Dans le sillage de la recommandation de la Commission pour la réforme des lois ayant trait au serment des jurés, il nous a semblé approprié de rappeler que dans l’île Maurice constitutionnellement définie comme un État séculier (c’est-à-dire laïc), il n’a pourtant jamais été chose facile de se débarrasser de la référence systématique à Dieu. Dans beaucoup de serments, dont celui des membres de l’Assemblée nationale, celui des témoins en cours de justice et lorsque les ministres du gouvernement prennent leurs fonctions, reviennent l’incantation « Help me God ! » en étant obligé de jurer sur les livres sacrés des différentes religions.

Et des fois, cette obligation a posé problème. Un des cas compliqués les plus retentissants de notre histoire était survenu en 1970, lorsque le Mouvement Militant Mauricien avait réussi à faire entrer son premier député à l’Assemblée législative suite à une élection partielle à Triolet-Pamplemousses. Dev Virahsawmy (aujourd’hui au Parti travailliste), ce premier député mauve, avait deux revendications à faire aboutir d’emblée. La première était d’ordre vestimentaire. Révolutionnaire romantique, il arborait le port du complet/cravate de rigueur au sein de l’auguste assemblée et avait insisté pour ne se vêtir que d’un bush shirt  alors très en vogue à l’époque. Après de brèves hésitations, le Speaker de l’Assemblée législative d’alors, sir Harilal Vaghjee, lui en donna l’autorisation.

Par contre, on glosa énormément dans le pays par rapport au refus de Virahsawmy de prêter serment sur un livre sacré. De son propre aveu, se croyant à l’époque athée, il ne voulut absolument pas en entendre parler. Et, cela va s’en dire, sa position intrangisante ne fit qu’apporter de l’eau au moulin des adversaires de tout poil du MMM, qui voyaient, faussement d’ailleurs, dans ce mouvement l’incarnation d’un communisme matérialist e niant toute existence d’un être suprême créateur de l’Univers. Toutefois, une fois de plus, c’est Dev Virahsawmy qui parvint à obtenir gain de cause, lorsqu’à la fin le serment sur un livre sacré qu’on voulait lui imposer fut remplacé par une simple formule d’affirmation solennelle qu’il allait servir le pays au mieux de ses capacités.

Mais aujourd’hui, soit 49 ans après ces faits, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et Dev Virahsawmy lui-même a bien changé. Il a eu un cheminement spirituel tel qu’il est de nos jours devenu « très croyant » et s’en défend sans complexe aucun. «  C’est vrai, à l’époque je me suis cru athée, mais en réalité, j’étais plus anticlérical qu’autre chose. Ma position a bien évolué », nous a-t-il confié hier. Il n’empêche que, pour pour Dev Virahsawmy, « la recommandation de la Commission pour la réforme des lois va dans le bon sens parce qu’on ne peut pas continuer à contraindre un citoyen à croire en Dieu s’il ne croit pas et ainsi lui priver de ses droit et de ses devoirs ».

Henri Marimootoo