— Tu as suivi la dernière séance, toi ?
— Celle du Parlement, où faute de majorité de trois quarts, le PM a été obligé de renvoyer sa loi jusqu’à ce qu’il puisse faire une alliance avec le MMM ?
— Arrête de faire ton lagazet chiffon bleu, don. Paul a dit que tout sépare le MMM du MSM.
— Ne me dis pas que tu ne sais pas qu’il dit toujours ça, avant de commencer a koz kozé sérieusement pour une alliance.
— Il a dit que cette fois le MMM va aller seul aux élections.
— Il a dit ça à chaque fois, juste avant d’aller faire une alliance !
— Tu ne l’aimes vraiment même pas, toi. Qu’est-ce qu’il a fait comme ça ?
— Ayo, la liste serait trop longue, bonne femme ! De quoi tu voulais me parler ? Du ruling de la Speaker sur le cas Taroolah.
— Non, mais tu as vu ça toi ? Tout le monde a vu ce que le député a fait avec sa langue. Et tu sais ce ça veut dire quand un homme fait ça avec sa langue devant une femme !
— C’est une insulte à caractère sexuel, comme on dit en France.
— Et la Speaker a fait un ruling pour dire que le député n’aura même pas un blâme. C’est un encouragement pour que le député continue à envoyer des messages obscènes sur son téléphone, toi. Mais c’est pas de cette séance-là que je voulais te parler.
— Quelle autre séance encore ? Celle qui n’a pas eu lieu ?
— Qu’est-ce que tu es en train de radoter encore ?
— Ne me dis pas que toi qui sais tout, tu n’es pas au courant ! ? Dawood Rawat devait faire une déposition devant la commission d’enquête sur l’affaire Britam…
—… quoi, Dawood Rawat est à Maurice ? Le gouvernement l’a laissé retourner ? Il n’a pas peur que la police l’arrête et l’envoie pour toujours à Alcatraz ?
— Mais non, Dawood Rawat, il est peut être — je dis bien peut — être ruiné, mais il n’est certainement pas fou pour revenir ici, maintenant.
— Mais comment il allait faire pour faire sa déposition, alors ?
— Par vidéo-conférence. Mais il n’a pas pu, toi.
— Pourquoi ? Qui l’a empêché ?
— La commission d’enquête sur Britam a annulé la déposition par vidéo-conférence de Dawood Rawat, à la dernière minute.
— Ah, bon ! Et pourquoi elle a fait ça ?
— Elle a dit que Dawood Rawat ne lui avait pas envoyé un résumé écrit de ce qu’il allait dire.
— Depuis quand il faut écrire ce qu’on va dire et l’envoyer par la poste avant de déposer devant une commission d’enquête ?
— On dirait depuis feque, toi ! Si tu veux mon avis, c’est pour empêcher Rawat de faire des révélations qu’on a annulé sa déposition. Mais si c’est pas de ça, de quelle dernière séance de quelle commission tu voulais me parler, toi ?
— Mais de la commission sur l’ex-présidente, toi. Tu as suivi la dernière séance ?
— Pas vraiment. Qu’est-ce qui s’est passé, comme ça ?
— Son ancien secrétaire, son homme de confiance, a mis tous les torts sur elle, toi. Il a dit que c’est elle qui avait décidé que Sobrinho pouvait aller et venir comme un « zenfant lakaz » au château du Réduit. C’est elle qui voulait que lui et ses proches passent par le VIP Lounge de Plaisance. Il a dit qu’elle est responsable de tout ce qui s’est passé.
— Et lui, je suis sûre qu’il se présente comme un ange, une victime de la vilaine ex-présidente ?
— Oui. Il lui a fait porter le chapeau sur tout, toi. Et en plus il a dit que l’e présidente ne pouvait se passer de lui.
— A ce point-là ?
— Oui, toi. Il a dit devant la commission que quand il a été transféré du Réduit, l’ex-présidente lui téléphonait tous les jours, pour dire qu’elle était triste de son départ et que ses remplaçants lui n’étaient même pas capable d’écrire un seul paragraphe d’un discours !
— Ma chère ! On dirait que selon ce haut fonctionnaire qui a une très haute idée de lui-même, il était le « li mem meilleur » dans le service civil, non ?
— En tout cas, il a mis tous les torts sur l’ex-présidente et dit qu’il n’avait fait que suivre les instructions.
— Et la commission a accepté tout ce que l’ancien secrétaire a dit pour de l’argent comptant.
— Pas du tout. Le président de la Commission n’a pas laissé l’ex-secrétaire faire son show de fonctionnaire obligé d’obéir à son chef. Il a bien taillé ses cartes, je te dis.
— Qu’est-ce qu’il lui a dit, comme ça ?
— Il lui a posé des questions précises sur le fait qu’en tant que fonctionnaire depuis des années, il a accepté de faire des choses qui dépassaient le cadre de ses fonctions. Tu sais ce qu’il a répondu ? Que dans ces cas-là il n’avait pas réalisé ce qu’il faisait !
— Et après ?
— Âpres, c’est pas fini, puisque la commission va reprendre ses travaux en janvier. Et là on va entendre l’ex-présidente donner sa version des faits.
— Qu’est-ce qu’elle va pouvoir venir dire : que c’est son ex-secrétaire qui l’a mal conseillé ? Ce sera la parole de l’un contre l’autre et, si tu veux mon avis, ils sont pareils tous les deux. Comment est-ce qu’on dit déjà : que topette ne vaut morette ?

J.C A