Au cours d’un forum-débat sur le thème ‘Alternatives to Pesticides’ organisé récemment par le MHS (Mauritius Horticultural Society), en collaboration avec RAFAL, au Collège Royal de Curepipe, les différents intervenants ont été unanimes sur ce point qu’à Maurice on fait usage de trop de pesticides, surtout dans le domaine agricole. Il est donc impératif de réduire notre dépendance sur les produits chimiques pour le contrôle des insectes et autres bestioles nuisibles car ces produits – organophosphorés, carbamates et autres pyréthrinoïdes – peuvent affecter la santé humaine et sont néfastes à l’environnement. Ainsi donc, il faut trouver d’autres moyens, des méthodes écologiques ou biologiques, quand il s’agit du contrôle des populations de quelque ravageur que ce soit.
C’est dans ce contexte que nous aimerions partager avec vos lecteurs ce texte très intéressant présenté par l’agronome Anne Friesse, nouvelle venue à RAFAL, et intitulé « Et si nous parlions des alternatives aux pesticides… » :
« L’utilisation des pesticides est devenue une évidence que ce soit dans son jardin pour tuer les petites bêtes envahissantes ou en production agricole à grande échelle. L’on a pourtant clairement identifié les risques, qu’ils soient techniques ou relatifs à la santé humaine, liés à leur utilisation. Alors pourquoi, me direz-vous, le recours aux produits chimiques est-il donc incontesté ? Ma réponse sera claire et sans appel : pensant détenir l’arme fatale il nous semblerait donc incohérent de ne pas l’utiliser contre ces ennemis si petits mais qui nous font si peur ! Et pourtant il nous suffirait de prendre le temps de connaître notre ennemi pour savoir à qui nous avons à faire et de le détecter à temps. Le problème ne vous semble pas résolu, pourtant le plus dur est déjà fait ! Reste ensuite à choisir dans notre boîte à outils la méthode pour l’éliminer, le choix est vaste : lutte physique, lutte culturale, lutte variétale, lutte chimique et/ou lutte biologique. Notez alors que la lutte chimique ne se trouve être qu’un outil parmi tant d’autres. Nous devenons ainsi les acteurs de la lutte intégrée avec une boite à outils nous permettant d’avoir un système durable écologiquement et économiquement.
Prenons quelques exemples pour illustrer les différents outils en question.
Les filets anti-oiseau, anti-chauve souris, anti-insecte constituent une barrière qui empêche l’agresseur d’accéder à la culture, ceci est une technique de lutte physique.
L’emblème que nous pouvons retenir pour la lutte culturale est la rotation des cultures. A celle-ci viennent s’ajouter d’autres techniques: le choix des semences ou plantules saines évitant la transmission de maladies ; l’élimination des plantes affectées empêchant toute dissémination ; l’irrigation réduisant le stress des plantes, l’arrosage devant alors se faire de manière à éviter que le feuillage reste humide pendant la nuit ; le tuteurage réduisant le risque d’humidité excessive grâce à une meilleure aération du feuillage et évitant le contact direct de la plante avec le sol.
La lutte variétale, elle, est fondée sur la résistance des plantes aux agressions. Les plantes sont naturellement plus ou moins résistantes à des bio-agresseurs; ainsi un giraumon ne sera jamais affecté par l’Alternaria de la carotte par exemple. Cependant parmi les carottes, certaines variétés peuvent être beaucoup plus sensibles à l’Alternaria que d’autres – à nous donc de choisir une variété plus tolérante à la maladie si celle-ci est un problème dans notre contexte.
La lutte biologique repose sur la biologie des agresseurs. Le premier exemple pourrait être la lutte contre la mouche des fruits qui est fondée sur son comportement, à savoir, où dort-elle ? Où, quand et que mange-t-elle? Ces informations ont permis d’élaborer une méthode avec des plantes pièges sur lesquelles sont appliqués des « spots » d’appâts alimentaires additionnés de quelques gouttes d’insecticides. A ceci va s’ajouter dans les mois à venir, une méthode de stérilisation des mouches mâles par irradiation. Celles-ci seront lâchées en grand nombre sur le territoire, entreront en concurrence avec les mâles naturellement présents, iront se reproduire avec les femelles qui ne donneront alors pas de descendance. La population de mouches des fruits sera ainsi drastiquement réduite entraînant une forte diminution des dégâts qu’elles engendrent. Le second exemple pourrait être qualifié de lutte biologique stricte puisqu’il repose sur la présence d’un ennemi naturel de notre bio-agresseur. Pour reprendre une image largement répandue, c’est le cas de la coccinelle qui mange les pucerons. La coccinelle est un prédateur comme le lion l’est dans la savane. Il existe une autre catégorie d’ennemi naturel : les parasitoïdes. Ceux-ci se développent dans le corps d’un autre insecte qui en mourra. A Maurice, ils en existent beaucoup naturellement présents. Ainsi, par exemple, le trichogramme est capable de parasiter les oeufs d’Héliothis. Celui-ci est un papillon qui pond ses oeufs dans les champs de pomme d’amour durant la nuit, quelques jours plus tard éclosent alors les chenilles qui vont manger nos pommes d’amour. Le trichogramme en parasitant les oeufs d’Héliothis les tuent et éliminent ainsi notre problème de chenilles. Il ne nous reste plus qu’à ne pas mettre d’insecticides qui tuent notre meilleur allié !
Et dire que jusque là vous n’aviez dans votre boîte qu’un seul outil ! »