Mieux que n’importe quels discours ou analyse, la liste des candidats de l’alliance PTr/PMSD et alliés démontre que, malgré toutes ses grandes déclarations, Navin Ramgoolam n’a pas changé et que sa politique de rupture n’est qu’un slogan. Un de plus. Sa liste est constituée pour partie d’anciens membres, dont la plupart ont été rejetés par l’électorat en 2014, et pour partie d’inconnus, choisis à partir d’un savant mélange de communalisme, de clientélisme et d’opportunisme électoral. Venant en dernier et ayant supposément tiré les leçons de sa défaite en 2014, le leader du PTr avait la possibilité de préférer l’innovation et la modernité aux règles électorales non écrites du passé. Il a choisi la deuxième option, tout comme le MSM et le MMM, pour le même exercice. Le pire c’est que malgré tous les discours et autres serments sur le rejet du communalisme et la défense de l’intégrité et de la méritocratie, toutes les listes des « grands » partis et alliances ont été élaborées sur les mêmes bases que celles des élections précédentes

Avant leur mérite, leur expérience ou leur engagement, c’est sur la base de leur communauté, de leur caste, du découpage ethnique des circonscriptions — ce que Pravind Jugnauth appelle « les réalités électorales » —de leur proximité familiale ou d’intérêt avec les leaders ou les directions des partis que les candidats ont été choisis. Avec leurs listes de candidats, tous les grands partis, chacun à son niveau, entretiennent le démon communal qu’ils prétendent combattre dans leurs discours officiels. Si les partis « choisissent » leurs candidats sur les critères décrits plus haut, comment espérer que ceux qui seront élus sur cette base vont, demain, voter pour un amendement de la Constitution pour abroger le best loser system où un amendement ne faisant plus obligation à un candidat de déclarer son appartenance communale ?

Sur le Net, on assiste à un déferlement de vidéos destinées à dénoncer et à attaquer les adversaires qui, en raison de retournements de vestes, étaient souvent des alliés et des partenaires d’hier. Beaucoup de ces vidéos produites et distribuées sur le Net par les deux alliances n’hésitent pas à transformer l’électeur-internaute de ces leaders n’aborde cette question fondamentale : où va-t-on tirer l’argent, ces milliards, pour financer la mise en application des promesses/bribes électoraux ? Pour eux, savoir voter est synonyme de « vote bloc » sans « couper trancher ». Dans le langage électoral, le terme « vote bloc » résume tous les « critères » détaillés plus haut pour établir la liste des candidats.

Les leaders qui demandent à l’électeur de « vote bloc » lui demandent, en fait, de soutenir le système électoral basé sur le communalisme, le castéisme et le clientélisme. Nous sommes à dix jours des élections et déjà, en écoutant les discours et les promesses, et regardant les « clips » voyeuristes, on a le sentiment d’avoir touché le fond de la campagne. Qu’est-ce que les spin doctors et autres propagandistes vont encore inventer pour aller plus loin dans le mensonge, la manipulation, la diffamation pour obtenir des voix pour leurs candidats ?

Espérons que dans tout ce cirque, l’électeur saura faire la part des choses et ne pas se laisser manipuler par ce déluge d’images, de dénonciations et d’auto compliments destinés à le flatter dans le sens du poil pour obtenir son vote. Pour l’acheter. Espérons que cet électeur, qui se dit dégoûté par la manière dont les partis pratiquent la politique, ne va pas se contenter de se plaindre dans son salon, au bureau, sous la boutique ou sur les réseaux sociaux. Espérons qu’il utilisera son bulletin de vote non comme un moyen d’obtenir un quelconque « boutte », mais comme une arme pour dire assez à ce système politique dans lequel Maurice patauge depuis un demi siècle. Un système qui perdure et se développe, il faut le souligner, aussi grâce à la complicité de l’électorat qui accepte de donner son vote contre des promesses qui ne sont que des bribes électoraux.