C’est la saison des Golden Globes, Césars, Oscars et BAFTA. On pourrait dès le début de cette année 2020, commencer nous aussi à attribuer quelques distinctions. Le récipiendaire est tout trouvé: le gouvernement qui a pris plus de deux mois pour nous présenter un discours-programme qui mérite largement le trophée des redites.

Revenir avec des annonces sur la réforme électorale et la représentation des femmes alors qu’il y avait unanimité sous la précédente législature pour faire aboutir une participation féminine accrue à la vie politique est absurde. 

Mais plus ridicule est le projet d’introduction d’un code de conduite pour les parlementaires. Pravind Jugnauth veut sans doute se prémunir des Tarolah, Gayan, Soodhun et autres Dayal. Nous suggérons que ce soit le Speaker, Sooroojdev Phokeer, fort de son expérience de diplomate en Egypte et aux Etats-Unis et vrai modèle d’exemplarité au chapitre de la gestion de son patrimoine, complètement dégarni, qui préside un comité pour l’élaboration de cette fameuse charte. 

Parler encore et toujours de la corruption, devant le directeur de cette ICAC stérile et politisée, est tout simplement risible d’autant que ce discours intervient juste après l’exercice raté de la publication des déclarations de patrimoine des parlementaires, anciens et nouveaux. 

A part la réaction enthousiaste de Transparency Mauritius et de son porte-parole, cette récente publication a, non seulement, suscité des interrogations, légitimes d’ailleurs, quant à la sincérité des déclarants, il a, en fait, contribué à installer davantage de doute dans la population quant à l’honnêteté de certains hommes publics. 

Et lorsque le dernier classement de Transparency International confirme le tassement de Maurice au plan de la lutte contre la corruption et l’absence de progrès sensible à ce chapitre, il n’y pas de quoi nourrir de grands espoirs quant à un inversement de la tendance à brève échéance. 

Le discours programme est revenu sur les zones inondables qui sont source d’inconvénients considérables pour de nombreuses familles mauriciennes. On a le droit légitime de s’étonner qu’un problème comme celui-là perdure et qu’il n’ait pas été réglé de manière définitive tandis que, pour le tram, c’est à vitesse TGV que le projet a été mené. De jour comme de nuit pour que le projet phare de Pravind Jugnauth soit prêt avant les élections générales.  

On nous avait parlé de grands travaux entrepris à l’occasion de la visite du pape mais cela n’a pas empêché la route menant au tombeau du Père Laval d’être inondée et d’être impraticable à deux reprises ces dernières semaines. Au lieu d’aller seulement sur les mêmes lieux de culte tous les ans pour vérifier que les Infrastructures sont en état, le Premier ministre aurait pu aussi s’occuper de sécuriser ces autres endroits rendus sinistrés à la première averse. 

Le discours sur l’environnement est louable même s’il arrive tardivement. Sur papier tout cela pourrait formidable. Mais rien sur le calendrier de la construction d’hôtels à un moment critique pour l’industrie. Allons-nous encore et toujours agrandir le parc pendant que la conscience mondiale, suivant l’exemple de Greta Thunberg, s’aiguise contre l’avion, considéré comme un des moyens de déplacements les plus polluants de la planète?

Les mesures ne doivent pas être cosmétiques. Annoncer une nouvelle campagne de nettoyage après le «Moris nou zoli pei» organisé en marge de la tenue des Jeux des îles de l’océan indien  ne servirait à rien si le projet n’est pas accompagné de sanctions exemplaires et dissuasives contre ceux qui polluent et pour qui c’est devenue une habitude de tout balancer dans la nature, la bouteille en plastique depuis la fenêtre de la voiture ou de l’autobus, le matelas dans la rivière et le réfrigérateur sur le terrain vague le plus proche. 

Les initiatives qui devraient commencer au début du cycle scolaire sont insuffisantes. Nous parlions, ici même, il y a quelques semaines de la nécessité d’introduire le tri sélectif dans les établissements scolaires. Avec des amis, on évoquait, le week-end dernier, cette image détonante du lancement, à Bois des Amourettes, le 14 janvier, du programme des repas chauds dans les écoles. Bonne initiative mais voir ce déluge de plastique était horrible. 

D’aucuns ont exprimé leur indignation quant à l’utilisation de la bouteille en plastique pour accompagner le repas, ce qui est en soi déjà inconcevable à un moment où il est question de limiter de tels usages. Même si le matériau utilisé aujourd’hui pour sa fabrication est recyclable. 

Mais il n’y avait pas que les bouteilles. Il y avait aussi les gobelets, les chaises et même la nappe. Et probablement aussi l’assiette. Ça fait beaucoup pour un gouvernement qui se découvre subitement une âme écolo!

Pourquoi ne pas avoir pensé à un procédé de filtrage supplémentaire de l’eau du robinet, aux verres recyclés, aux bancs en bois et à la nappe en tissus fabriqués par le producteur local? Ce n’est pas si difficile de réaliser cela. Il s’agit d’y mettre un peu de volonté et beaucoup de coeur. 

Le gouvernement a aussi parlé de l’aménagement de pistes cyclables pour encourager l’utilisation de vélos pour le déplacement de la population. On pourrait aussi inclure la trottinette, très populaire chez les plus jeunes. 

Comme ce serait bien qu’au lieu de donner des tablettes aux collégiens on leur distribuait plutôt des vélos. On ferait d’une pierre deux coups, répondre à une exigence de santé publique qui est de réduire la population des obèses parmi les adolescents et réduire la prolifération des vans scolaires sur nos routes. Enfin, rêvons au delà des beaux discours et du programme enjolivé.