Les Mauriciens de foi tamoule célèbre ce lundi le Thaipoosam Cavadee après un jeûne de 10 jours, ayant débuté avec la cérémonie “Kodi Ettram” (lever du papillon) et “Kodi Irakam”, rituel qui met fin au jeûne. Celui-ci aura lieu mardi suite à la descente du pavillon.
Cavadees colorés sur les épaules et marchant pieds nus sur l’asphalte, les dévots exprimeront leur foi dans le Dieu Muruga. La fête est célébrée lorsque l’étoile du poosam coïncide avec la pleine lune du mois de Thai. Durant ces dix jours de jeûne, des prières sont dites dans les différents kovils de l’île. Ceux qui porteront le cavadee entonneront le chant pieux “vetrivel muruga nukku araharogarah” (“la gloire à toi, Dieu Muruga”).

Depuis une semaine, les dévots confectionnent le cavadee en assemblant du bois et des bambous. Les structures sont parées de feuilles de cocotier, de plumes de paon, de limons, de tissus divers, de clochettes et d’effigies de Muruga. Aujourd’hui, les dévots se reveille tôt pour des prières dites dans l’autel familial afin de demander la grâce de Muruga. Ils se rendront par la suite au bord des rivières pour prendre un bain purificateur. Après les ablutions, du lait sera versé sur les deux “sombous” ou dans les “coudams” portés sur la tête. Le front, les épaules, le dos et la poitrine seront enduits de “vibhuti” (cendre sacrée). Certains se perceront la langue et le corps avec des “Vels”, symbolisant la lance à l’aide de laquelle Muruga vint à bout d’Idumban.

La procession quittera ensuite la rivière vers le kovil. À leur arrivée, les dévots détacheront les deux “sombous” qui contiennent l’offrande pour les verser sur le murthi de Muruga, qui est vénéré sur son trône. Quelques gouttes de lait seront ensuite remises par le prêtre aux dévots, qui les boiront pour purifier leur corps et leur âme.

Achagar Maistry : « L’occasion de se purifier »

L’Achagar Soondarajen Maistry, figure très connue de la communauté tamoule, mais de toute la population également, car très activement engagé dans le social, fait ressortir : « Tous les rites entourant la célébration du Cavadee ont pour but de nous permettre de nous laver de nos péchés. C’est un moment fort et très attendu par tous les dévots de la communauté car il nous permet de remettre les pendules à l’heure et de nous remettre en question face à Dieu.

Muruga attend de nous que nous nous lavions de nos péchés et, donc, c’est avec un cœur pur et des intentions honnêtes que nous devons nous consacrer aux rituels. » Fête majeure de la communauté tamoule, le Thaipoosam Cavadee (« thai » pour « mois » et « poosam » pour « étoile ») symbolise la victoire du bien sûr le mal, ajoute encore le religieux. « De fait, nous, les prêtres, avons pour mission durant ces dix jours qui marquent la tenue du Cavadee de profiter au maximum de la plateforme de réunion pour évoquer des sujets importants qui frappent nos jeunes, mais aussi nos adultes. C’est un moment propice pour prendre en considération ces fléaux sociaux qui nous entourent et brisent, au final, la cellule familiale. »

Bien évidemment, conclut l’Achagar Soondarajen Maistry, 
« c’est aussi et surtout une occasion de tendre la main aux autres et de leur venir en aide, ce qui est en direct communion avec ce qu’attend Dieu de chacun de nous ». Et de lancer un vibrant appel « à chacun de faire de ce Cavadee 2019 une grande réussite sur le plan personnel et national ».

Vécu — Deeren M. (32 ans) :« Ce sacrifice constant m’a rendu fort spirituellement et humainement »

Originaire de Stanley, Rose-Hill, Deeren M., cadre dans une entreprise connue de la capitale, a grandi et mûri dans une atmosphère où les rites et les traditions liées à la pratique de la religion tamoule ont fait corps avec sa personne et ses idées. Derrière son blouson de cuir et l’air résolument effronté qu’il affiche, Deeren M. cache un être spirituellement passionné. Il n’avait que 4 ans quand il a participé à son premier Cavadee (cependant, à 8 ans, il portait quatre crochets et des limons). Aujourd’hui, confie-t-il, 
« après avoir porté plus de 20 fois le Cavadee, j’entame un nouveau parcours, spirituel et humain, qui me mène vers les autres, enfants, démunis et ceux que je peux aider ».

