Symboles par excellence de renaissance, les fleurs ont la double vocation d’égayer nos moments de joie et d’atténuer nos peines. Alors que parents et amis s’apprêtent, une fois encore, à fleurir les tombes des fidèles défunts durant la semaine qui vient, pleins feux sur ces « filles de la lumière » qui s’invitent à toutes nos commémorations et à toutes nos célébrations.
La fleur est assurément source de vie au même titre que l’eau. Sans elle, en effet, point de fruits et, par extension, point de semences susceptible d’assurer la pérennité des êtres vivants sur terre. Ce n’est ainsi pas pur hasard que depuis des temps anciens, l’homme a choisi symboliquement de fleurir les tombes de ses semblables comme dans un geste d’espérance en une vie nouvelle après la mort.
Mais l’organe de reproduction de la plante a aussi vocation de nous accompagner lors de nos célébrations comme celles des mariages. En fait, à la faveur du développement économique de ces 25 ou 30 dernières années à Maurice, prévoir des fleurs s’impose de plus en plus comme un impératif pour toutes les occasions de fêtes. Le développement touristique aidant, le secteur hôtelier constitue aussi de nos jours un marché porteur.
Selon les dernières statistiques compilées, pour la période s’étendant de juillet 2013 à juin 2014, la production florale s’est élevée à 13 millions de tiges pour une superficie globale sous culture de 136 hectares. Parmi les fleurs les plus cultivées localement figurent l’anthurium, le gerbera, la rose, le chrysanthème, le glaïeul et l’oeillet.
Exportation en recul
Par rapport à la situation d’il y a une vingtaine d’années, l’exportation – essentiellement l’anthurium – est en recul. Ainsi, alors que le pays exportait pour Rs 63,5 millions de fleurs en 2011, le chiffre ne représentait que Rs 52,7 millions en 2015. De même, alors que les grands établissements agricoles avaient une main-d’oeuvre de 156 employés affectés à la culture florale en 2011, ce chiffre est descendu à seulement 84 employés en 2015.
En fait, l’industrie florale mauricienne a subi les contre-coûts de la libéralisation du commerce mondial. Depuis 1996, en effet, il est permis d’importer des fleurs selon des règles rigoureuses de contrôle phytosanitaires. A valeur du jour, selon les estimations, entre 20 à 25% des fleurs disponibles sur le marché tout au long de l’année sont importées. Du Kenya, de la Malaisie et de la Thaïlande, notamment, mais surtout de l’Afrique du Sud.
Sahela, dans l’exploitation et le commerce floral depuis 27 ans à Bonne-Terre, Vacoas, faisait admirer mercredi matin à Week-End ses chrysanthèmes et ses oeillets de variété hybride et aux coloris inédits importés du Sud-Est asiatique et d’Afrique du Sud. Selon la cultivatrice, la récolte locale en cette fin d’année a été bonne et les prix devraient se maintenir.
Amrita, fleuriste comptant une vingtaine d’années de métier, confirme, elle aussi, que les prix ne devraient pas se départir largement de ceux qui étaient pratiqués l’an dernier. Ainsi, aux abords des cimetières mercredi et jeudi, de petits bouquets de roses, d’anthuriums ou de gueules de loup devraient pouvoir se négocier à entre Rs 50 et Rs 80.
Filles de la lumière
Avec la libéralisation du commerce mondial, l’industrie sucrière qui avait, pendant un temps, diversifié vers la culture florale en vue, surtout, de l’exportation a, donc, largement désinvesti dans ce créneau qu’elle ne juge pas suffisamment rentable. Avec la libéralisation de l’importation, des fleurs sont désormais plus disponibles sur le marché tout au long de l’année, qu’importent les conditions climatiques locales qui sont susceptibles de porter atteinte à la production locale.
En fait, les conditions optimales à une bonne production florale sont une luminosité maximale, une température estivale et une humidité optimale ni trop sèche ni avec un trop plein d’eau susceptible d d’étouffer les racines de la plante. Ainsi, en raison, notamment, des conditions optimales d’ensoleillement, la floraison est un phénomène qui intervient dès les premières semaines d’été.
Il n’est, d’ailleurs, pas étonnant que ce soit justement à cette période que chez nous, des arbres fruitiers, tels les manguiers ou les letchis, commencent à fleurir. La technologie aidant, à l’étranger notamment, il n’est pas rare que dans des serres, des cultivateurs aient recours à de la luminosité artificielle dans leurs activités de production florale.
Nullement exagéré, donc, de parler de cet organe de reproduction de la plante qui assure sa régénération de « filles de la lumière  »