Il y a des familles politiques dont la célébrité peut durer pendant plusieurs générations. Il y a aussi celles nées sous une bonne étoile parce que gravitant dans la périphérie des puissants: parmi, la famille Maunthrooa. Si durant la semaine écoulée, Prakash, le Senior Adviser du Premier ministre Pravind Jugnauth, a essuyé un énième revers devant la Cour dans l’affaire Boskalis, la Magistrate refusant de rayer les charges de corruption pesant sur lui, et qu’en conséquence, il a de nouveau dû loger une demande auprès des tribunaux pour pouvoir quitter le pays le 29 août pour une “mission” à Londres jusqu’au 11 septembre, son frère Bhardoiraj, celui qui avait Rs 115 millions dans le SCBG, devrait pouvoir récupérer une partie de sa mise dans l’ex-BAI dès demain, les premiers remboursements devant être effectués à partir de ce lundi 4 septembre.
Boskalis est-il pour autant le lien qui unit la famille Maunthrooa? C’est la question qui taraude nombre de Mauriciens depuis que d’autres éléments sont venus jeter le doute sur la fortune familiale. Comme celle aussi curieuse qu’inexpliquée du frère Bhardoiraj d’une montant de Rs 115 millions et l’implication voulue ou passive d’un autre frère, Naraindranath, un policier dont le fax a été utilisé par Prakash pour ses “dealings” avec Boskalis.
L’affaire du fax à usage fraternel est intéressante à plus d’un titre. Il était une des pièces versées au dossier Boskalis à l’Assemblée nationale en 2006 par le leader de l’opposition d’alors, Paul Bérenger, lors d’une Private Notice Question sur cette affaire de corruption à la Mauritius Ports Authority (MPA) pour que la firme néerlandaise Boskalis obtienne le contrat de dragage dans le port. Siddick Chady était alors le nominé travailliste à la présidence de la MPA et Prakash Maunthrooa, le directeur de l’organisme de régulation portuaire.
Cette évocation parlementaire avait entraîné une enquête de l’ICAC et provoqué le départ de Siddick Chady de la présidence de la MPA. Les investigations ont abouti à un procès pour corruption visant Siddick Chady mais aussi son complice présumé Prakash Maunthrooa. Des témoignages, comme celui de Raymond Lagesse, un fournisseur de logistique portuaire, au cours du procès devaient confirmer que des réunions avaient été tenues chez Siddick Chady avec Prakash Maunthrooa et les représentants de Boskalis autour du contrat de dragage.
 Des pots-de-vin versés
 Mieux, les directeurs de Boskalis, également poursuivis dans cette affaire, ont, eux, formellement reconnu avoir versé des pots-de-vin pour obtenir le contrat et ont été condamnés à une amende. Ils avaient accepté de témoigner pour aider la poursuite mais craignant pour leur sécurité, ont dû quitter le pays en 2013 non sans s’être engagés à continuer leur collaboration via visioconférence depuis la Cour de Rotterdam.
Un exercice perturbé par les ratés, fortuits ou occasionnés, de Mauritius Telecom et qui devrait reprendre le 3 octobre prochain, malgré les multiples tentatives des avocats de faire arrêter le procès jusqu’ici heurtées à une forte résistance de la magistrate Wendy Rangan.
C’est au cours du procès que le lien Prakash et Naraindranath Maunthrooa sera établi. Le second nommé est un policier affecté au département de graphologie qui, en même temps, est le directeur de la compagnie privée Microwise Computer Mart. Appelé à témoigner en mars 2015, il devait finalement révéler que le numéro de fax figurant sur le document déposé à l’Assemblée nationale et qui a fait éclater l’affaire Boskalis est bien celui du télécopieur de sa compagnie et qu’il était de coutume pour son frère Prakash de l’utiliser, ce que explique le fax envoyé à Boskalis. À noter que si, en Cour, Naraindranath Maunthrooa a été très clair sur le sujet, il avait complètement omis d’en faire état dans ses dépositions faites en 2012.
Pas difficile ici d’expliquer le subterfuge qui consiste à utiliser le fax d’un tiers pour brouiller les pistes et il faut se rappeler que dans ses explications initiales, Prakash Maunthrooa avait affirmé qu’il ne savait rien de cette affaire, le numéro de fax étant celui de son frère, des questions se posant alors sur les raisons pour lesquelles c’est son frère, policier et un peu businessman, qui aurait des contacts avec une firme spécialisée dans le dragage portuaire. Jusqu’à ce que le frérot donne la vraie version en 2015.
Pour l’un, l’accusation de corruption, pour l’autre, le fax compromettant et, last but not least, pour le troisième, Bhardoiraj, le jackpot de Rs 115 millions. Dont il devrait toucher un premier débours de Rs 90 millions dès cette semaine. Ses mises initiales de Rs 91 millions dans divers produits attrayants et très bien rémunérés par l’ex-BAI ont été découvertes lors de la chute orchestrée de l’empire de la famille Rawat.
