Préparer l’électorat à l’idée d’une alliance. Une de celles qui ne s’assument pas, pour le moment. C’est du moins l’impression qui émane du discours du camarade Arvin. L’homme à la voix grave n’appartient pas à la caste des premierministrables, bien que se situant à une plus haute strate (brahmine). Serait-ce un handicap de naissance ? On pourrait le penser si l’on réfléchissait de manière bassement communale.

La logique ethnique voudrait qu’Arvin supplante ses subordonnés castéiques, mais les dés de l’ethnicité sont pipés au profit du nombre. On dirait que nos hommes politiques tendent à reproduire la hiérarchie régissant jadis leur père. Le bon camarade Arvin n’échappe pas à ce non-dit. Il occupe par conséquent le poste de “lieutenant de Ramgoolam”. Une espèce de loyauté tacite entretenue par-delà les générations ?

Les “instances du parti” fondé par Curé ont bon dos. Ce serait donc à ceux-là de décider si le camarade Arvin est premierministrable ou pas. Il a certes une bonne assise à Rose-Belle voire à Belle-Rose, mais pourquoi ni son charisme ni la gravité de sa voix ne semblent trouver la résonance voulue au niveau national ? C’est une question légitime.

Autant miser sur un “cheval” gagnant, semblent se dire les fameuses instances du parti. Autrement dit : miser sur le camarade Navin. Et en plus, selon ce dernier, “tou madam kontan mwa”. Il faut admettre que si tou madam votaient pour le “gentleman” et pour ces représentants à travers le pays… ça ferait un sacré morceau dans son escarcelle.

En dépit des ambitions déclarées de faire cavalier seul, contracter une “alliance” (avant les élections) ou faire une “coalition” (après les élections) paraît probable pour que le prochain gouvernement gouverne sans entrave et en relative sérénité jusqu’à la cassure. Ce serait pour ainsi dire inscrit dans l’ADN politique du pays.

On serait rendu à penser que certains partis ne peuvent espérer entrer au Parlement sans le soutien d’un partenaire censé représenter la “population générale”. Une sorte de mariage mixte avec des zoli mamzel et autres matant, garantissant une représentativité et assurant la stabilité au pays arc-en-ciel.

Quid d’un Premier ministre métis aux commandes ? Est-ce impossible que le Leader of the house soit le fruit des mélanges qui nous caractérisent ? Tôt ou tard, la notion d’appartenance à une communauté se résorbera. Nous n’en sommes certes pas là pour le moment. Les camarades Paul et Zaza ont chacun besoin d’un partenaire vaish… si l’on en croit la logique castéiste dans le sweet Motherland of mine.

On pourrait aussi se demander si les rôles en politique (du moins à Maurice) ne sont pas perpétués invariablement d’une génération à une autre. Une sorte d’avatar nourri aux mamelles du communalisme. Le camarade politicien est par exemple “second couteau” ou “leader de parti” de père en fils et en petit-fils. Ce n’est heureusement pas le cas de tous les politiques du mainstream. Cette transmission paraît se perdre progressivement, et c’est tant mieux pour notre démocratie.

D’autre part, ces cadors n’échappent pas à une reproduction des rôles. Ceux tenus par leurs vieux à une autre époque. Ils reconstruisent la même hiérarchie à leur tour. Cette “construction sociale” apparaît lorsque surviennent les questions de pouvoir économique et politique. Faudrait penser à se débarrasser de ce système quasi féodal. Les politiciens ne devraient pas être perçus comme des seigneurs dans des circonscriptions.

Une interrogation en guise de conclusion. Que signifie “pactiser avec les anges aux poings serrés”, dixit Arvin. Autant que je sache, Les anges aux poings serrés est un film britannique réalisé par James Clavell en 1967, d’après le roman d’E. R. Braithwaite. C’est sûrement un message codé, adressé aux initiés. Ceux qui sont dans le secret des dieux…