« C’est une promesse de ma maman qui m’a entraîné sur ce parcours, avouera le jeune cadre de bureau. J’étais plutôt maladif. J’ai dû subir plusieurs interventions et ma santé était très fragile. » Notre interlocuteur a alors 8 ans et se voit préparer, mentalement et physiquement, à « porter quatre crochets de limon » sur le corps. « J’en voulais à mort à ma mère et je n’arrivais pas à comprendre pourquoi je devais m’infliger ce sacrifice. Je n’étais qu’un gamin et je ne comprenais rien aux traditions, à l’importance des rites et des coutumes. » C’était la toute première fois de sa vie que le jeune homme se prêtait au rituel qui, il l’ignorait alors cependant, allait totalement changer sa vie… « L’année qui a suivi, mon père et ma mère n’en revenaient pas le jour du Cavadee quand ils ont vu que j’avais le corps transpercé d’aiguilles d’argent ! J’avais décidé, de mon propre chef, que je voulais me faire piquer le corps », se remémore-t-il, toujours aussi ému.

Ce qui s’est passé entre-temps ? « J’étais encore gosse, c’est vrai, mais je suis très croyant de nature. Durant ces 12 mois qui se sont écoulés, entre mon premier Cavadee et le nouveau, il y a eu un changement qui s’est opéré en moi. J’ai pensé à ma santé, à ma mère… Quand je regarde, avec le recul, j’ai été béni et j’ai eu la grâce de Dieu, qui m’a entraîné vers ce parcours. J’y suis resté, j’ai fait corps avec la spiritualité qui m’a été inculquée. Cela m’a énormément servi. Je suis désormais un homme plus fort, humainement et spirituellement. Ces sacrifices constants, chaque année, m’ont ouvert des perspectives que j’ignorais. » Notre interlocuteur souligne : « Nous sommes d’origine modeste : mon père et mon grand-père ont travaillé très dur. Participer au Cavadee, chaque année, jeûner, assister et prendre part aux prières, me percer des parties du corps, la bouche, la langue… Tout cela m’a rendu plus solide. » Parallèlement, avance notre interlocuteur, « professionnellement, mon frère, ma sœur et moi-même avons pu avancer ».

Durant ces derniers 28 ans, Deeren M. a toujours voulu répondre présent pour le Cavadee. Mais il n’a pas toujours été au pays, pris par ses études à l’étranger d’une part. « Et il y a eu aussi des mortalités dans la famille. » Dans l’ensemble, estime-t-il, « je dois y avoir participé une vingtaine d’années ». Il tient toutefois à faire ressortir : « Je n’ai jamais été contraint par qui que ce soit de ma famille à le faire. Tout ce que j’ai fait, chaque fois, c’était mû par ma propre passion, par mon amour pour ma religion et mon désir de communier avec Muruga dans ces moments très privilégiés. »

Il fait ressortir que 
« quand on pratique sa religion avec amour et un cœur pur, quelle qu’elle soit, on voit les résultats et on enregistre le changement dans sa vie ». De fait, cette année, Deeren M., même s’il jeûne et participe à tous les niveaux à la fête, ne compte pas porter des aiguilles ce 21 janvier : « Je pense que j’ai atteint une autre étape de mon parcours. De fait, je ne compte pas cette année me percer des parties du corps. J’ai le sentiment d’un parcours accompli, en ce sens. »

En revanche, nous livre le jeune homme : « Je m’intéresse davantage aux enfants, aux démunis et à ceux qui, autour de moi, ont besoin d’aide, d’une manière ou d’une autre. Cela peut être financièrement ou un coup de main avec les études, apprendre à jouer un instrument de musique, faire des sorties… À mon avis, le parcours spirituel que j’ai eu, et je remercie pour cela Muruga, mes proches et parents, mes amis qui m’ont épaulé, m’attire vers d’autres sphères. Je continue à jeûner et suivre tous les rites, en plus de m’adonner au social. »

Union et partage

Deeren M. est marié depuis maintenant huit ans et son épouse n’est pas tamoule. « Nous avons fait un mariage d’amour entre deux religions différentes. Mais je remercierais toujours nos parents car tous nous soutiennent et nous accompagnent tout le temps. » Il y a quelques années, la jeune femme a porté son Cavadee. « J’en ai été le premier étonné ! Mais elle m’a expliqué qu’elle souhaitait le faire. » De son côté, le jeune homme s’est « beaucoup imprégné de la culture ancestrale de la famille de ma femme ».