Alors qu’à travers le monde les purse seiners passent les fonds marins au peigne fin pour répondre à la grande demande de thon sur le marché international, les Maldives se démarquent en privilégiant les techniques de pêche traditionnelles. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la pêche à la ligne ne représente pas un manque à gagner pour les Maldiviens, mais une valeur ajoutée. Car avec sa politique de pêche durable, l’archipel bénéficie de l’eco-labelling et peut se permettre de vendre ses produits à prix d’or. Le mouvement international Greenpeace, récemment de passage dans notre région, qualifie la pêche aux Maldives comme le « most sustainable » de tout l’océan Indien.
Le soleil se lève à peine sur Malé que les dhonis (barques traditionnelles) quittent l’embarcadère pour les bancs de pêche. Même si les embarcations sont aujourd’hui dotées de moteurs, les techniques de pêche, elles, n’ont pas évolué au fil des années. Ici, la pêche à la ligne se pratique encore à grande échelle. Ce qui n’empêche pas l’industrie de la pêche d’être le deuxième pilier de l’économie des Maldives, après le tourisme.
Chaque dhoni comprend un équipage de dix à douze personnes. Selon les lois maldiviennes, les pêcheurs doivent s’organiser en groupe. Chaque atoll a une zone délimitée pour la pêche et un certain nombre de pêcheurs enregistrés.
Ici, le poisson privilégié est le thon, principalement le skipjack et le yellowfin. Grâce à la technique de pêche durable, les Maldives peuvent aujourd’hui rivaliser avec les grands fournisseurs de thon comme la Thaïlande, sur le marché international.
Abdullah est pêcheur depuis toujours. Son père l’était avant lui. Sa journée a été assez difficile, en raison de la présence de fortes houles depuis quelques jours. « De nos jours, les prises ont diminué, mais ce métier me permet encore de gagner ma vie. Pas question d’aller travailler dans un hôtel, par exemple », explique-t-il, avec l’aide d’un interprète.
Les pêcheurs maldiviens bénéficient de certaines facilités auprès de l’État pour pérenniser leurs activités. Il existe, par exemple, une subvention sur le carburant. Mais tous ne sont pas propriétaires de bateaux. « Nous travaillons en équipe. Après la journée de pêche, les prises sont vendues et l’argent départagé entre les pêcheurs, le propriétaire du bateau et le capitaine », poursuit Abdullah.
Avec ses 1 190 atolls et sa zone économique exclusive (ZEE) s’étendant sur 923 000 km2, il va sans dire que la pêche fait partie intégrante de la vie aux Maldives. La moitié de la population pratique ce métier. C’est pour cela que l’État a été contraint d’adopter des mesures très strictes sur cette industrie afin de protéger le gagne-pain de la population (voir interview du ministre de la Pêche en hors-texte).
En adoptant la pêche à la ligne, les Maldives s’assurent ainsi que leur écosystème est protégé. Il faut savoir que la mer est considérée comme une ressource qu’il faut savoir gérer, puisque les deux principaux piliers de l’économie y reposent.