Pas une semaine ne passe sans qu’une étude ou un rapport ne soit publié sur le dérèglement climatique. Si tous n’adoptent pas forcément la même approche ni même ne s’accordent en termes d’échéance, en revanche, il est unanimement reconnu que si rien n’est fait pour freiner le réchauffement planétaire, le monde fera face à des catastrophes d’une telle intensité que la grande majorité des espèces (des plus imposantes aux bactéries) finira par disparaître. Et l’être humain, dans tout ça ? Et bien comme les autres, il risquerait bien de finir dans les vitrines de musées que plus personne ne pourra évidemment plus visiter.

Assurément, en la matière, nos engagements actuels à l’échelle mondiale ne suffisent pas. Aussi, si nous ne donnons pas un grand coup de frein à notre civilisation « tout carbone », le monde tel que nous le connaissons ne sera alors plus qu’un souvenir dans à peine quelques décennies. Oui, mais quand, demanderez-vous ? Il est vrai que les experts du climat ne s’entendent pas encore totalement sur la question, les plus optimistes annonçant des changements radicaux vers 2100. D’autres, eux, estiment que ce scénario du pire interviendrait d’ici une vingtaine d’années seulement. Pour autant, soyons réalistes : la date de l’échéance, finalement, importe peu, car seule l’issue compte. Et cette dernière, il faut le reconnaître, est peu réjouissante.

Malgré les mises en garde, aujourd’hui encore, la posture politique (ou, devrait-on plutôt dire, l’imposture) mise sur un relatif statu quo, ne se contentant en effet que de distiller ci et là quelques mesures palliatives, histoire d’être « plus ou moins en règle » avec les normes de conscience populaires. Et bien que cette confiance démesurée que nous accordons à l’appareil politique soit suicidaire, nous persistons à penser que notre ingéniosité seule nous permettra d’éviter de remettre en question notre mode sociétal et de nous sortir du pétrin. Et il s’agit bien entendu d’une grave erreur.

En lieu et place, les moutons que nous sommes devraient au contraire adopter l’approche du risque maximum, au final paradoxalement bien plus sécurisante puisqu’étant la seule pouvant nous permettre de limiter la casse. Ainsi le climatologue Gilles Ramstein estime-t-il que la posture catastrophique « permet de lancer une alerte encore plus forte », ajoutant que « si on ne fait rien, les réactions vont être de plus en plus émotionnelles et les choix qui seront faits ne seront pas forcément les bons ». Quant à cette vision apocalyptique, elle est régulièrement évoquée par des experts de tous bords. À ce titre, nous citerons une récente étude, entreprise par des chercheurs australiens, laquelle évoque la fin de la civilisation en… 2050.

Ce rapport, publié en mai dernier par le think tank Breakthrough-National Centre for Climate Restoration, est éloquent à plus d’un titre. Ses auteurs, David Spratt, directeur de recherche à Breakthrough, et Ian Dunlop, ancien cadre de l’industrie des énergies fossiles, estiment ainsi que si nous ne changeons pas de cap, « la planète et l’humanité auront atteint un point de non-retour à la moitié du siècle ». La perspective d’une Terre largement inhabitable entraînerait, disent-ils, « l’effondrement des nations et de l’ordre mondial », ajoutant qu’il existe « une forte probabilité que la civilisation humaine touche à sa fin » dans trois décennies à peine.

Plus précisément, les auteurs affirment qu’en 2050, la hausse de la température moyenne aura atteint 3°C et que, de fait, plus de la moitié de la population mondiale sera exposée à des chaleurs létales au minimum 20 jours par an, et jusqu’à plus de 100 jours dans les régions de l’Afrique de l’Ouest, du Moyen-Orient, de l’Amérique du Sud et de l’Asie du Sud-Est. Autre problème : le manque d’eau, qui toucherait à l’horizon 2050 plus de deux milliards d’êtres humains. Sans compter que l’élévation du niveau de la mer, évalué de 2 à 3 mètres, devrait engendrer plus d’un milliard de réfugiés climatiques avant la fin du siècle. À ce scénario apocalyptique, nous pourrions aussi ajouter l’incidence du réchauffement sur les autres espèces, animales et végétales, dont beaucoup agrandiront la liste déjà kilométrique des espèces disparues.

Encore une fois, il ne s’agit que d’un scénario – et pas le plus agréable, c’est vrai – parmi tant d’autres. De même, comme après la publication d’autres rapports similaires, des voix se sont rapidement fait entendre pour critiquer le côté « alarmiste » de l’étude. Mais, comme le dit si bien Henri Waisman, qui a collaboré au rapport 2018 du GIEC, « peu importe le chiffre avancé, ce qui est vrai, c’est que des centaines de millions de personnes pourraient être affectées ». Devant une telle évidence, il apparaît dès lors plus qu’urgent de prendre les actions qui s’imposent. Car si nous appartenons encore tous pour le moment au Conseil de Sécurité du « Système Terre », n’oublions pas que nous n’y serons jamais enregistrés comme membres permanents !

Michel Jourdan