Le sourire est revenu au sein de l’écurie Rameshwar Gujadhur qui, après des semaines de vaches maigres avec son jockey en perdition, Van der Merwe, a retrouvé les plaisirs de la victoire avec son valeureux champion Hard Day’s Night. Sous la selle du talentueux Manoel Nunes, il a renoué avec un succès classique qui le met en orbite pour le titre de cheval de l’année que convoitait aussi Baritone et Table Bay notamment, mais ils devront renoncer à leurs ambitions.

La course fut assez mouvementée pour les trois favoris de l’épreuve, qui se sont tous retrouvés en épaisseur, surtout dans la descente. Mais en ligne droite finale, aucun adversaire n’a pu résister au finish solide de Hard Day’s Night, qui a devancé Ten Gun Salute et Table Bay, sur lesquels les établissements Rousset et Gujadhur respectivement comptaient faire une différence décisive pour le titre d’écurie championne pour lequel on attendra sans doute la dernière journée, car seulement Rs 167 500 les séparent au classement, même si en termes de victoires, il n’y a pas photo, puisque Gilbert Rousset en totalise 40 contre 27 à son rival, qui est lui-même devancé par Rameshwar Gujadhur avec 31 victoires à son actif.

79%. C’est le taux des jockeys étrangers qui ont déjà quitté le territoire mauricien cette année. Pas moins de 15 ont déjà regagné leur pays sur les 19 qui ont exercé depuis le début de l’année. Ils ne sont plus que quatre, mais si on compte que trois d’entre eux sont mariés à des Mauriciennes, à savoir Ségeon, Fradd et Chisty, on peut conclure qu’à ce stade, il n’y a plus qu’un seul jockey étranger sur notre sol : Manoel Nunes. Cette situation est inédite depuis des lustres, mais il signe bien l’état déplorable dans lequel se trouvent nos courses ces derniers temps.

Un plaidoyer pour une dose raisonnable de jockeys étrangers de qualité sur notre sol n’est pas un réquisitoire contre les jockeys mauriciens. Bien au contraire, c’est une émulation supplémentaire pour eux de côtoyer des collègues étrangers aguerris. C’est cela qui a permis à certains de nos compatriotes de monter aujourd’hui sous d’autres cieux avec un succès qui fait la fierté du quadricolore. Et beaucoup ici ont progressé grâce ces frottements. À Hong Kong, Singapour, Séoul et dans d’autres pays où l’on note la remarquable montée en puissance des courses, c’est le modèle mixte jockeys locaux-jockeys étrangers qui prédomine. Et ce modèle a donné des résultats intéressants à Maurice, jusqu’a récemment.

Mais depuis quelques années, un vent de xénophobie souffle sur le Champ de Mars, où le jockey étranger est presque devenu un indésirable. Il a subi le durcissement de l’appareil d’État, du ministère du Travail et de la Police des Jeux qui le terrorise, sans compter la GRA qui règle des comptes personnels. Il ne faut aussi pas négliger le poids de certains établissements et entraîneurs qui ne prévoient même pas un plan salarial à ces messieurs que l’on jette en pâture aux mains de manipulateurs, sans compter ces non betting stables qui mettent pourtant une insoutenable pression sur leur pilote, qui n’a même plus le droit à la période d’adaptation maintenant.

Cette situation est telle aujourd’hui qu’aucun jockey de renom n’envisage de venir à Maurice. Du côté de l’Afrique du Sud, à part quelques ramassis qui n’ont rien à perdre, il n’y a pas de candidat. La période où, du temps de Jean Halbwachs, ces messieurs étaient prêts à faire la traversée à la nage jusqu’à Maurice est bien révolue. Le nouveau CEO du Mauritius Turf Club a du pain sur la planche. Sa mission aura plusieurs dimensions. Mais il sait, et mieux, que nous que sans au moins cinq bons jockeys étrangers à Maurice, l’avenir du commingling avec les pays étrangers est un leurre.

L’hippisme mauricien a besoin de réunir tous ses stakeholders et les mettre autour d’une même table pour repenser son avenir qui, sur la voie où elle s’est engagée, va vers un enterrement de première classe. Posons la simple question : combien d’écuries peuvent afficher un bilan favorable à la fin de cette saison ? Ou encore : combien peuvent raisonnablement repartir du bon pied la saison prochaine, surtout avec l’épée de Damoclès de la MRA sur la tête ? Là aussi, le MTC doit faire un audit de la situation et repenser sa stratégie. Dans cette situation morose, il y a une grande part de responsabilité de la GRA qui, sournoisement, a voulu prendre le contrôle des courses alors que sa mission première est dévolue au betting. Les subterfuges pour faire partir en feu d’artifice son compagnon d’armes n’auront finalement fait que fizett.

Cette fin de saison a une saveur plus morose que d’habitude et on a bien l’impression que tout le monde attend début décembre pour aller souffler un bon coup. En tout cas, pas les neuf bookmakers off-course qui ont reçu l’ordre de la GRA de regagner le Champ de Mars l’année prochaine et qui ont décidé de se battre sur le plan légal. Une nouvelle défaite est annoncée pour la GRA, dont la nouvelle décision est incompréhensible. Pourquoi supprimer neuf bookmakers à travers l’île quand vous avez autorisé plus de 2 000 points de vente pour le Loto, le PMU et les loteries de la bande à SMS Pariaz… Faire ce genre de bourde dans l’année qui précède les élections peut se payer bien cher à l’arrivée. Il y a des sourires qui se perdront bien vite.

Bernard Delaître