PIERRE ET MONIQUE

Ce ne fut pas tout à fait une quarantaine, puisque notre séjour a duré 18 jours dans un hôtel mis à la disposition des autorités sanitaires pour loger les quelque 300 ‘pestiférés’ (ou porteurs potentiels du Covid-19) que nous étions à notre retour à Maurice. Dix-huit jours dans un hôtel, et ce aux frais de l’État : quelle aubaine, penserez-vous, alors que vous étiez en confinement chez vous, condamnés à l’oisiveté et à la course au ravitaillement !
Eh bien, vous avez tort de nous envier. Et voici pourquoi.

-Un bâtiment d’hôtel, totalement dépourvu de son personnel, ce n’est qu’une structure, aussi belle soit-elle, sans vie et nullement accueillante. C’est ainsi qu’on prend conscience que l’industrie hôtelière doit autant à son capital humain qu’à son capital financier. Ce constat a toute son importance, alors que nous devons élaborer des stratégies en vue de raviver le tourisme, la première industrie de notre pays avant la pernicieuse attaque du virus.

– Devoir aller, trois fois par jour, chercher son repas, en faisant la queue, mais à distance respectueuse de son voisin, et en prenant soin de se masquer le visage, ce qui fait qu’on ne se reconnaît pas. Fini l’être indépendant que l’on se plait à croire que l’on est ! Et quel repas ! Servi en takeaway (les voilà revenus sur le marché, en dépit des lois environnementales !), remplis à ras bord, de sorte que les sacs de déchets n’étaient guère suffisants pour les accueillir encore à moitié remplis. Quel festin pour les chats et les chiens sauvages qui rôdaient dans les jardins, privés de leurs jardiniers ! Un gaspillage de nourriture et de roupies qui est gênant !

– Devoir, à longueur de journée, chercher les rares lieux où la connectivité au wifi fonctionne. Un vrai parcours du combattant ! Une situation totalement en déphasage avec le monde d’aujourd’hui et où nous avions bien le droit de pouvoir communiquer avec le monde extérieur via le wifi.

– Une absence de service de nettoyage de la chambre que l’on occupe : ce n’est qu’une quinzaine de jours après notre ‘internement’, qu’une serpillière a été livrée à notre chambre pour nous aider à la nettoyer ! Mieux vaut tard que jamais.

– Des infirmiers et infirmières, masqués et gantés comme l’exige le protocole, internés comme nous afin de nous servir. Qu’ils en soient remerciés ! Mais à qui s’adresser pour un renseignement, une requête ? Ils se ressemblent tous derrière leurs masques. Y avait-il un chef parmi eux ? Probablement oui, mais nous ne l’avons jamais su. Les autorités publiques gagneraient à mieux organiser la fonction du management dans les services qu’ils ont à rendre au public.

Cet ‘internement’ a été une vraie leçon de vie. De quoi vous ramener sur terre, ce qui est sans doute vrai pour toute la race humaine, si fière de ses prouesses et maintenant si fragile devant l’attaque de ce virus invisible mais omniprésent.

– Nous voilà débarquant à Plaisance d’un courrier spécial d’Air Mauritius, presque vide, mais qui nous a menés à bon port après nous avoir embarqués à Perth, à la veille de la fermeture des frontières de l’État dont il est la capitale ! Et quel accueil à l’aéroport en ce petit matin du 23 mars, des couloirs plus ou moins déserts, mais une très grande salle gardée par des policiers imperturbables et au regard sévère.

– Une idée vous vient à l’esprit. Notre passeport ne nous a pas été rendu, après le contrôle habituel par le préposé. Nous ne sommes donc plus libres ! Et nous allons en prendre conscience de plus en plus, au gré des événements suivants :

– Nous sommes acheminés vers notre lieu d’internement à l’autre bout de l’île. Dans le véhicule où nous nous trouvons, nous sommes informés sur un ton péremptoire que nous devons porter des masques. On n’était pas vraiment conscients de cela ! Mais on finira par s’y habituer.

– Arrivés au lieu d’internement, là où les touristes sont accueillis avec des courbettes, nous ne sommes que deux ‘pestiférés’ potentiels de plus qu’il faudra loger et nourrir.

– Rapidement, vous vous sentez totalement dépendants de vos hôtes, et votre personnalité blessée commence à s’en ressentir. Vous vous dites qu’il n’y a pas lieu de réagir. Et vous vous mettez à penser aux prisonniers de droit commun, ou à des illustres victimes, comme Mandela, ou encore à ces déportés qui finirent leurs jours à Auschwitz. Toutes proportions gardées, tout de même ! On prend alors conscience de leurs immenses souffrances !

– Mais à quelque chose, malheur est bon !

– Entre des personnes privées de leur liberté, peuvent se développer la solidarité et l’amitié. Nous en avons fait l’heureuse expérience.

– C’est aussi l’occasion pour des parents et amis de manifester leur amitié et d’essayer d’adoucir, par des aides et des paroles, les rigueurs de l’enfermement.
Et voilà, rien ne sera plus comme avant. Il y a eu un avant Covid-19, l’après-Covid est sur le pas de la porte. Soyons prêts à modifier nos comportements et à nous remettre en question.