Cela fait 6 ans depuis que « Maurice, Ile Durable » (MID) a été annoncé et le Central Electricity Board (CEB) ne dispose toujours pas d’une seule centrale photovoltaïque, ni ne prévoit d’en avoir une ! Quand on sait que MID a eu pour premier objectif de faire que 35% de l’électricité proviennent des énergies renouvelables (ER) d’ici à 2025, c’est tout simplement incroyable et inacceptable.
6 ans après l’annonce de MID, ce n’est que le vendredi 11 avril dernier que les autorités ont lancé enfin un programme national pour éliminer les obstacles entravant la diffusion du photovoltaïque (PV) à Maurice à grande échelle. Ce programme intitulé « Removal of barriers to solar PV power generation in Mauritius» dormait dans les tiroirs du Ministère de l’Energie et des Services publics depuis 2010… Il n’a été déterré que parce que les donateurs internationaux qui sont derrière, à savoir le United Nations Development Programme (UNDP) et le Global Environment Facility (GEF), en ont eu assez et ont menacé d’annuler leur financement. Un atelier de lancement s’est ainsi tenu les 10 et le 11 avril.
Soulignons cependant que ce workshop s’est déroulé dans un admirable esprit de dialogue et d’ouverture de la part des représentants du Central Electricity Board (CEB) vis-à-vis des différents partenaires conviés. Souhaitons donc que cet esprit perdure et que les objectifs et actions établis lors de cet atelier seront mis en oeuvre. Car il faut souligner aussi que ce workshop s’est tenu quasiment un an, jour pour jour, depuis la première audition publique par la National Energy Commission qui avait en son temps invité les membres du public à venir consigner leurs visions et suggestions quant à l’avenir énergétique du pays. Un moment qui avait suscité beaucoup d’espoir pour de nombreux Mauriciens. La désillusion fut énorme.
Mais ce n’est pas que le public mauricien qui est traité sans la moindre considération par les autorités. C’est tout le secteur public qui se retrouve mis de côté et ignoré depuis le démarrage du processus MID.
MID : emprisonner le CEB dans les énergies fossiles ?
Seules les compagnies du secteur privé seront appelées à construire des centrales à énergie renouvelable (ER) à Maurice, selon la politique, la stratégie et le plan d’action MID qui furent adoptées par le Conseil des Ministres en juin 2013. Une institution clef comme le CEB, qui a été un pilier solide et permanent pour notre développement économique depuis l’Indépendance, a été écartée, et ceci au moment précis où le pays ambitionne de passer à un nouveau stade de son développement. Sous couvert de MID, il semblerait qu’on veuille privatiser et condamner le secteur public aux énergies du passé…
Or, contrairement à ce que peuvent penser certains, les ER sont maintenant au point, technologiquement et économiquement. L’équivalent du CEB en France, Electricité de France (EDF) a créé une filiale spéciale pour les ER : EDF Energies Nouvelles. Voyez cet extrait de leur site web (communiqué  de presse en date du 13.03.2014) :
EDF Energies Nouvelles is announcing the commissioning of its first solar energy project of 30 MWp in Madhya Pradesh Indian state and the development of five additional solar projects in Rajasthan with capacity totaling 120 MWp, which it won in a call for tenders launched by the Indian government.
http://www.edf-energies-nouvelles.com/en/press-release/edf-energies-nouv…
Rêvons un peu : à quand un article de journal annonçant que la filiale MID du CEB, CEB Sustainable Energy Ltd, vient de décrocher des contrats pour bâtir des centrales PV au Mozambique et en Afrique du Sud ?
Pour rattraper ce retard, il faut redonner au public mauricien et au CEB un rôle central. C’est cela qui fera que MID deviendra réellement, comme disent le souhaiter les autorités, un « projet de société ». Pour l’heure, MID, c’est plutôt un « projet pour les sociétés privées ». Certains diront même pour les sociétés des petits copains.
Ceux qui polluent doivent payer la taxe MID sur les Energies Fossiles et financer les Energies Renouvelables
Il y a un MID Levy de 30 sous sur chaque kilo de charbon et sur chaque litre de diesel, d’huile lourde et d’essence. En dépit de toute logique, l’Etat ne fait pas payer le MID levy sur le charbon aux centrales à charbon-bagasse et charbon des groupes sucriers. Pourtant celles-ci ont brûlé 650 mille tonnes de charbon en 2012, ce qui représentent près de Rs 200 millions pour le MID levy. Alors que les groupes sucriers sont super profitables, c’est le CEB qui a payé le MID levy pour leurs centrales, donc nous… Nous payons donc non seulement leurs profits mais nous subventionnons en plus leur pollution. C’est inacceptable : polluters need to pay, and they need to pay for the setting up of clean energy. Les centrales polluantes des groupes sucriers doivent payer les Rs 200 millions du MID levy sur le charbon.
