FRANCOIS LO PRESTI / AFP

«Nous devons entendre les protestations d’alarme sociale » mais « sans renoncer à nos responsabilités» car « il y a aussi une alarme environnementale », a estimé mardi Emmanuel Macron lors de la présentation de la programmation pluriannuelle de l’énergie.

Emmanuel Macron Photo THOMAS SAMSON. AFP

Évoquant le mouvement des « gilets jaunes », qui a « donné lieu à des manifestations importantes et aussi à des violences inacceptables », il a souligné ne pas « confondre » les casseurs avec « la manifestation sur laquelle ils se sont greffés ».

« Je ne confonds pas les casseurs avec des concitoyens qui veulent faire passer un message », a-t-il assuré, en disant éprouver « de la compréhension » pour eux. « Mais je ne céderai rien à ceux qui veulent la destruction et le désordre, car la République, c’est à la fois l’ordre public et la libre expression des opinions », a-t-il insisté.

A propos de la transition énergétique, il a estimé qu’elle ne doit pas se faire à « n’importe quel prix ». « Je refuse que s’installe une France à deux vitesses », a-t-il souligné à cet égard.

Car, a-t-il jugé, « ceux qui disent que ce sont, au fond, toujours les mêmes qui font les efforts », « ont raison ».

Évoquant le discours, « depuis des années », consistant par exemple à dire « vous n’avez pas les moyens de vous loger dans les grandes villes, c’est pas grave, allez vous installer dans une ville périphérique », il a considéré que « nombre de nos concitoyens sont aujourd’hui (…) les premières victimes » de cette politique.

« On leur présente aujourd’hui la facture de quarante ans de petites décisions d’ajustement », a-t-il déploré, tout en estimant que « nous avons tous notre part de responsabilité sur ce sujet ».

« Nous devons donc entendre les protestations d’alarme sociale mais nous ne devons pas le faire en renonçant à nos responsabilités pour aujourd’hui et pour demain parce qu’il y a aussi une alarme environnementale », a-t-il jugé.

Au-delà, les Français dénoncent aujourd’hui « à juste titre » des « inégalités sociales et territoriales » bien souvent « doublées d’inégalités environnementales ».

Ainsi, « vouloir en quelque sorte traiter l’urgence sociale en renonçant à toute ambition environnementale et énergétique, c’est installer nos concitoyens les plus fragiles, nos travailleurs les plus modestes, dans la situation où collectivement progressivement, insensiblement, nous les avons plongés depuis des décennies ».

Après dix jours de mobilisation pour dénoncer la baisse du pouvoir d’achat en France, le mouvement des « gilets jaunes » attend des mesures fortes mardi de la part du président français Emmanuel Macron qui ne semble pas vouloir changer de cap pour le moment.

Voici le point sur ce mouvement de colère qui a engendré des débordements à Paris samedi:

Que veulent les « gilets jaunes »?

Les « gilets jaunes » s’inscrivent dans une longue tradition française de contestation de l’impôt.

Au départ, la colère de ces manifestants ainsi baptisés en référence aux vestes fluorescentes obligatoires pour tout automobiliste français en cas d’accident était focalisée sur la hausse des taxes sur les carburants, dont une nouvelle salve doit intervenir le 1er janvier.

Mais au fil des manifestations, les revendications du mouvement qui s’organise sur les réseaux sociaux et qui se veut apolitique, asyndical et sans leader ont muté.

Au-delà d’une baisse des taxes sur l’essence et le diesel, leurs revendications sont assez hétéroclites: certains réclament le rétablissement d’un impôt sur les plus grandes fortunes, d’autres des mesures pour le pouvoir d’achat des plus modestes et les plus radicaux d’entre eux appellent à la dissolution de l’Assemblée nationale, voire la démission d’Emmanuel Macron.

Quelle est l’ampleur de la mobilisation ?

La première journée de protestation des « gilets jaunes », le 17 novembre, a réuni près de 300.000 manifestants dans toute la France, sous diverses formes d’action, principalement des blocages routiers.

Tout au long de la semaine, quelques milliers de manifestants ont poursuivi quelques actions et notamment des blocages sporadiques de dépôts pétroliers.

Mais le véritable acte II a eu lieu samedi dernier où plus de 100.000 manifestants ont repris leurs actions, dont 8.000 à Paris.

C’est dans la capitale que l’attention s’est focalisée, avec des incidents entre manifestants et forces de l’ordre sur la célèbre artère des Champs-Elysées.

103 personnes ont été interpellées et 47 avaient déjà été présentées à la justice lundi.

Le mouvement peut-il durer ?

Avec une mobilisation en baisse, la question d’un essoufflement du mouvement se pose.

« On est face à un mouvement qui est assez innovant, sans point de comparaison. Mais l’absence de structuration entraîne un manque d’organisation, personne ne fixe réellement un cap » souligne auprès de l’AFP Jérôme Sainte-Marie, le président de l’institut de sondage PollingVox.

Pour éviter cette désorganisation, une « délégation » de huit « communicants officiels », a été créée afin de porter une série de revendications. Les « gilets jaunes » qui veulent être reçus par des représentants de l’Etat demandent principalement de « revoir à la baisse toutes les taxes », et la création d’une « assemblée citoyenne ».

« C’est bien que les gilets jaunes s’organisent parce que c’est aussi un moyen d’éviter des formes d’infiltration comme on a pu voir sur les Champs-Elysées », estime l’historienne Danielle Tartakowsky.

« Le mouvement peut très bien disparaître par usure naturelle. Si samedi prochain, il n’y a que 50.000 personnes, ça sera terminé », prédit de son côté M. Sainte-Marie.

« Mais ce qui a fait naître le mouvement – l’insatisfaction et la colère par rapport à la politique du gouvernement –  ne va pas disparaître de si tôt », conclut-il.