C’est présentement comme le début d’une dépression.
Une baisse de forme et des coups de blues. On va passer le cap. Il faut juste laisser faire et avoir un peu de patience.
D’une léthargie entretenue par l’inertie des institutions face à l’accaparement du pouvoir, de haussements d’épaule aux attitudes de démission morale des décisionnaires, le peuple de notre petite île, en virant a cru en une nouvelle ère.
Nous avons eu droit en effet, à peine les résultats des élections de décembre connus, non pas à des « teasers » mais à de vraies campagnes de guerre, menées tambour battant avec des slogans et des « matadors » frappant l’esprit par les mots, la gestuelle, les images passant en boucle. Une campagne de pub post-électorale mise en scène par différents sosies de Rambo pour nettoyer le pays.
Il en fallait. Personne ne dirait le contraire.
Mais le trop nuit.
Les scandales à répétition égrènent notre quotidien. Entre l’information sobre, circonstanciée, des mesures réfléchies qui ne donnent pas lieu à des images de guerre de tranchée entre clans de la mafia et une recherche de sensationnalisme, la balance s’est penchée sur le second terme.
Une lassitude s’installe subrepticement dans les coins de rue. L’ère des désillusions s’ouvre : ce ne sont pas seulement des individus, enivrés de pouvoir qui tombent. Ce sont des institutions respectables en lesquelles toute garantie fut donnée. Cette perte de confiance fondamentale en nous-mêmes et en nos structures appelle à un sursaut profond de nous ressaisir dans ce que nous portons de plus noble. Et ce ne sont pas les confettis que représentent les partis politiques actuels qui ranimeront la flamme du renouveau. Nous avons besoin d’ancrage fort au-delà du slogan, dans des actions qui font fi du sensationnel, qui donnent la mesure d’une société qui lutte ensemble. Ce n’est pas le cas.
Trop de pub ennuie, abêtit. Nous devons rester dans la sobriété. L’époque l’exige et les spectacles surtout quand ils sont mal ficelés et les « textes » confus, font déchanter les spectateurs.
Nous assistons jour après jour à des supplices publics. C’est une réminiscence du Moyen Âge où la place publique et ses « guillotinés ou pendus » rassemblaient des foules entières hurlant au sang et à la mort. Ce caractère public du supplice, la symbolique des condamnations (exemples de poing coupé des parricides, langue percée des blasphémateurs) permettait alors la démonstration du pouvoir royal face au crime, qui en plus de sa victime immédiate, attaquait le souverain dans son pouvoir de faire les lois (crimen majestatis). Le monarque absolu ne concevait son autorité que visible et terriblement effrayante pour le peuple assistant à son affirmation à travers le carnaval des exécutions publiques.
La publicité de ce qui se passe aujourd’hui vise-t-elle à réaffirmer l’actualité de la Loi ou plutôt à démontrer une autre forme de pouvoir royal ?
Surveiller et Punir. Le débat sur la peine de mort, suite à l’indignation de tout un peuple face aux agressions sexuelles et meurtres d’enfants sera sans doute bientôt de nouveau d’actualité. De réflexion philosophique, on change les termes du débat en le plaçant au niveau économique, en termes de ce que coûte un prisonnier par jour. Plutôt que de la surveillance par des figures interposées et déplacées, plutôt que de supplice public, ne devons-nous pas plutôt nous concentrer sur les causes institutionnelles qui produisent les grandes délinquances en col blanc, les perversions des pulsions de vie en pulsions de mort sur de petites victimes innocentes ?
Il n’est pas question ici de laxisme. Il s’agit juste de regarder en face ce qui nous anime dans nos volontés et déterminations de redresser une société à la dérive, des partis politiques en miettes, d’assumer nos parts d’ombre et de ne pas nous leurrer sur les termes des combats à mener.
Ne sombrons pas dans « Panem et circenses ».
Ainsi, « criaient les Romains au temps des Césars. Du pain et des jeux : un peu de pain trempé dans du sang, voilà tout ce que demandait à ses maîtres ce peuple si fier et si poli, qui avait conquis le monde ! » Lamennais.
N’ayons bas besoin de voir surgir un Juvénal (Satires, X, 81) qui s’adressa ainsi aux Romains incapables de s’intéresser à d’autres choses qu’aux distributions gratuites de blé et aux jeux du cirque.