Le remboursement partiel qui lui sera payé devrait se chiffrer autour de Rs 70 millions, selon le calcul décidé par les gestionnaires des compagnies qui ont pris le relais de la BAI, ses investissements initiaux ayant généré des revenus conséquents avec un total qui donne Rs 115 millions. Mais il devrait s’acquitter d’une ardoise de Rs 46 millions auprès de la MRA qui vient de découvrir que le modeste Monsieur Naraindranath Mauthrooa disposait d’une colossale fortune.
 La grosse fortune d’un petit fabricant d’uniformes
 Le placement de Rs 91 millions depuis 2005 dans pas moins de 8 plans d’épargne, de la part de celui qui est connu comme le petit tailleur de Curepipe et fournisseur d’uniformes, a tout de suite éveillé des soupçons au niveau du ministère de la Bonne Gouvernance sous l’ère Roshi Bhadain qui a référé le cas, comme des centaines d’autres, d’abord à la Financial Intelligence Unit qui passera ensuite la patate chaude à l’Integrity Reporting Board pour un cas présumé de “unexplained wealth” sous le Good Governance and Integrity Reporting Act de décembre 2015.
Or, le board de l’IRB qui n’a mandat que pour explorer sur les 7 années précédentes, ce qui exclut un “audit trail” remontant à la période Boskalis de 2006/ début 2017, a jugé satisfaisantes les explications de Bhardoiraj Maunthrooa sur ses biens totalisant Rs 115 millions.
Ces millions qui      se multiplient
Il faut savoir que cet IRB est composé de Lord Nicholas Phillips of Worth Matravers mais aussi de deux personnalités proches du MSM, Jugdish Dev Phokeer, celui qui dirigeait la MBC, l’IBA et d’autres organismes sous Roshi Bhadain, et l’ancien juge Bushan Domah que ses détracteurs appellent méchamment “le Dulthumun du judiciaire” parce qu’il a su se faire bien voir par Navin Ramgoolam – qui l’avait nommé sur le board de la Tertiary Education Commission et à la présidence du Financial Reporting Council – et par SAJ qui l’a maintenu à son poste et qui, en plus, lui a confié le comité d’enquête sur la vente de Britam Kenya.
Toujours est-il que pour expliquer son énorme patrimoine, il affirme que c’est bien à lui Bhardoiraj et pas au policier de la fratrie Naraindranath ni au cadre Prakash, que la famille confie la gestion de ses biens, et ce, même s’il n’a jamais été à l’école et qu’il a exercé comme marchand de légumes, une responsabilité que lui avait d’abord conféré son père et que ses frères et soeurs ont perpétuée. Ce n’est pas beau ça, ce bel esprit de famille et la gestion commune des biens!
 Pour arriver à sa conclusion que l’argent de Bhardoiraj est nickel, on peut supposer que l’IRB, qui ne tient pas d’auditions publiques, s’est penché de manière approfondie sur l’évolution de son patrimoine. Pour ce qui est du domaine public, il s’avère que la modeste famille disposait d’un bungalow à Belle Mare sur des Pas Géométriques d’un arpent et 25 perches, à proximité de l’Hôtel Coco Beach, acheté on ne sait pas en quelle année exactement à un ressortissant étranger pour la modique somme de Rs 2,8 M et revendu à la fin des années 90 au directeur d’un établissement pour seulement Rs 5,5 M.
Le détenteur du jackpot de Rs 115 millions a expliqué que ce sont des sommes obtenues de la transaction foncière de même que la vente d’une résidence à la rue Sir Virgil Naz à Curepipe construite sur un terrain de 29 perches au coût de Rs 4,5 M, presque autant et curieusement que les Pas Géométriques rares sur un arpent et 25 perches à Belle Mare. Mais entre-temps, il y a bien eu des acquisitions faites, comme une villa à Floréal, qui auraient dû boufferl’argent provenant des ventes. Non, au contraire, les millions se multiplient.
Le fruit de ces transactions ne totalise pas Rs 10 millions et on a peine à croire que placé en banques, il a généré un taux de rémunération de 12% comme revendiqué par le bénéficiaire. En tout cas, accumuler une somme de Rs 70 millions pour la placer à la BAI et obtenir Rs 115 millions est un exploit dont Bhardoiraj Maunthrooa devrait pouvoir partager les secrets de réalisation à faire pâlir Warren Buffett et autres génies de la finance, dans de grandes instituions comme La London School of  Economics, HEC ou Harvard.
Quoi qu’il en soit, le remboursement d’une première tranche de Rs 70 M dans le courant de la semaine prochaine à un membre du clan Maunthrooa sera suivi avec la plus grande attention, en attendant que toute l’affaire rebondisse à la rentrée parlementaire du 24 octobre prochain.