Husna Ramjanally

Ils sont en première ligne dans cette guerre contre l’ennemi invisible qu’est le Covid-19. Eux, ce sont évidemment les ‘frontliners’, principalement les membres du personnel soignant, ceux-là mêmes qui sont régulièrement encensés, salués et remerciés par les autorités nationales, les politiques et, certainement par toute la population, reconnaissante de leurs efforts dans cette crise inédite, et qui touche au plus près de notre santé. On s’imagine donc, que nos décideurs soient, invariablement, aux petits soins envers ces valeureux soldats qui bravent les dangers et qui travaillent sans relâche dans des conditions définitivement traumatisantes et aux mille dangers.

Or, ironie du sort, ce sont ces mêmes ‘frontliners’ qui sont, tels les cordonniers, les plus… mal chaussés ! En effet, il ne se passe pas un jour sans qu’un groupe d’aides-soignants, qu’ils soient des médecins, des infirmiers ou tout autre membre de la profession, n’exprime leurs doléances via les médias. Et leurs griefs ne sont pas des moindres ! Retenons surtout le manque d’équipement adéquat pour travailler, en cette période difficile, où le danger est partout ; mais aussi l’encadrement insuffisant pour un fonctionnement optimal de leurs services, et, le pire, le traitement cavalier, empreint « d’indifférence et de manque d’égard » – ce n’est pas nous qui le disons, mais ces mêmes ‘frontliners’ qui se sont exprimés – dont font les frais certains des plus malchanceux qui se sont retrouvés contaminés au virus… en soignant des compatriotes !

Des membres du comité d’urgence sur le Covid-19 qui se présentent tous les jours à la nation tantôt pour s’auto-congratuler (on oubliera difficilement la séance d’applaudissements improvisée pour le Premier ministre, en une occasion !) tantôt pour nous seriner qu’il n’y a, par exemple, aucune pénurie, alors que les rayons sont tristement vides dans les supermarchés, font-ils leur homework ? Vont-ils à la rencontre de ces ‘frontliners’, d’abord, sur un plan purement humain, en cette période de crise, et dans un souci de rassurer et de réconforter tant ceux qui travaillent que ceux qui sont en isolement. Examinent-ils leurs représentations ? Les Drs Jugatpal et Joomaye, qui sont des membres de cette honorable profession, – le premier cité est d’ailleurs ministre de la Santé – n’ont-ils aucun égard envers ces soldats qui tombent sur le champ de bataille ? Est-ce trop leur demander que des instructions soient données et des mesures soient prises pour s’assurer que ces Mauriciens et Mauriciennes bénéficient d’une prise en charge et d’un traitement décent ?

Et que l’on ne vienne pas nous répliquer qu’il s’agit là des dires « d’agents politiques » ! Ce n’est pas parce que la plupart de ces personnes, qui sont des fonctionnaires, rappelons-le, et qui donc, se retiennent et se taisent, par peur de représailles, prenant le parti de « pez nenez bwar dilwil », que ceux qui osent crier leur détresse et qui se font écho des manquements graves à leur encontre sont tous des « roder bout » !

Espérons seulement que nos décideurs politiques sauront rectifier le tir. Autre terrain glissant pour nos politiques : la situation des sans-abri. La semaine dernière, un sans domicile fixe est venu allonger la liste des victimes du Covid-19.

Il n’existe, à ce jour, à Maurice, aucun registre recensant les sans domiciles fixes de notre pays. Lacune ? Oubli ? N’empêche, ainsi que l’ont souligné dans nos éditions de cette semaine, deux travailleurs sociaux rodés dans leurs domaines respectifs, en l’occurrence, Ragini Rungen,  de Lakaz A, et Edley Maurer, de Safire, cette période de confinement est idéal pour justement identifier et recenser ces Mauriciens, des plus jeunes, car, oui, il y a des enfants qui dorment dans nos rues, à Maurice, en 2020, aux plus âgés. On saura enfin combien de sans-abri compte notre pays, et comment, à partir de là, les toucher, les encadrer, les prendre en charge. Parce qu’ils sont des citoyens de Maurice au même titre que chacun d’entre nous. Et que quoiqu’il s’est passé sur leurs parcours respectifs, ce ne sont pas des excuses pour les rejeter, et de ne pas leur donner une nouvelle chance.

Le sort des enfants qui traînent les rues et qui n’ont pas d’endroit où crécher ne doit pas laisser indifférente la ministre de l’Egalité des Genres. Kalpana Koonjoo-Shah s’est démarquée quand elle a tranché dans la question de l’âge légal du mariage. Il lui revient maintenant de s’atteler au sort de ces gosses, filles comme garçons, qui vivent dans les rues. Ce n’est pas un endroit pour eux, où tous les dangers comme l’alcoolisme, le tabagisme, la prostitution, et les drogues les guettent et les happent, à la moindre faiblesse.