Par : DIPLAL MAROAM

La date des législatives étant connue, la campagne électorale s’emballe. Pour tenter de renverser la vapeur sur le terrain qui avait commencé à vaciller sous les pieds de nos dirigeants, il fallait, à tout prix, frapper un grand coup. Le PM le savait et il l’a fait. En effet, s’adressant à un parterre d’invités d’un segment de la population représentant environ un quart de l’électorat dans son ensemble le 2 octobre dernier au SVICC, il ne pouvait laisser filer l’occasion. Après tout, la méthode qui a merveilleusement porté ses fruits en décembre 2014, pourquoi ne marcherait-elle pas en novembre 2019 ? Cependant, contrairement à décembre 2014, le PM s’est bien gardé cette fois d’annoncer une date pour le paiement dans sa totalité de la pension universelle après un éventuel retour au pouvoir, ce qui laisse présager que la plus grosse tranche serait déboursée vers la fin du prochain quinquennat ce, encore une fois, en guise de carotte électorale. Mais quoi qu’il en soit, déjà l’effet psychologique d’une telle mesure évaluée à plus de Rs 40 milliards est palpable.
Par ailleurs, la rivalité politique entre les Jugnauth et Ramgoolam étant ce qu’elle est, il va sans dire que celui qui détient le pouvoir ferait tout pour le conserver d’autant que l’adversaire principal, très rancunier paraît-il, a déjà affirmé qu’il « n’est pas Mahatma Gandhi ». En effet, la machinerie de l’État constitue un atout incontestable lors d’une campagne. L’histoire politique n’enseigne-t-elle pas que le pouvoir ne se prend pas mais s’arrache ? Voilà pourquoi cette campagne pourrait être la plus intense, voire la plus virulente que le pays ait connue après l’indépendance. Mais contrairement aux élections d’août 1967 qui avaient suscité une polarisation ethnique outrancière de notre tissu social, scindant le pays en deux, majorité en faveur de l’indépendance et minorités contre, celles de novembre prochain s’annoncent, manifestement, plus ouvertes. Ainsi, hormis le doublement annoncé de la pension universelle que le PTr a qualifié d’acte « désespéré de la part du pouvoir » et le PMSD de « démagogique et populiste », l’influence électoraliste d’autres mesures telles la révision des 35 Remuneration Orders, l’abolition annoncée des Pre-registration medical examinations, de même que les nombreuses cérémonies de « coupe-ruban », comprenant l’inauguration du Metro Express, ne peut être occultée. Et cerise sur le gâteau : le jour même du scrutin, les Mauriciens seraient en train de voyager gratuitement dans le tram.
Cependant, parmi tant d’autres problèmes non-résolus jusqu’ici, ce qui fait tache d’huile, c’est bien celui de l’insécurité publique qui a continué sa descente vers le fond au cours de cette mandature. La situation qui a défrayé la chronique récemment par rapport à la police de Bel-Air concernant un cas de violence domestique au cours de laquelle une femme avait perdu la vie, prévaut malheureusement dans de nombreux autres postes à travers le pays. L’information dévoilée par Le Mauricien dans son édition du samedi 5 octobre eu égard aux enquêtes et pièces à conviction de la CID de Quatre-Bornes retrouvées en pleine nature au pied de la montagne Corps de garde constitue une autre preuve de flagrante irresponsabilité. Lors de l’inauguration du poste de police de Pamplemousses le 2 octobre 2019, SAJ a fait état de l’institution d’une académie pour la formation des policiers à Côte-d’Or. Or force est de reconnaître que tout projet de formation doit essentiellement se focaliser sur l’instauration de la conscience professionnelle dont l’absence constitue la pathologie chronique qui paralyse l’institution aujourd’hui. Sinon, le projet risque de produire le même effet que le National Policing Strategic Framework de 2011.
Le leader du PTr a annoncé que, dans le cadre de sa politique de « rupture », la police aura une considération particulière dans son programme électoral. Soit. Mais la question que l’on se pose : les mêmes éléments du passé et la même alliance traditionnelle, peuvent-ils être le moteur de rupture ? En outre, force est de constater que Navin Ramgoolam se présente à ces législatives avec un handicap majeur – même si 11 de ses 12 affaires pénales ont été rayées par la justice, le verdict du tribunal de l’opinion publique, lui, demeure bien plus tenace. Car, entre la légalité et le sens de la moralité, particulièrement au plus haut échelon de l’administration d’un pays, il y a loin de la coupe aux lèvres.