Le problème le plus urgent auquelfait face la Banque de Maurice concerne l’évolution quasiment hors de contrôle du phénomène de surplus de liquidités sur le marché monétaire depuis ces deux dernières années. Les statistiques officielles, publiées en début d’année, indiquent que ce montant d’excès est de l’ordre de Rs 8 Md, déjà en nette progression par rapport à une année de cela. Le plus grave concerne le montant des Bank of Mauritius Instruments, émis pour stériliser une partie de ces excédents dans le circuit monétaire.
Ces chiffres confirment que la Banque centrale a démarré la nouvelle année avec un fardeau représentant un peu plus de Rs 20 Md de Bank of Mauritius Bills, soit presque le double d’il y a un an.  La moyenne de croissance enregistrée au cours de ces derniers temps avec environ Rs 2 Md par mois semble se maintenir. Pour les deux interventions sur le marché au cours de la semaine écoulée, soit lundi et vendredi, la Banque centrale a procédé à l’émission de Bank of Mauritius Bills pour un montant de Rs 2,1 Md, vu que des cotations de Rs 4,4 Md ont été enregistrées pour des Government of Mauritius Treasury Bills de Rs 2 Md. À ce rythme, l’effet cumulé de ces exercices pourrait se chiffrer à Rs 25 Md d’ici à la fin de l’année avec un coût à supporter.
Que ce soit dans le dernier rapport annuel ou encore dans les analyses présentées au niveau du Monetary Policy Committee, la Banque de Maurice fait état de ses préoccupations sur les conséquences néfastes des Bank of Mauritius Bills sur son état financier. “We had to complement the issue of Government Securities with our own paper to mop up the surplus which reached a record level. This came with a cost and weighed heavily on the Bank’s balance sheet. The continuation of open market operations at the same level as in recent months will rapidly become unsustainable for us”, soutient le gouverneur de la Banque de Maurice, Rundheersing Bheenick, à chaque fois qu’il en a l’occasion tout en rajoutant que le pays ne peut se permettre le luxe d’une “Central Bank with weak finances.”
D’aucuns affirment que les prochaines discussions avec le FMI, qui est déjà conscient de la vulnérabilité de la Banque de Maurice à ce chapitre, pourraient s’avérer cruciales en vue d’amener le Trésor Public (ministère des Finances) à être plus accommodant avec les appels de détresse émanant de la Bank of Mauritius Tower compte tenu des risques pour l’économie en général. En prélude à ces dicussions, Suttyhudeo Tengur, président de l’Assocation pour la Protection des Consommateurs (APEC), vole au secours de la Banque centrale, une initiative nullement innocente dans le contexte politique du jour.
Dans une lettre ouverte aux membres de l’Assemblée nationale, en fin de semaine, Suttyudeo Tengur tente de raviver l’animosité entre la Banque de Maurice et le ministèren des Finances à ce sujet en faisant état des “risques de provoquer une certaine instabilité financière dans le pays avec des répercussions à long terme.” Il s’inquiète qu’avec “des besoins monétaires du gouvernement central, soit Rs 28 Md sur le marché local et des emprunts de Rs 40 Md à l’étranger”, la situation s’est empirée au point où la Banque de Maurice pourrait subir des pertes opérationnelles avec les opérations de stérilisation de surplus sur le marché monétaire.