Shenaz Patel

Gros choc pour un Mauricien qui, cette semaine, s’est rendu à Balaclava après un an : devant l’hôtel Ravenala (ex-Plantation), la plage a quasiment disparu. Une année plus tard, et le boat house, qui était posé sur une langue de sable de plus de cinq mètres, se retrouve aujourd’hui pieds dans l’eau… Comme dans le monde entier, nos milieux naturels sont soumis à des atteintes de plus en plus inquiétantes, et rapides. Depuis quelques semaines, l’hémisphère nord est affecté par une vague de chaleur exceptionnelle. «2018 s’annonce comme l’une des années les plus chaudes jamais enregistrées, avec des températures record dans de nombreux pays. Ce n’est pas une surprise», a commenté dans un communiqué paru le 26 juillet 2018 la secrétaire générale adjointe de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) Elena Manaenkova. Ces canicules sont «cohérentes avec les effets attendus du changement climatique causé par les émissions de gaz à effet de serre. Ce n’est pas un scénario futur. Cela se produit maintenant», a-t-elle insisté. Le thermomètre a ainsi dépassé les 30°C au niveau du cercle polaire arctique. En Norvège, des records de température ont été battus avec 33,7°C, soit plus de 15°C au-dessus des normales. En Sibérie, le mercure a également atteint des sommets avec 37,2°C le 9 juillet. Au Japon, la canicule a fait plusieurs dizaines de morts, avec un record de 41°C le 23 juillet. Aux Etats-Unis, la Californie a été créditée de 48,9°C. L’Algérie a enregistré 51,3°C le 5 juillet à Ouargla, dans le Sahara. Au Moyen-Orient, sur la côte du sultanat d’Oman, le mercure n’est pas descendu en dessous de 42,6°C le 28 juin, y compris la nuit, ce qui pourrait être la plus haute température minimale jamais enregistrée selon l’OMM. Parallèlement, on apprend que mercredi dernier, 1er août, a été « le jour du dépassement » selon l’ONG Global Footprint Network (GFN). C’est-à-dire la date à laquelle l’humanité a épuisé toutes les ressources naturelles de la planète pour l’année. Ce qui inclut l’absorption des gaz carboniques produits par l’homme, la régénération des ressources alimentaires et énergétiques, de l’eau propre, des espèces et des forêts, entre autres. Depuis les années 2010, le jour du dépassement arrive systématiquement en août. Et cette année, encore plus tôt que l’année dernière. Il y a, certes, le facteur démographique. Nous sommes aujourd’hui 7,6 milliards d’humains sur terre, ce qui fait peser un poids de plus en plus important sur les ressources de la planète. Mais ce débalancement ne porte pas seulement sur l’importance de la population, mais également sur les moyens et choix de certains. Ainsi, une étude publiée en 2016 montrait que si la population mondiale vivait comme celle des Etats Unis, il nous faudrait presque 5 planètes Terre pour répondre à ses besoins. Par contre, si la population mondiale vivait comme celle de l’Inde, il nous faudrait moins d’une planète (0.7 exactement). Cela alors que les Etats-Unis avaient une population de 323 millions de personnes, contre 1,3 milliard pour l’Inde… L’épuisement des ressources de la planète est donc aussi une question qui ne relève pas uniquement des particuliers. C’est aussi ce qu’ont voulu montrer un groupe de jeunes Colombiens. Dans un article publié le 30 juillet dernier, le Huffington Post met en lumière les conséquences inattendues de la signature, il y a deux ans, d’un accord de paix historique entre le gouvernement colombien et les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (les FARC), mettant fin à une guerre civile qui a duré 52 ans, tué 262 000 personnes et déplacé des millions d’autres. Si l’ensemble de la population se réjouit de cette issue positive, cette transition a aussi eu des conséquences néfastes… sur l’environnement. Il ressort ainsi que les rebelles exerçaient un contrôle rigoureux sur les régions qu’ils occupaient. Y compris en restreignant les tailles des fermes, de sorte que la couverture forestière les protège des raids aériens menés à leur encontre par le gouvernement. Mais depuis cet accord de paix, les ex-guérilleros ont renoncé au contrôle sur des régions jusque-là inaccessibles, les rendant du même coup vulnérables à la destruction. De fait, des niveaux record de déforestation ont suivi, menée notamment par de nouveaux groupes armés qui détruisent les forêts pour implanter des cultures leur rapportant de l’argent, comme celle de la coca, ou pratiquer la spéculation foncière. Réagissant, un groupe de jeunes Colombiens a donc décidé, au début de cette année, de poursuivre le gouvernement. Affirmant que son incapacité à réduire la déforestation menace leurs droits fondamentaux, incluant leurs droits à un environnement sain, à la nourriture et à l’eau. « Nous sommes la première génération à vivre en paix en Colombie, mais nous sommes en train de détruire la biodiversité de nos écosystèmes », dit Gabriela Eslava, 26 ans, avocate des plaignants. En avril dernier, la Cour Suprême du pays a émis un jugement en leur faveur, donnant au gouvernement quatre mois pour venir de l’avant avec un plan d’action pour réduire la déforestation. Preuve que le jour d’après peut ne pas forcément être celui de la catastrophe annoncée, pour peu que gouvernements et individus soient mis en face de leurs responsabilités…