Entendons-nous les dernières notes de la mélodie ? Le seggae a-t-il fait son temps et lisons-nous en ce moment l’épilogue d’une de ces belles histoires que l’on voudrait éternelle ? Le rendez-vous donné le samedi 7 juin au stade Joseph Réginald Topize à Camp Zoulou, Roche Bois, serait-il le concert de la dernière chance ?
Fierté de la créativité mauricienne, composante majeure de la musicalité locale, le seggae s’en va-t-il ? Il est plus que temps que ces questions soient posées. Les réponses se veulent des appels d’espoir qui n’auront de sens que si elles parviennent à mobiliser pour préserver le seggae et lui restituer son rôle. La réflexion est nécessaire pour sauver le seggae.
Un quart de siècle après qu’il a été popularisé, le seggae n’a définitivement plus le même impact. Aujourd’hui, les concerts attirent à peine les amateurs et le public en général. L’hommage rendu à Kaya à Cité Vallijee en février s’était joué devant un stade rempli au quart, diront les optimistes. Les pessimistes – et peut-être les plus réalistes – affirmeront que le stade était vide aux trois-quarts. Ceux tenus à Mahébourg précédemment ou encore le concert gratuit marquant le retour de Racinetatane en 2012 n’ont pas fait mieux. Nous sommes loin des foules qui avaient ovationné Kaya en 1990 sur la Place d’Armes et des 45,000 fans venus reprendre les premiers titres de Racinetatane au Magic Land de la même année. Ou de l’un de ces derniers grands rassemblements tenus au stade Père Laval de Ste-Croix, quelques mois avant le décès du chanteur.
Siva Pareemanum, qui a été l’initiateur de plusieurs rassemblements musicaux autour du seggae à Mahébourg, impute le recul aux doutes qui se sont installés dans la tête de ceux qui évoluaient dans ce milieu à la mort de Kaya. Il avance que l’arrestation du chanteur et les circonstances dans lesquelles il a trouvé la mort dans sa cellule en 1999 ont eu l’effet d’une bombe qui a tout détruit. “Sans oublier que les événements qui ont suivi, dont la mort de Berger Agathe et de Ras Tilang, ainsi que l’arrestation de Ras Natty Baby peu après, ont contribué à une perte de la musique. Les originaux n’y étaient plus. Il n’y a malheureusement pas eu un seul artiste capable de reproduire le seggae dans l’esprit dans lequel Kaya l’avait laissé et à son niveau.”