Les enfants ont répété le Christmas Carol à l’école maternelle de l’association Wi Nou Kapav

Après avoir grandi dans des longères en décrépitude, à Baie-du-Tombeau, plus de 187 enfants vont célébrer Noël dans de meilleures conditions d’habitation. Installés aux longères temporaires depuis quelques semaines, une trentaine d’entre eux ont préparé le Christmas Carol qu’ils devaient présenter dimanche après-midi. Cette activité est une fierté pour eux. Quant au Père Noël, s’il a l’intention de se rendre aux longères temporaires, il a intérêt à se montrer convaincant ! Les petits nous expliquent pourquoi.

Prêts à accueillir le “vrai” père Noël

Derrière la grille d’entrée de l’école maternelle, des voix d’enfants résonnent, ils chantent la naissance de l’Enfant Jésus. Les répétitions du Christmas Carol et de tableaux vivants, sous le regard de Miss Morianne et Miss Agnès, vont bon train. Après les dernières directives pour que les deux représentations soient au top, Joseph et Marie, assis sagement pendant une heure devant une crèche improvisée rangent le Petit Jésus : un ourson en peluche. « On fait avec les moyens du bord », sourit Miss Morianne avant de donner rendez-vous à l’ange Gabriel, à Elisabeth, au berger, aux rois mages et aux autres. Et d’un coup, l’enceinte des longères temporaires se transforment en cour de récré. Il y règne une certaine effervescence. Normal, ça sent Noël

« Miss, ou’nn deza trouv Bonom Nwel met soulie teton ou ? »

Cette année, quand le Père Noël quittera sa Laponie pour faire escale aux longères temporaires, à minuit, il aura peut-être intérêt à réveiller Leana, 9 ans. Elle pourrait enfin croire à son existence. Pour cause, depuis le jour où la fillette a croisé un père Noël en chaussures de sport, eh bien, elle est catégorique : « Mo pa krwar bonom nwel ! Miss ou’nn deza trouv Bonom Nwel met soulie teton ou ? » Et pressée de raconter ses doutes, Leana fait une autre confidence.

C’était l’année dernière, à pareille époque, lors d’une fête pour les enfants de son quartier. « Dan fet-la Bonom Nwel-la ti tir so labarb pou met lor figir enn zanfan ! » Leana était dépitée.

Aux longères temporaires où vivent 187 petits de 1 à 11 ans, ils sont quelques-uns qui, comme Leana, demandent à Prêts à accueillir le “vrai” père Noël « voir un Père Noël venu du pôle Nord par le ciel » pour croire à nouveau au « vrai » bonhomme vêtu de rouge. « Ek kan pou riss so labarb fodre pa li sorti ! » disent les enfants.

« Un ventilateur »

Qu’importe, les commandes de cadeaux et de… menu spécial Noël n’ont pas manqué. « Mo’nn demann enn bisiklet », lance Aurélie, 13 ans. C’est pour se rendre à la boutique du coin, dit-elle.

Kingson, petit espiègle de 10 ans, et berger de service des tableaux vivants, a demandé un drone, une tablette, un portable…

Il n’y a pas que les jeunes résidents des longères temporaires qui s’apprêtent à accueillir Noël dans un autre environnement. Anoushka, la trentaine et mère célibataire, travaille au port. Elle débarque des marchandises des containers. Pour faire plaisir à ses deux fillettes, elle concoctera un gratin de pâte et une daube de poulet. « Elles ont vu ce menu en consultant Facebook sur mon portable », raconte-t- elle.

« Un ventilateur ! C’est ce que je voudrais que le Père Noël me ramène », s’exclame, de son côté, une autre mère de famille. Cette dernière, 42 ans, explique que la chaleur à l’intérieur de sa maison est intenable. « Cela fait quatre mois seulement depuis que j’ai trouvé du travail. Je ne peux malheureusement faire des dépenses superflues », dit-elle.

Néanmoins, elle s’est fait un devoir comme à chaque 18 décembre, d’installer et de décorer un petit sapin, juste à côté de l’extincteur de feu, obligatoire dans toutes les maisons des longères. « C’est la date d’anniversaire de ma cadette. Le sapin est de mise ce jour-là ! » dit-elle. S’il pleut à Noël, cette fois-ci l’eau ne devrait pas s’infiltrer dans les maisons fraîchement construites… mais dans les souvenirs, pas trop lointains. Quand il pleuvait les jours de fête, l’eau s’invitait dans les longères en tôle où vivaient les 96 familles.

Jenny, nouvelle résidente des longères, a même décoré sa cuisine

Jenny, une jeune mère de famille, n’y pense plus. Elle a déjà décoré sa maison pour le plus grand plaisir de ses enfants, dit-elle. Employée de spa, Jenny travaillera ce 24 décembre et ne rentrera pas avant 21 h.

Avec son mari, Bruno, elle s’est organisée pour la journée du 25 qu’elle passera avec sa famille et ses proches. Aux longères temporaires, Noël ne sera pas forcément un jour de bonheur pour tous. Un décès, une séparation, des problèmes financiers ou autres, feront de ce Noël un jour ordinaire…