Le lundi 9 septembre, Maurice s’est mobilisée pour accueillir et célébrer le Pape François, en provenance de Madagascar. Des milliers de Mauriciens se sont mis sur le passage de son cortège, devant la Cathédrale, à Marie, Reine de la Paix ou encore à Ste-Croix pour l’acclamer. À la rencontre des Mauriciens et des autorités du pays, le Pape a plaidé pour les jeunes et les plus vulnérables, a parlé du développement, de la démocratie et de l’environnement, entre autres.

AFP

Une main sur le cœur, un geste de la tête avant de traverser la porte de l’avion Chagos Archipelago pour repartir : le Pape François a passé 8 heures et 18 minutes à Maurice, le lundi 9 septembre. Une date qui sera désormais soulignée dans les pages d’histoire du pays.

Enthousiasme, ferveur et émotion ont marqué son passage en ce jour férié. Un programme réglé au millimètre près pour une visite éclair. Le Pape François a béni les foules venues à sa rencontre et s’est mis à l’écoute des dirigeants du pays et de l’Église catholique. Les pauvres, les plus vulnérables, la démocratie, le développement, l’écologie, la paix, la diversité culturelle et le vivre ensemble ont été parmi les principaux points qu’il a abordés lors de son homélie à Marie, Reine de la Paix à la mi-journée et dans son discours officiel à la State House avant son départ.

Plaidoyer pour les jeunes.

Engagé dans un voyage qui l’a conduit précédemment au Mozambique et à Madagascar, le Pape a surtout choisi de plaider en faveur des jeunes aux Mauriciens, Rodriguais, Agaléens, Chagossiens. “Nos jeunes sont notre première mission”, a-t-il déclaré devant la grande foule venue assister à la messe célébrée sur les hauteurs de Marie, Reine de la Paix. Afin de donner l’occasion aux jeunes d’apporter leur vision, leur beauté et leur fraîcheur pour permettre le renouveau, il a invité le pays à être davantage attentif à eux. Il a regretté que de nombreux jeunes soient touchés par le chômage et demeurent en dehors des opportunités qu’apporte la croissance économique. “Ne laissons pas les marchands de la mort voler les prémices de cette terre”, a-t-il demandé dans son homélie, en parlant des difficultés auxquelles les jeunes sont confrontés.

À la State House, il a rappelé : “Depuis sont indépendance, votre pays a connu un fort développement économique dont nous devons certainement nous réjouir, tout en étant vigilants. Dans le contexte actuel, il semble souvent que la croissance économique ne profite pas toujours à tout le monde et mette même de côté – par certaines stratégies de sa dynamique – un certain nombre de personnes, en particulier les jeunes.” Demandant à Maurice de promouvoir une politique économique axée sur les personnes et favorisant une meilleure répartition des revenus, il a encouragé les dirigeants à “ne pas succomber à la tentation d’un modèle économique idolâtre qui ressent le besoin de sacrifier des vies humaines sur l’autel de la spéculation”.

Nature et culture.

À la State House, le Pape a béni des plants qui seront mis en terre à Maurice, Rodrigues et Agaléga. Un geste qui rappelle son engagement en faveur de la protection de l’environnement. Dans les discours prononcés en sa présence à Réduit, le Président et le Premier ministre ont aussi mentionné les efforts locaux en ce sens.

“Je suis heureux, grâce à cette brève visite, de pouvoir rencontrer votre peuple, caractérisé non seulement par un visage multiforme sur le plan culturel, ethnique et religieux, mais, surtout, par la beauté qui vient de votre capacité à reconnaître, respecter et harmoniser les différences existantes selon un projet commun”, a dit le Pape François. Le vivre ensemble mauricien a été salué par ce dernier. “Je voudrais saluer la manière dont, à Maurice, les différentes religions, avec leurs identités propres, travaillent la main dans la main pour contribuer à la paix sociale et rappeler la valeur transcendante de la vie contre toute sortes de réductionnisme.”

Les grandes émotions.

Si le temps fort de cette visite a été la messe, les Mauriciens se sont déployés le long de son parcours pour le saluer. À Plaisance, après avoir longtemps attendu l’avion, qui a atterri à 10h35, Dominique Bono et Jeanine Couronne, de la paroisse de Rose-Belle, ont été vivement émues d’avoir été parmi les premières à le voir : “Un cadeau du ciel. C’est complètement différent que de le voir à la télé. Un sentiment de paix nous a aussitôt imprégnées”, ont-elles témoigné. Pour Corinne Marceline, de New Grove, c’est le sourire du Pape François qu’elle gardera à jamais gravé dans sa mémoire : “La voiture a ralenti et il nous a salués. Une grâce pour nous. On peut maintenant retourner chez nous, le cœur rempli de joie.”Le Pape a ensuite fait le trajet jusqu’à Port-Louis à côté du chauffeur, dans une Renault blanche. La foule l’attendait déjà à la Cathédrale St-Louis. Entre-temps, les nombreuses personnes venues à sa rencontre gardaient les yeux rivés sur les écrans géants. Une longue attente pour un passage d’une dizaine de minutes, le temps pour le Pape de prendre place à bord de la papamobile, qui l’a conduit à Marie, Reine de la Paix. Des grandes clameurs, des chants, de la musique et des feuilles brandies l’y ont accueilli.

Recueillement dans le caveau du Père Laval.

Après cette étape et le déjeuner à l’Évêché, le Pape s’est ensuite rendu à Ste-Croix, où la foule était toujours au rendez-vous. Après s’être recueilli dans le caveau du Père Laval, qu’il a souvent cité durant cette visite, il a salué des malades, des personnes handicapées, des proches de toxicomanes et des personnes vivant en situation de vulnérabilité. “Il m’a dit qu’il prie pour nous. J’ai tenu ses mains de toutes mes forces et je lui ai demandé de prier pour nos enfants”, confie cette mère dont le fils a été pris dans les filets de la drogue.

(Photo by Handout / various sources / AFP)

C’est à 16h58 que le Pape François, accompagné du Père Philippe Goupille, est arrivé à la State House. Il a été accueilli par le Président de la République, Barlen Vyapoory, avec qui il a eu un tête-à-tête. Il a ensuite rencontré le Premier ministre et les membres de sa famille. Ambiance solennelle empreinte d’égard et de respect. Les invités, composés entre autres des membres du gouvernement, de la société civile et du corps diplomatique, remplissaient peu à peu la pièce principale.

À Réduit, quelques minutes avant de prendre l’avion, le Pape a conclu sa visite en déclarant : “Encore une fois merci de votre accueil chaleureux. Je demande à Dieu de bénir votre peuple et tous les efforts qui sont faits pour favoriser la rencontre entre différentes cultures, civilisations et traditions religieuses dans la promotion d’une société juste, qui n’oublie pas ses enfants, en particulier les plus démunis.”