Les Mauriciens votaient jeudi dans le calme pour un scrutin législatif à l’issue duquel le Premier ministre sortant, Pravind Jugnauth, espère obtenir l’onction populaire, deux ans après avoir succédé à son père sans élection.

Quelque 941.000 électeurs inscrits étaient attendus aux urnes. A 10h00 locales (06h00 GMT), trois heures après l’ouverture des bureaux de vote, la participation était de 15,33%, selon la commission électorale. Le dépouillement commencera vendredi et les résultats devraient être connus en fin de journée.

« Je vote tôt afin d’éviter les longues queues », a déclaré à l’AFP Sunita, électrice hindou d’une quarantaine d’année, à Curepipe (centre).

Comme la majorité des Mauriciens, la loi protégeant le secret du vote, elle refuse de dire pour qui elle a voté. Mais elle confie toutefois « qu’il ne faut pas arrêter le changement ».

Rencontré dans le village de Trou d’Eau Douce, sur la côte est de l’île, Saoud, un homme d’affaires musulman de 55 ans, ne cache pas lui sa sympathie pour l’opposant Navin Ramgoolam. « Je ne suis pas satisfait de la performance de l’actuel gouvernement concernant les petits entrepreneurs », justifie-t-il.

Le scrutin se déroulait dans le calme. Depuis son indépendance du Royaume-Uni en 1968, l’île Maurice, qui appartient à l’archipel des Mascareignes dans l’océan Indien, est l’une des démocraties les plus stables d’Afrique.

Les précédentes élections en 2014 avaient été remportées par la coalition menée par Anerood Jugnauth. Ce cacique de la vie politique mauricienne, plusieurs fois Premier ministre et président de la République de 2003 à 2012, est resté chef du gouvernement jusqu’en 2017.

Il a alors choisi de passer la main, son fils Pravind héritant du poste en tant que chef du Mouvement socialiste mauricien (MSM), le principal parti de la coalition au pouvoir.

– Succession monarchique –

L’opposition avait dénoncé le caractère monarchique de cette succession et réclamé en vain de nouvelles élections. Deux ans plus tard, Pravind Jugnauth, 57 ans, espère avoir fait suffisamment pour convaincre les Mauriciens de le reconduire.

Il a mis en avant son rôle dans la modernisation des infrastructures publiques, symbolisée par la construction d’un métro, et son bilan social avec l’introduction d’un salaire minimum (environ 215 euros par mois) et la revalorisation de la pension vieillesse.

Cet effort en faveur des retraités a valu jeudi à M. Jugnauth, qui a voté dans la matinée, d’être chaleureusement salué par des dames âgées sur la commune de Saint-Pierre (nord).

Mais l’opposition continue de dénoncer les circonstances de son accession au pouvoir et les affaires qui ont coûté leur poste à plusieurs ministres et à la présidente de la République, Ameenah Gurib-Fakim.

L’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam (1995-2000 et 2005-2014), dont le père, Seewoosagur, avait lui-même été chef du gouvernement entre 1968 et 1982, a ainsi déclaré vouloir libérer l’île « du joug du clanisme et de la corruption ».

Pour la première fois depuis 1976, ces élections mettent aux prises trois blocs et non deux.

M. Jugnauth est à la tête de l’Alliance Morisien (AM, centre-droit) et M. Ramgoolam, chef du Parti travailliste (PTr), dirige l’Alliance nationale, de centre-gauche.

Seul non-hindou à avoir été Premier ministre depuis l’indépendance, entre 2003 et 2005, Paul Bérenger a décidé de faire cavalier seul avec son Mouvement militant mauricien (MMM), après avoir été allié à M. Ramgoolam en 2014.

Il n’est pas exclu que personne n’obtienne la majorité absolue et qu’une alliance doive être formée après le scrutin.

– Mosaïque de peuples –

Les électeurs doivent choisir 62 députés, dont 60 dans l’île principale Maurice et deux à Rodrigues, petite île située quelque 600 km plus à l’est.

La Commission électorale nommera ensuite huit députés parmi les non-élus ayant obtenu les meilleurs scores, afin de rééquilibrer la répartition des sièges entre partis et communautés à l’Assemblée nationale.

L’île Maurice est officiellement divisée en quatre groupes ethniques, selon la Constitution de 1968: les hindous – majoritaires -, les musulmans, les Chinois et la « population générale », composée essentiellement de métis dits créoles et de Blancs d’origine européenne.

Ses 1,3 million d’habitants forment une mosaïque de peuples, de cultures et de langues reflétant l’histoire du peuplement de l’île, et coexistent pacifiquement.

L’île Maurice a connu une croissance de 3,7% en 2018 à la faveur du dynamisme des activités de construction et de services, surtout le tourisme et le secteur bancaire, alors que la production de sucre a diminué, selon la Banque mondiale.

Elle fait partie des pays les plus riches d’Afrique, avec un PIB par habitant de 10.500 dollars. Les activités financières représentaient 12% de ce PIB en 2018.

En octobre, l’île a été retirée de la liste grise des pays considérés comme des paradis fiscaux par l’Union européenne.