Jean-Claude Antoine

Est-ce que le commissaire de police et celui des prisons auraient commencé une compétition pour déterminer lequel des deux est le moins responsable et le plus ridicule ? On pourrait le croire en suivant leurs derniers faits d’armes. Au départ, le responsable des prisons s’était fait connaître en déclarant la guerre aux syndicats qui osaient contester ses décisions. En quelques mois, il a réussi à réduire au silence les syndicalistes à coup de menaces ou de mesures disciplinaires à peine déguisées.

A la fin de l’année dernière, le commissaire des prisons avait transformé des prisonnières en danseuses de séga pour offrir un spectacle à ses collègues étrangers. Pour s’en défendre, il avait expliqué que le spectacle de danse avait été organisé dans le cadre « d’un programme de réhabilitation des prisonnières ».Il y a quelques semaines, un député avait montré des photos de jeunes détenus dénudés au centre de réhabilitation de Beau-Bassin. L’excuse du commissaire était que si les détenus étaient nus, c’est « qu’ils avaient surement chaud !»

Auparavant, le même commissaire avait fait parler de lui par la manière dont il gère les prisons et traite les prisonniers et les garde-chiourmes. Il paraît que pour le chef des prisons certains employés doivent subir le même traitement que les prisonniers. Ce qui ne l’a pas empêché d’accompagner le ministre de la Justice dans une conférence organisée par l’Organisation des Nations unies sur le traitement humain dont les prisonniers doivent bénéficier. A-t-il expliqué aux spécialistes de cet organisme que faire danser des prisonnières était une méthode de réhabilitation révolutionnaire ? Malgré ses bourdes et les critiques contre ses méthodes particulières de gestion, il est intouchable. Selon certaines informations, il bénéficierait à la fois de la protection des Casernes centrales et de ceux qui gèrent la cuisine où sont prises les décisions gouvernementales.

Quant au commissaire de police, il fait régulièrement la une de l’actualité à cause de certaines déclarations et décisions. La plus connue de ses déclarations remonte à 2016, quand le gouvernement tente d’arrêter le DPP. Une enquête sur mesure est organisée pour justifier l’arrestation et un mandat d’amener est signé par un magistrat. Des policiers se présentent au domicile du DPP, celui-ci saisit la Cour suprême. Questionné par un juge, le responsable de la police répond qu’il ne savait pas qui avait donné l’ordre d’arrêter le DPP. Donc, nous avons une police dont le chef ignore qu’un de ses subordonnés a décidé de l’arrestation du DPP qui occupe un poste constitutionnel dans notre République. Quand une policière dresse une contravention à un président de village ami d’un ministre, elle est immédiatement transférée. Quant au commissaire qui ne sait pas ce qui se passe dans ses services, il continue son petit bonhomme de chemin qui comprend aussi des déplacements à l’étranger. Il paraît que depuis sa nomination, le commissaire de police est devenu un véritable pigeon voyageur. Il semble même, en termes de déplacements à l’étranger, pas loin des records établis par l’ex-présidente de la République.

Et puis, la semaine dernière, on a appris que les situations que l’on voit dans les séries policières existent dans la réalité mauricienne et qu’il est possible à un présumé trafiquant de drogue en état d’arrestation d’aller prendre de l’air pendant une heure. En effet, le 23 avril, un détenu dans une enquête d’importation de drogue a quitté le centre de détention de Vacoas pendant une heure. Les caméras de surveillance le montrent quittant librement le centre de détention pour prendre place dans un véhicule qui le ramènera une heure après à son point de départ. Confronté aux images, le détenu a eu cette réponse qu’aucun scénariste de série policière n’oserait imaginer : « Bé mo finn gagne l’occasion sorti. Mo finn alla pran l’air dehors ! »L’enquête a établi que plusieurs policiers étaient impliqués dans la balade du détenu dont on a découvert qu’un des avocats avait passé au moins 92 heures en sa compagnie au cours de ses 45 jours de détention. Ce qui nous ramène aux prisons où certains avocats ont établi des records de visites aux détenus emprisonnés pour trafic de drogue. Il paraît que, mis au courant des faits survenus au centre de détention de Vacoas, le ministre de l’Intérieur responsable de la police et des prisons aurait fait ce commentaire qui pourrait tout aussi bien être inclus dans une série policière : « Si kumsa vomyé mett vagabond mem en sarz dan lapolis ! »

A ce stade de la compétition qui les oppose, les deux commissaires sont ex aequo.