Le récent rapport très critique de l’Institut Cardinal Jean Margéot concernant Agalega est un catalyseur pour l’association Les Amis d’Agalega. Celle-ci a commencé à mobiliser ses membres en cette fin d’année en vue du lancement dès janvier d’une pétition pour deux demandes spécifiques, et qui sera envoyée au gouvernement : la construction d’une piste d’atterrissage et la rénovation du port. Cette pétition sera circulée dans toutes les îles de la République de Maurice. Cette association, avec la collaboration d’autres ONG, compte également l’année prochaine sensibiliser l’opinion publique à la dégradation visible de l’environnement dans l’île ainsi qu’à l’avenir incertain des Agaléens faute d’un plan de développement pour l’archipel.
« Bann politisien byen indiferan ar se ki pe pase dan Agalega. De temps en temps il y a une question parlementaire sur l’île mais celle-ci ne débouche sur aucune action concrète », constate amèrement Laval Soopramanien, président de Les Amis d’Agalega. Le rapport de l’ICJM intitulé « Special Report Agalega – The Green Jewel in the Maritime Republic of Mauritius – Standing by the People of Agalega » est venu ajouter de l’eau au moulin de l’association. En effet, ses responsables dénoncent depuis longtemps une série de problèmes dans l’île ainsi que certains abus de la part des fonctionnaires qui y sont en service, mais les autorités et les politiciens ne les ont jamais écoutés. « Pa zordi nou pe dir tou sala me bann lotorite fer sanblan zot pa tande. Le Père Labour osi finn deza ekrir Premier ministre lor tou sa bann problem-la me naryin pa finn sanze », poursuit Laval Soopramanien, qui espère que les personnes occupant des postes de responsabilité et qui ont eu une copie de ce document s’intéressent à son contenu et prennent les mesures qui s’imposent.
Rappelons que ce document de l’ICJM est un compte rendu fort détaillé des observations faites par une délégation du diocèse de Port-Louis qui était en mission dans l’île du 27 novembre au 8 décembre. Leurs observations, soutenues par des photos, portent sur des nombreux manquements dans pratiquement tous les secteurs de la vie à Agalega ainsi que sur le voyage sur le Mauritius Pride. Un des points marquants de ce rapport a trait au pillage des produits de la mer par des fonctionnaires postés dans l’île. L’ICJM dénonce avec sévérité ce qu’il qualifie de « voracious and rapacious behaviour and attitudes » de ces serviteurs de l’État. « Il n’y a rien de faux dans ce rapport à ce sujet. Nous saluons le courage de l’ICJM de mettre en lumière ces abus », dit le président des Amis d’Agalega, témoin lui-même de certaines pratiques honteuses. Il fait part de son indignation : « Ena dimounn ki retourne avec 9-10 bal (ndlr : sacs de jute) pwason, e sa se pa pou zot konsomasion personel ; a sak voyaz mo deplor sa sitiasion-la. » Ce dernier se dit d’accord qu’une personne rentre avec 20 à 30 livres de poisson pour partager avec les membres de sa famille et des amis proches mais pas les quantités précitées… sans compter les noix de cocos, également ramenées dans de grands sacs de jute.
Détermination
Encouragés par le contenu de ce rapport de l’ICJM, Les Amis d’Agalega s’apprêtent à entamer une campagne d’information pour obliger les politiques à donner une nouvelle orientation à l’administration de l’île et à avoir un plan de développement pour elle. « Bizin ki kitsoz sorti a partir sa rapor-la. Bizin bouze », soutiennent avec détermination les principaux animateurs de cette association. Ils lancent un appel à la solidarité pour « sauver Agalega ». « 2013 sera l’année de la mobilisation de toutes les personnes de bonne volonté pour soutenir et encadrer les Agaléens dans leurs revendications », affirment ces travailleurs sociaux. Les Amis d’Agalega demanderont un coup de main aux ONG et aux individus qui oeuvrent dans le domaine du respect des droits humains. Ces derniers appellent aussi les principaux partis politiques à s’intéresser davantage à la population de cette île et à mettre Agalega sur leur agenda de travail.
C’est ainsi qu’ils ont commencé il y a quelques jours à se concerter sur deux questions spécifiques dont on parle depuis des années et qui sont essentielles pour l’avenir de l’île, à savoir une piste d’atterrissage et l’agrandissement du port. Laval Soopramanien annonce une pétition dans cette direction qui va toucher d’abord les habitants d’Agalega et qui s’étendra par la suite à toute la population à Maurice et Rodrigues. Il est important, selon cette association, que l’ensemble de la République soit partie prenante de ce mouvement de soutien aux Agaléens. Les Amis d’Agalega comptent aussi alerter la Commission de l’océan Indien (COI) sur l’urgence de ces deux projets, et pourquoi pas, solliciter son aide pour avancer dans la concrétisation de ces projets.