Il est très rare de voir un sportif briller de mille feux sur toute une année. Le boxeur Richarno Colin (-64 kg) est de ceux pour qui la régularité et les performances ne font qu’un. 2011 aura été sans conteste son année et n’était-ce cette fâcheuse blessure au pied, en demi-finale des Jeux d’Afrique, en septembre dernier, à Maputo, au Mozambique, il aurait pu, peut-être, décrocher sa qualification pour les Jeux olympiques de 2012, à Londres, en Angleterre, à l’issue des Championnats du monde d’Azerbaïdjan. C’est donc sans surprise aucune que Week-End l’a désigné, pour la deuxième année consécutive, sportif de l’année. Chapeau l’artiste et tout ce qu’on souhaite, c’est qu’il parvienne à décrocher sa qualification olympique lors de la dernière phase qualificative, prévue pour le mois d’avril prochain, au Maroc.
C’est tambour battant que Richarno Colin a entamé sa saison, serait-on tenté de dire, après une année 2010 qui a pris fin sur le tard, soit à la mi-décembre, avec la Coupe d’Afrique des Nations en Algérie où il avait décroché la médaille de bronze. Beaucoup pensaient qu’il allait prendre du temps pour récupérer de cette année très chargée, mais pour lui, le fait de terminer l’année très tard et d’entamer 2011 très tôt lui a permis de « rester dans le rythme ». Richarno Colin frappa un grand coup dès février en s’imposant en finale lors de la Bocksaï Cup, en Hongrie, une compétition qualifiée comme faisant partie des meilleures par l’AIBA (Association internationale de Boxe). « Ce ne fut pas facile surtout avec des boxeurs venant des grandes nations de la boxe à l’image du Cuba. J’ai même disputé quatre combats en quatre jours rien que pour dire l’intensité d’un tel tournoi », fait-il remarquer.
Le ton était donné, mais Richarno Colin lui ne s’attendait pas à un départ canon. Au Botswana, lors de la toute première compétition de la zone 4 nouvellement constituée, le Mauricien décrocha l’or pour gagner son billet pour les Championnats d’Afrique de Yaoundé, au Cameroun. Ayant pris goût à la victoire, Richarno Colin enchaîna les victoires les unes après les autres pour décrocher, au final, le titre de champion d’Afrique des moins de 64 kg. Aux Jeux des Iles de l’océan Indien, aux Seychelles, il fît montre de toute sa maturité pour garder toute sa lucidité après le revers arbitral subi par Oliver Lavigillante, Bruno Julie et son frère John. Au final, il s’imposa facilement aux points (29-7) face au Malgache Jafata Tsimagniry.
Aux Jeux d’Afrique, au Mozambique, Richarno Colin montra une autre facette de son grand talent, celle du courage. En effet, blessé au pied lors de la demi-finale, le Mauricien pouvait à peine marcher avant la finale face au Tunisien Houya Abderazzak. Il n’empêche qu’il a fait preuve d’une détermination sans pareil et s’appuyer surtout sur son expérience pour remporter cette finale aux points (7-5). « C’est un moment très fort de ma carrière. En dépit d’être diminué physiquement, je suis resté très fort psychologiquement. Je remercie le bon Dieu qui ne m’a jamais abandonné. C’est grâce à lui que j’ai pu accomplir autant de belles choses », nous a-t-il confié.
Il n’empêche que cette belle victoire et surtout cette blessure au pied lui ont fait manquer les Championnats du monde, première phase qualificative pour les Jeux olympiques. « C’est une déception. Je dirai même que c’est la seule déception de la saison. Au cas contraire, j’aurais connu une année 100% réussie. Mais ce sont des choses qui arrivent. Je suis content de ce que j’ai réalisé cette saison et ce n’est certainement pas seul que je l’ai fait. Je tiens donc à remercier mon sponsor, la Phoenix Beverages Limited, la fédération et tous ses membres, tous les entraîneurs, les boxeurs, mes amis, le ministère de la Jeunesse et des Sports, le Mauritius Sports Council et ma famille pour tout son soutien « , a-t-il fait ressortir.
Parlant de ses objectifs , Richarno Colin dira sans conteste que les Jeux olympiques de Londres figurent en bonne place. Mais pour cela, il faudra briller lors du tournoi qualificatif pour l’Afrique, prévu en avril, au Maroc. « Il faut être réaliste et se dire que cette compétition sera d’un très haut niveau. Pour preuve, seuls trois boxeurs africains ont décroché leurs qualifications pour les Jeux olympiques. C’est pour dire que tout le monde viendra avec la ferme intention de gagner. Ce qui compliquera davantage les choses », a-t-il reconnu.
Il n’empêche que Richarno Colin n’est pas de ceux qui baissent aussi facilement les bras et il l’a prouvé lors de la finale des Jeux d’Afrique. « Je suis conscient de ce qui m’attend. Dans ma tête, je reste calme et concentré. Il faudra s’imposer et pour cela, il va falloir travailler très dur au cours des semaines à venir. Après cela, tout sera entre les mains du bon Dieu », a-t-il déclaré.
Pour conclure, Richarno Colion a tenu à remercier la firme PADCO, plus particulièrement Philippe Hao Thyn Voon, qui s’est personnellement occupé de lui après sa blessure aux Jeux d’Afrique. Il ouvre ainsi une parenthèse pour demander aux autorités concernées de faire preuve de plus de considération à l’égard des sportifs lorsqu’ils sont blessés. « Moi j’ai eu de la chance d’être pris en charge. Malheureusement, tel n’est pas toujours le cas pour certains sportifs qui pourtant se dévouent corps et âmes pour défendre les couleurs de leur pays. »
Richarno Colin plaide aussi pour que les sportifs soient soutenus comme il se doit, afin de pouvoir progresser davantage et briller très tôt sur le plan international. « Il a fallu que nous fassions des résultats pour que Bruno (Julie) et moi puissent bénéficier de soutien. Nous avons eu la chance d’avoir chacun un sponsor qui comprenne la souffrance des sportifs et dont nous ne cesserons de remercier. Mais il faudrait aussi que les autorités concernées mettent du sien. J’estime donc qu’un athlète doit être soutenu comme il se doit. Car actuellement, ce n’est pas tout à fait le cas et très souvent, il y a un découragement au sein de la communauté sportive », a-t-il expliqué.
Quant à son message aux jeunes, Richarno Colin leur demande de se consacrer à leurs études, un élément primordial pour leur réussite dans la vie professionnelle. « Si vous avez envie de faire du sport, alors faites le avec amour et sincérité et ce, même si très souvent il y a un manque de soutien. Je tiens aussi à saluer tous ces sportifs qui émergent et je leur souhaite bonne continuation et bonne chance », a-t-il conclu.