L’espoir de voir enfin se réaliser le projet annoncé depuis plusieurs années de la création d’un musée intercontinental de l’esclavage dans les locaux de l’ancien hôpital militaire à proximité de l’Aapravasi Ghat a été relancé cette semaine avec la première visite qu’a effectuée le Premier ministre, Pravind Jugnauth.

Ce projet est sur le tapis depuis 2012, à la suite de la publication des recommandations de la Commission Justice et vérité qui, comme on le sait, était présidée par Alex Boraine. La création d’un musée avait été alors inscrite dans le cadre d’un devoir de mémoire à l’intention des descendants d’esclaves, des travailleurs engagés, voire de la nation dans son ensemble. Le vivre ensemble mauricien et la communauté de destins des Mauriciens sont reconnus aujourd’hui au plan international. Ils ont été mis en exergue à nouveau par le Pape François qui, après sa retentissante visite, a cité à plusieurs reprises Maurice en exemple.

Cette paix stable qu’évoque le Saint-Père repose sur une belle diversité d’identités, de cultures et de religions qui interagissent de la manière la plus naturelle qui soit. Cette diversité repose également sur la mémoire. La nation a le devoir de se souvenir de l’esclavage, du marronnage ainsi que du parcours des descendants d’esclaves et des marrons. D’où l’importance d’un musée intercontinental qui nous permettrait de faire revivre les origines de l’esclavage dans le monde mais également les voies parcourues jusqu’à Maurice. Selon le Premier ministre, plusieurs pays africains dont le Kenya, le Mozambique, la Tanzanie, Madagascar, le Ghana et le Sénégal sont disposés à apporter leurs contributions. La France et la Grande Bretagne – jadis associées au trafic d’esclaves – sont également en mesure d’y apporter leur concours.

Jusqu’ici les promesses faites par les gouvernements successifs en vue de la création du musée, en particulier à l’occasion de la célébration de l’abolition de l’esclavage le 1er février, sont restées lettre morte depuis des années. Parmi les obstacles à surmonter se trouvait l’aval obligatoire de l’UNESCO prenant en compte que l’ancien hôpital militaire se trouve au centre de la zone tampon de l’Aapravasi Ghat, un patrimoine mondial de l’humanité. Selon Vijaya Teelock, cette semaine, ce problème a été surmonté car l’UNESCO serait séduite par l’attrait touristique qui découlera de l’aménagement de ce musée qui, dans la foulée, mettra de nouveau en exergue le premier bâtiment en dur construit dans la région de l’océan Indien. Le bâtiment a été inauguré en 1740 par Mahé de Labourdonnais. Aujourd’hui les visiteurs se plaisent à admirer les méthodes de construction utilisées par les constructeurs de l’époque.

L’hôpital militaire a soigné aussi bien des esclaves que des marins qui arrivaient à Port-Louis et la légende veut que les soldats britanniques et français blessés pendant la bataille de Grand-Port y avaient été hospitalisés. Alain Romaine, qui participe au projet de création du musée, souligne que le père Jacques Désiré Laval venait également voir les malades à cet hôpital désormais porteur de pans d’Histoire.
Ceux qui suivent de près le projet de musée souhaitent que la visite effectuée par le Premier ministre ne soit pas qu’une démarche politique visant à donner l’espoir à tous ceux qui attendent la concrétisation du projet.

Il s’agit également de savoir quel type de musée verra le jour. Il semble, à ce propos, que les fonctionnaires du ministère de la Culture, les historiens et autres intellectuels associés au projet ne soient pas sur la même longueur d’onde. Ce serait inutile toutefois de créer quelque chose dans la précipitation pour satisfaire un certain milieu électoral. On s’attend à un musée moderne qui tienne compte non seulement de l’histoire mais également de la culture et de la musique, entre autres dimensions nécessaires. Un musée interactif qui comprendrait l’art numérique de manière à ce qu’il soit attrayant aussi bien pour les Mauriciens que pour les visiteurs étrangers comme tel est le cas pour Aapravasi Ghat ou l’Aventure du Sucre. Ce défi est à la portée des parties prenantes à ce projet.

Jean Marc POCHÉ