Par ailleurs, actuellement le MID levy sur les énergies fossiles dans le secteur de l’électricité ne sert pas à financer directement le développement des énergies renouvelables. Tout l’argent disparaît dans les coffres du Ministère des Finances, avec une partie uniquement qui est allouée au MID Fund. Le CEB débourse chaque année pour le MID levy un total d’environ Rs 300 millions, pour ses centrales à huile lourde et kérosène, ainsi que pour les centrales des groupes sucriers. Tout cet argent aurait dû aller au contraire directement aux énergies renouvelables. Le charbon et l’huile lourde doivent permettre le décollage du solaire et de l’éolien. Le système du MID Levy doit être revu complètement.
CEB : lever les capitaux nécessaires par des Government Green Energy Bonds
Le problème qui empêche le CEB d’investir dans des centrales ER est celui principalement du financement. Les ER sont plus économiques que les énergies fossiles sur 20 ans, mais le coût initial des équipements est énorme. Une fois construites, les centrales ER ne coûtent quasiment rien. Mais le CEB ne dispose pas de suffisamment de fonds pour faire l’investissement initial. C’est là tout le problème.
Mais il y a à cela une solution simple. Et encore une fois, il est étonnant que 6 ans après l’introduction de MID, cette solution n’ait jamais été prônée par les autorités.
Cette solution, c’est l’émission par le Gouvernement de « Government Green Energy Bonds » auprès du public mauricien. Très nombreux sont les Mauriciens souhaitant faire fructifier leur épargne, mais qui n’y parviennent pas car ils ne trouvent pas de placements rentables, qui soient sûrs et sécurisés. Les comptes d’épargne traditionnels n’attirent plus en raison des taux d’intérêt qui sont trop bas. De plus, nombreux sont les Mauriciens aussi qui souhaitent contribuer à ce que MID devienne une réalité. Les Government Green Energy Bonds permettraient d’allier placement financier et engagement personnel pour le développement durable.
Tout comme dans le temps, l’Etat avait émis des parts au public concernant le Sugar Investment Trust, les Government Green Energy Bonds permettraient au public de placer son argent et au CEB de lever les fonds nécessaires pour des centrales ER. Non seulement ces bons peuvent être assortis d’un taux d’intérêt alléchant, mais en outre, pour encourager le public, il serait bon de mettre un « Income Tax exemption » pour tout montant investi dans les Government Green Energy Bonds. Les Mauriciens se rueraient en masse.
Un Small Planters Solar and Wind Electricity Production Scheme
Grâce à l’argent obtenu, le CEB pourrait construire des centrales ER soit sur des State Lands, soit sur les terres abandonnées par les petits planteurs. En effet, il y a actuellement 15,000 arpents anciennement sous canne qui ont été abandonnés. 150 arpents suffisent pour la construction de 100 MW de PV. Au lieu d’encourager les petits planteurs à aller uniquement vers la biomasse et l’Arundo Donax, comme c’est le cas actuellement, le Gouvernement pourrait très bien encourager les petits planteurs à devenir des « Medium Solar and Wind Energy Producers ». Ceci redonnerait aux petits planteurs une nouvelle et vraie perspective d’avenir.
On pourrait ainsi avoir un Small Planters Solar and Wind Electricity Production Scheme : le Gouvernement fait une levée de fonds avec le public, le CEB fournit son expertise technique, les planteurs fournissent leurs terres abandonnées. Le CEB passerait un contrat avec les petits planteurs, utilisant leurs terres par un bail de 20 à 30 ans et leur versant des dividendes en fonction de la superficie utilisée et des recettes engrangées par les centrales ER qui y seront construites.  Tout le monde y gagne : les familles détentrices de Government Green Energy Bonds, les planteurs, le CEB et le Gouvernement.
Certes, le Gouvernement veut encourager le développement de la biomasse et cherche à attirer les petits planteurs dans la culture de plantes telles que l’arundo donax. Mais est-ce réellement un secteur d’avenir ? Les récoltes sont uniquement annuelles, Maurice n’a pas suffisamment de terres abandonnées pour rendre viables des centrales à biomasse et les jeunes ne veulent plus être des agriculteurs. En revanche, imaginez la révolution en profondeur que cela serait que d’avoir les petits planteurs devenir des « medium Solar et Wind electricity producers ». Cela modernisera les villages et attirera les jeunes générations à retourner dans les plantations de leurs pères et de leurs grands-pères.
On réussirait alors une réelle et belle démocratisation de la production d’électricité à Maurice. Au lieu de privilégier les capitalistes malaisiens et les groupes sucriers, le Gouvernement devrait favoriser les petits planteurs et les familles mauriciennes ordinaires.