SANDRINE RUSSIE BEAUHARNAIS

Je suis venue

Mais j’ai décidé de ne pas entrer

Car c’était difficile pour moi

D’accepter de te voir

Étendu sur un canapé

Toi qui étais si jeune, si insouciant et si gai,

Tu faisais désormais partie de mon passé

Je n’ai pas franchi la porte d’entrée

Car je voulais garder

Le souvenir de ton visage parfait

Plus tard alors que j’étais dehors

En train de pleurer

On t’a mis dans un cercueil.

Toi qui aimais la liberté

On te renfermait

Je voulais crier… leur dire de te laisser

Mais je n’ai rien fait

Car je voulais garder

Le souvenir de ton visage parfait.

Puis on s’est dirigé

Vers un lieu sacré

Des fleurs parsemées

Des visages crispés

Des yeux gonflés

Un prêtre venu te donner ton dernier sacrement.

Je me suis arrêtée aux portes du cimetière

Je ne voulais pas les voir t’enterrer

Car je voulais garder

Le souvenir de ton visage parfait.

En retournant chez moi

Alors que je passais sur un chantier abandonné

Mes yeux se sont posés sur une bande

De jeunes délurés

Certains riaient à gorge déployée

Certains étaient tombés sur le sol mouillé

Ce qui m’a interpellé

Chez eux, c’était leur insouciance

Face au danger qui les guettait

Un danger qu’il s’injectait

Un danger qu’il respirait

Un danger qui t’a pris ta liberté

Je me suis détournée d’eux

Oui, car je voulais garder

Le souvenir de ton visage parfait