En dépit des indécentes démonstrations de joie des élus ou des larmoyantes excuses des éconduits, les dernières municipales n’ont livré que des perdants. S’il existe un gagnant, c’est l’ensemble des citadins. Ils ont dit non au communalisme et au sexisme et ont montré qu’ils étaient les maîtres du jeu.
Cette joute est un véritable coup de semonce administré à la totalité de notre classe politique. Cinquante-cinq pourcent d’abstention, ce n’est pas rien ! Il s’agit d’une claque en plein visage. Cette majorité de citadins a clairement montré son mépris pour les candidats, leurs leaders et leurs partis. Il est faux de mettre cet échec de mobilisation sur le dos d’une communication défaillante ou d’un quelconque incivisme des électeurs. Les leaders des partis politiques en lice, notamment Navin Ramgoolam et Paul Bérenger, ainsi que leurs fidèles lieutenants respectifs, se sont lourdement et personnellement investis et ont obtenu toute la couverture médiatique possible pour le moindre de leurs gestes ou mots. Ils ont simplement payé le prix fort pour avoir laissé l’administration de nos villes pendant trop longtemps à des incompétents, et ils le savent.
Même s’il est toujours bon, dit-on, d’avoir le regard tourné vers l’avenir, un coup d’oeil, de temps à autre, dans le rétro permet d’appréhender bien de mauvaises surprises. C’est ce regard en arrière qui permettra de rectifier le tir pour les prochaines échéances. Le suffrage des quarante-cinq pourcent de votants est aussi porteur d’enseignements que devraient sérieusement prendre en compte nos dirigeants politiques. Il n’est plus acceptable de crier que ceux qui ont voté « nou bann » sont admirables et ceux qui ont voté « bann-la » sont des « kouyon ». Il faut mettre son orgueil de côté et avoir l’humilité de reconnaître ses erreurs. La population est bien plus mature qu’elle ne l’était il y a cinquante ans et n’est plus malléable à souhait.
Entre autres leçons à tirer du dernier scrutin, relevons celles-ci :
•    Les citadins se souviennent plus facilement de quelques billets perdus dans un cabas que de la promesse d’un bazar moderne.
•    Les conseillers n’entendent pas le bruit des bottes, mais les citadins en connaissent le prix. Celui des poubelles aussi. Les administrations au centre de plus grosses controverses ont été les plus lourdement sanctionnées.
•    Un déhanchement lascif devant le Bar Chacha, même en présence de crieurs patentés venus d’ailleurs, ne suffit plus pour s’attirer la sympathie des électeurs.
•    Le candidat d’un parti marginal peut être le « bienvenu » à la fête pour corriger une injustice faite à son leader.
•    Étrenner les représentants de corps paraétatiques ou socioculturels sur des caisses à savon ne rapporte pas de dividendes.
•    Les élus savent discerner et juger. Les die hards et Joes qui votaient pour des « pie banane » sont maintenant au musée.
•    La population sait que chaque sou gaspillé sort de sa poche et elle sera de plus en plus intraitable sur ce sujet.
•    Menacer de couper les vivres n’empêche pas les gens de voter l’opposition et la distribution de spaghettis, même bolognaise, n’achète pas la conscience du plus pauvre.
Leur incapacité à sévir et leur naïveté sont les pieds d’argile de ces deux géants que sont Ramgoolam et Bérenger. S’ils continuent à ne pas voir que leurs pires ennemis sont ceux qui gravitent autour de leur noyau intime, ils ne devraient pas s’étonner de se retrouver sur le pavé, mordant la poussière.