Le groupe d’artistes, A4, présente son nouvel album Nu Zistwar aujourd’hui à 20 heures lors d’un concert au Conservatoire national de musique François Mitterrand à Quatre-Bornes. Il a vu le jour à la suite d’une rencontre entre des musiciens passionnés de genres musicaux différents et qui, au fil du temps, sont arrivés à en créer un nouveau : une fusion entre le séga, le jazz et la musique classique.
« Li pa ti enn proze », lance d’emblée Rajni Lallah lorsqu’on lui demande la genèse de Nu zistwar. Pianiste et parolière de l’album, elle affirme que sa pratique de la musique est différente de ce que font les autres membres d’A4. « Mo pa vir ek bann-la », dit celle que Le Mauricien a rencontré jeudi, en sa résidence à Curepipe, à l’issue d’une répétition avec le groupe en marge du concert de ce soir au Conservatoire national de musique François Mitterrand à Quatre-Bornes.
Clifford Boncoeur, guitariste, Joëlle Husseiny chanteuse, Dario Manick, batteur, et Steven Bernon, bassiste, jouent tous dans les hôtels. « Ce que nous faisons à l’hôtel est plutôt commercial. Rajni a une formation de musique classique », indique le premier nommé qui fait du séga, du jazz, du blues et du sagaï. Jim Bachun, professeur au Conservatoire François Mitterrand est, quant à lui, invité à se produire en tant que percussionniste pour le concert.
Rajni Lallah relate qu’elle baigne dans un univers musical depuis son jeune âge. Sa mère Pushpa joue au piano et son défunt père Rajsoomer était un passionné de séga. « Monn grandi dan sa liniver-la. Sosyalman mo kontak ek lamisik se osi avek bann mizisyen dan Malherbes ».
Adolescente, Rajni Lallah se rendait régulièrement à Malherbes, Curepipe, pour se joindre aux groupes locaux, dont les Freedom Fighters qui jouaient dans la rue, se souvient-elle. « Tou le tanto, mo ti pe pran bisiclet mo ti pe ale », dit l’artiste. Elle a aussi pris des leçons de piano. Cependant, précise-t-elle, « li pa ti seki mo ti oule fer ».
Rajni Lallah voulait faire de « la musique créative ». La parolière cultive une passion pour la flûte et le violon. « Mo referans se kan mo ti pe al veyer sagosyen, kan zot ti pe fer lagrev. Sak dimounn ti pe amenn enn instriman. Mo ti pe amenn soi laflit soi violon. Kan fini, pena tranpor pou retourn lakaz. Nou ti pe dormi enba lor goni. Laba, leswar zot ti pe fer mo ledicasyon. » Elle avait alors 11 ou 12 ans. Elle a aussi fait des études de musique au Royal College of Music de Londres.
Autre moment qui a marqué son cheminement : sa rencontre avec Johnny Joseph, un batteur de Malherbes. « Souvent incomprise dans ce qu’elle souhaitait faire », comme le souligne le communiqué de presse diffusé à l’occasion de la promotion de cet album, Rajni Lallah « trouve un soutien solide auprès de ce frère adoptif ». « Noun grandi ensam. Kan li vinn lakaz, nou zoue ensam. Parfwa tout la nwuit, kan nou guet ler inn fini trwra zer dimatin. Enn fwa, nou tann, enn trwasyem lamisik, ler nou ekout byen, nou tann moske… » poursuit-elle.
« Une communion »
De cette relation avec Johnny Joseph, Rajni Lallah rencontre des musiciens, comme Clifford Boncoeur, « qui font et écoutent autre choses » dont le sagaï, le blues et le jazz. La première fois qu’ils jouent ensemble, c’était il y a quelques années, indique-t-elle au Mauricien. « Ledikasyon pu travayer ti organiz enn semen aktivite. Avek Johnny nou ti prepar enn konser. Nou ti mont A4 ek sa ti byen marse. »
Peu de temps après, poursuit Rajni Lallah, soit en 2007, elle rencontre Joëlle Husseiny. Les deux femmes évoluent en duo et très vite, la chanteuse se joint à A4. Petit à petit, « noun travay an group, aranz li, ek Dario dir bizin met enn serye ». Les différents morceaux musicaux s’enchevêtrent.
Une communion entre le jazz, la musique classique et le séga voit alors le jour. « Li ena tou sa bann tonalite-la », avance Rajni Lallah. « Se enn fisyon ant klasik, jaz ek enn baz morisien », soutient Clifford Boncoeur. Un genre que le public n’a pas l’habitude d’entendre mais qui l’accroche, observe pour sa part Joëlle Husseiny. Elle note qu’à sa grande surprise, « des gens qui aiment la variété ont bien aimé. J’ai aussi entendu des enfants fredonner les chansons même s’ils ne connaissent pas les paroles ».
À ceux qui retrouvent des rythmes et des tonalités rappelant l’oeuvre de Ti Frer, Rajni Lallah, passionnée de la théorie musicale, leur dit que « cela remonte peut-être même bien avant lui ». « Ena enn reson ki fer Ti Frer tap triang a enn moman done et non a enn lot », poursuit-elle pour expliquer la particularité rythmique du séga de cet artiste.
« Nous avons voulu faire du séga mais pas du séga commercial », renchérit Clifford Boncoeur. Il note qu’il « est tout à fait normal pour ceux qui font du séga ou de la musique en général d’emprunter les rythmes ou de s’en inspirer pour produire autre chose ».
Nu Ziswtar compte neuf titres dont certains avec de longs morceaux instrumentaux ou purement instrumentaux à très fort accent de jazz. « Lamisik inn vinn avan. Lerla nou dir bizin trouv bann mot pou akompagn li. Sak lamisik ena so poesi. Noun rod bann tem ki al avek bann morso-la », soutient Rajni Lallah. Néanmoins, précise-t-elle, « se Joëlle ki pou sante, donk li bizin sant se ki li oule ». Les deux femmes travaillent ensemble. Elles écoutent et discutent longuement. Le but : que Rajni Lallah, la parolière, arrive à comprendre et à entrer dans la peau de Joëlle Husseiny pour qu’elle puisse vivre les paroles dans son interprétation. Sauf pour Lamer mo pei dilo (voir plus loin), un texte écrit bien avant la composition de la musique, précise Rajni Lallah.
Est-ce qu’on peut parler de musique engagée ? « Tou lar angaze », répond Rajni Lallah. « Dan tou se ki ou fer, ou engaz ou », dit-elle en refusant de catégoriser l’art musical d’A4. Le groupe a participé au Festival de jazz de Madagascar et suit de très près l’évolution musicale de la région, notamment à La Réunion.