Par-dessus les toits la grue qui le fascinait s’est arrêtée.

GEORGES TOUSSAINT DE PARIS

L’heure est en effet au « confinement ». Presque toute activité a cessé. Les écoles sont fermées depuis qu’un drôle de « virus Corona ou Covid » rôde. Cela fait un mois que le petit garçon tourne en rond dans l’appartement et suit des cours à la télé ou sur l’ordinateur. Ses copains de classe lui manquent.

La grue qu’il surveille de son balcon ne s’active donc plus. Son long bras bouge à peine en fonction du vent. Le ciel est calme, sauf tous les soirs à 20 heures.

Ce moment est devenu rituel. Les voisins des immeubles aux alentours applaudissent de concert à leur fenêtre ou sur leur balcon, pour remercier et encourager toutes celles et ceux qui aident la population à vivre et à combattre ce drôle de mal invisible. C’est à cette heure-là que des multitudes d’oiseaux affolés par cette manifestation virevoltent autour de sa grue.

La situation se complique avec l’arrivée des vacances de Pâques d’autant qu’on a appris au petit garçon que le confinement doit encore durer.

Un beau soir pourtant, le petit garçon se réveille et vient rejoindre ses parents devant la télé. Connaissant son intérêt pour les engins de chantiers et élévateurs, ils l’autorisent à suivre un drôle de manège. En effet depuis un an, des femmes et des hommes sont au chevet de Notre Dame. Il se souvient des images de la Cathédrale en flammes, le 15 avril 2019.

Et là, le chantier est à l’oeuvre. Des architectes, des maîtres, des compagnons, des cordistes, des grutiers, des charpentiers, des tailleurs de pierre, des maçons, des maîtres verriers, des spécialistes des échafaudages, des ingénieurs, des ouvriers, des archéologues s’activent dans des tenues, avec des masques, des casques de protection, à l’aide de walkie-talkie. L’on entre avec eux dans le coeur et les entrailles de Notre Dame. (Le choeur est à ciel ouvert, protégé par des filets et des bâches transparentes.)

Une première grue, aussi haute que celle qu’il observe habituellement, a permis de déblayer avec précaution des gravats et restes de l’incendie. Des engins de chantier téléguidés sont également en mouvement à l’intérieur. Il faut recourir maintenant à une grue deux fois plus haute que la précédente afin d’installer de lourdes et volumineuses protections en vue de consolider les murs, ce qui reste de la toiture, ainsi que le grand échafaudage endommagé, qu’il faudra démonter et dégager bout à bout et sans risques.

Le moment est fascinant. D’énormes camions et des remorques de taille impressionnante qui reposent sur des suites de roues dirigeables, se faufilent dans les rues voisines de la Dame. La « petite grue » va pouvoir contribuer à construire sa grande soeur. Les hommes munis de leur talkie-walkie se concentrent sur les manoeuvres. Le mécano géant s’élève peu à peu. Il faut profiter de l’absence de vent. Les gougeons qui servent à solidariser les pièces entre elles sont plus gros que le bras du petit garçon.

Ouf, la plus haute grue de Paris est enfin debout. Des drones, eux aussi téléguidés, ont assisté aux manoeuvres. L’on découvre à l’occasion des vues exceptionnelles de la capitale.

Ces vues de Paris sont bien différentes de celles qu’a pu voir Notre Dame depuis sa construction qui remonte au Moyen Âge, qui a connu de grandes étapes d’édification, et a assisté à tant de péripéties.

Ne dit-on pas que le coeur de Paris, de la France, de l’Humanité bat au sein de cette cathédrale dite « gothique » ? Sa reconstruction est lancée. C’est maintenant l’heure d’aller se coucher en rêvant à la flèche de cette nouvelle grue qui permettra de relever de nouveaux défis.

Le 15 avril 2020