a accueilli la première grande grève de la faim, avec Paul Bérenger, entre autres.