Cela fait déjà plus d’une semaine que Pravind Jugnauth a été confirmé au poste de Premier ministre lors des élections générales du 7 novembre. Depuis, la situation revient graduellement à la normale dans le pays. Le Conseil des ministres de 24 membres a déjà été constitué. Les dix PPS ont aussi déjà été nommés. La première réunion du Conseil des ministres, qui a eu lieu hier, a déjà approuvé un premier train de mesures qui faisaient partie des promesses électorales, à savoir l’augmentation de la pension de vieillesse, les allocations destinées aux veuves, handicapés et autres bénéficiaires d’allocations sociales.
Au sommet de l’État, le vice-président de la République, Barlen Vyapoory, qui faisait l’intérim aux fonctions de président de la République depuis le départ d’Ameenah Gurib-Fakim, a été invité à “step-down”, ouvrant ainsi la voie à la nomination d’un nouveau président et d’un vice-président. Ce qui donne lieu à d’intenses spéculations dans les milieux politiques et gouvernementaux. En attendant, la convocation de la prochaine session parlementaire, Sooroojdev Phokeer a déjà été désigné nouveau Speaker de l’Assemblée nationale. Les regards sont tournés désormais vers le Premier ministre pour savoir s’il pourra éviter, dans le cadre des nominations, de tomber dans le piège du népotisme et veiller à ce que ses ministres en fassent de même.
Au niveau de l’opposition parlementaire, les différentes responsabilités ont été réparties cette semaine avec Arvin Boolell comme leader de l’opposition. Xavier-Luc Duval, qui occupera la fonction de président du Public Accounts Committee, a indiqué sa volonté de se mettre à côté des députés de son parti au lieu du “front bench” de l’opposition.
Il nous faudra encore beaucoup de temps pour digérer et analyser en profondeur les résultats des élections générales. À première vue, l’électorat a opté pour la continuité. Il serait toutefois beaucoup trop simpliste de résumer cette élection en une lutte entre « Pravind et Navin ». Beaucoup trop d’éléments très complexes doivent être pris en considération. À première vue, le MSM, qui a préparé ces élections depuis plusieurs mois, a eu amplement le temps de quadriller chacune des 20 circonscriptions et a réussi à s’assurer dans chacune d’elles qu’il présente une équipe de candidats correspondant au meilleur profil politique, socioculturel, voire religieux. Pour cela, il n’a pas hésité à recruter chez le MMM et d’autres partis, voire dans la Fédération Créole Mauricien.
Arvin Boolell, dans une interview accordée au Mauricien aujourd’hui, estime pour sa part que l’Alliance Nationale était bien placée pour remporter les élections. Il estime l’utilisation de « propos tronqués » de Navin Ramgoolam comme une arme politique n’ayant pas joué en faveur des partis de l’opposition. Mais laissons le soin aux partis de l’opposition, dont le MMM, d’analyser en profondeur leur performance, que ce soit dans les régions aussi bien urbaines que rurales, et de tirer les conclusions nécessaires.
Les observateurs étrangers, dont ceux de la SADC, ont relevé avec pertinence certaines failles, dont la campagne trop courte pour permettre à tous les partis de faire campagne équitablement. D’autre part, alors que la Commission électorale a opéré jusqu’ici de manière irréprochable, il faut reconnaître qu’elle a donné cette fois des signes d’essoufflement. La coïncidence des élections avec la tenue des examens a compliqué sa tâche en raison, d’une part, de l’indisponibilité de certaines institutions scolaires plus confortables et, d’autre part, par le manque de personnel habitué à l’organisation des élections, qui était retenu par la supervision des examens.
De plus, le problème des électeurs non inscrits ou celui du bulletin retrouvé à Plaine-Verte contribuent à entretenir un sentiment de doute néfaste pour le pays, tant sur le plan local qu’international. L’approche légaliste de la Commission électorale ne contribue pas non plus à rassurer un grand nombre de Mauriciens attachés au respect des droits humains. Il suffirait, à notre avis, que la Commission électorale accepte d’ouvrir une enquête, voire de demander l’institution d’une commission d’enquête, pour faire la lumière sur ce qui s’est passé et de donner toutes les garanties que toutes les mesures soient prises pour que tous les électeurs qui le souhaitent puissent exercer leur droit fondamental de voter.

Jean Marc POCHÉ