Les conseils d’administration des entreprises doivent impérativement faire évoluer leurs stratégies. Il ne s’agit pas seulement de savoir jauger les risques et opportunités dans les affaires mais aussi d’inclure dans leurs stratégies des facteurs de durabilité et d’inclusion, soit la responsabilité sociale et environnementale de l’entreprise. Tel est l’élément clé des différentes interventions faites à l’ouverture officielle de la conférence internationale sur la gouvernance des entreprises, jeudi en fin d’après-midi, à l’hôtel Sugar Beach, Flic-en-Flac. Cette conférence qui réunit plus de 150 délégués étrangers et locaux, est organisée par le Mauritius Institute of Directors (MIoD) en collaboration avec l’Asian Centre for Corporate Governance and Sustainability (ACCG) et le National Committee on Corporate Governance (NCCG).
Le Deputy Prime Minister (DPM) et ministre de l’Énergie et des Services publics Rashid Beebeejaun a soutenu dans son allocution que la nécessité se fait sentir aujourd’hui d’avoir plus de conseils d’administration avec des directeurs compétents et surtout des conseils qui soient en mesure de trouver l’équilibre entre risques et opportunités mais aussi capables de prendre en compte des stratégies durables. C’est à ce prix, selon le Dr Beebeejaun, qu’on pourra renforcer les piliers économiques de Maurice et transformer le pays en un centre d’affaires dynamique dans la région. Pour pouvoir rehausser la compétence des conseils d’administration, il est primordial, a poursuivi le DPM, d’avoir des directeurs formés et de haut calibre. C’est là, a-t-il souligné, que le MIoD, peut apporter sa contribution au développement du pays. Rashid Beebeejaun s’est félicité des efforts déployés par le MIoD pour la promotion de la bonne gouvernance des entreprises notamment à travers diverses activités de formation.
Le DPM s’est empressé de faire remarquer que ce qu’il a dit concernant la compétence et les stratégies des conseils d’administration dans le secteur privé s’applique également au secteur public. « Our public sector needs also to adopt the best governance practices and work at the highest levels of efficiency to make the best use of our resources », a-t-il soutenu. Pour le Dr Beebeejaun, la gouvernance n’est pas seulement une question de conformité mais aussi de performance. « C’est probablement sur ce point qu’on devrait mettre l’accent dans le secteur public », a-t-il ajouté avant de demander au MIoD de travailler en collaboration avec l’Office of Public Sector Governance pour l’élaboration de programmes de formation à l’intention des hauts fonctionnaires.
Georges Leung Shing, président du MIoD, a observé que la bonne gouvernance est très importante pour Maurice et qu’elle assure que les investisseurs et acheteurs étrangers continueront à choisir le pays pour développer leurs affaires. Tout en faisant référence aux bons classements de Maurice dans le Mo Ibrahim Index sur la bonne gouvernance (1er parmi les 53 pays africains) et le Doing Business de la Banque Mondiale (20e sur 183 pays), le président du MIoD a indiqué que pour pouvoir maintenir son rang, Maurice doit non seulement remettre à jour son code de gouvernance des entreprises, adopté il y a sept ans, mais aussi s’évertuer à devenir un leader régional et mondial en matière de gouvernance des entreprises. Le président du comité national sur la bonne gouvernance, Tim Taylor, a aussi plaidé pour la révision du code en question compte tenu de l’évolution des enjeux pour les entreprises et le pays.
Responsabilité sociale
« More effective Boards are required that are capable of balancing risks and opportunities while incorporating social and environmental responsibility in their sustainability governance strategies », a déclaré, par ailleurs, Georges Leung Shing. Abondant dans le même sens, le ministre des Affaires corporatives de l’Inde, le dr Veerappa Moily, a fait ressortir que les entreprises doivent réaliser que la croissance de leurs parts de marché et la compétitivité ne se gagnent pas « on the back of selling more products and services » à des prix plus rentables. La durabilité à long terme des opérations compte de plus en plus. Et cette durabilité repose sur le maintien de la bonne réputation de l’entreprise, la confiance des consommateurs, la capacité d’innover et la réaction aux besoins de la société et le respect de l’environnement. « Since this is an important element affecting the long-term financial health of companies, good governance framework also calls for effective legal and institutional environment, business ethics and awareness of the environmental and societal interests », a ajouté le ministre indien.
L’ouverture officielle de la conférence a été aussi marquée par un exposé du professeur Mervyn King, que d’aucuns considèrent comme un guru dans le domaine de la bonne gouvernance. Le Professeur, qui a aidé Maurice dans l’élaboration de son code de bonne gouvernance, a axé son exposé sur le thème « Board mindset – a case for change ». Les conseils d’administration, a-t-il fait comprendre, ont de très grandes responsabilités vis-à-vis de la société et de l’impact de leurs décisions sur l’ensemble des « stakeholders ». Les entreprises ne doivent plus fonctionner selon le même mode opératoire comme par le passé, a fait remarquer le Professeur King qui a indiqué que la faillite de la société Lehman Brothers aux Etats-Unis a eu des effets en cascade dans le monde, touchant pas moins de 3 milliards de personnes. Le Professeur King s’est appesanti sur le fait que le changement climatique doit inciter les entreprises à être plus responsables et à démontrer une image « eco-friendly ».
Le président du King Committee Report on Corporate Governance a plaidé, par ailleurs, pour encore plus de transparence dans les décisions et stratégies des conseils d’administration. Il estime que ces derniers doivent faire plus d’efforts au niveau du reporting de leurs opérations et performances et a soutenu l’idée d’« integrated reporting » où les questions financières et les opérations durables sont traitées de manière intégrée.